‹ Traité des maladies mentaleChapitre 346 sur 500 · DÉFINITIONS DES AUTEURS · texte numérisé non relu

DÉFINITIONS DES AUTEURS

Revenons aux appréciations des médecins sur la manière d'interpréter le phénomène pathologique désigné sous les noms d'imbécillité, ^idiotie. M. le docteur F. Voisin, en portant notre attention sur les enfants qui, par leurs particularités natives ou acquises, s'échappent ou se soustrayent à l'influence des méthodes uniformes, calculées sur les dispositions communes, vulgaires, en est arrivé naturellement à l'idée que les enfants de cette catégorie devraient être soumis à une éducation particulière. Sous ce seul rapport déjà, on peut dire que M. F. Voisin a bien mérité de la science et de l'humanité ; mais je dois ajouter qu'il a agrandi la question en cherchant dans les conditions mêmes de la naissance les causes de ces étranges anomalies, qui constituent pour lui différentes classes d'êtres exceptionnels. Voici la classification de M. le docteur Voisin.

1° Dans la première classe sont les enfants nés pauvres d'esprit, c'està-dire avec une organisation au-dessous de l'organisation commune à l'espèce en général.

2° Dans la seconde classe sont les enfants nés comme tout le monde, doués de l'organisation commune à l'espèce en général, mais auxquels une éducation première mal entendue a fait prendre une direction vicieuse.

3° La troisième classe comprend les enfants nés extraordinairement. Établis par la nature sur de grandes proportions, ils forment les grands hommes ou les grands scélérats, suivant le cours favorable ou défavorable des circonstances au milieu desquelles ils passent les premiers temps de leur vie.

k° Enfin, la quatrième classe se compose de tous les enfants qui, nés de parents aliénés, sont en naissant fatalement prédisposés à l'aliénation mentale ou à toute autre affection nerveuse (1).

à' imbéciles, d'idiots et de crétins. J'ignorais, au momentoùj'ai publié mes Dégénérescen ces, que ce psychologue eût employé un terme qui pour moi est l'expression générique applicable aux variétés maladives dans l'espèce humaine. Parmi ces variétés, il en est dont les anomalies intellectuelles physiques et morales se rattachent à l'hérédité, et d'autres à des causes générales dont j'ai longuement étudié l'action dans mon Traité des dégénérescences. Je me plais aujourd'hui à réparer mon oubli involontaire à l'égard d'un écrivain aussi distingué, d'un penseur aussi éminent que M. Maine de Biran.

(1) Rapport sur l'établissement orthophrénique de M. Félix Voisin, par M. Marc. Dans ce rapport M. Marc rend pleine justice à l'initiative prise par M. Voisin en appliquant une éducation spéciale aux enfants congénitalement frappés dans l'exercice de leurs facultés; il termine par ces mots : « Je ne connais pas d'homme qui possède à un » degré plus éminent que M. Voisin l'ensemble des connaissances, ainsi que l'expérience » nécessaire pour la réussite de l'entreprise qu'il a conçue.... C'est une route nouvelle » que ce philanthrope va frayer, et si, comme je l'espère, il arrive au but, il aura rendu » un service inappréciable à la société. »

Je suis heureux de pouvoir joindre mes faibles éloges à ceux d'un auteur aussi corn-

570 IDÉE QU'IL FAUT SE FAIRE DE I.'lDIOTÏE.

Ces préliminaires posés sur la manière dont les auteurs comprennent l'idiotie, je ne les suivrai pas sur le terrain de leurs appréciations intimes à propos de la valeur des idées théoriques qui les guident dans cette affection. « L'idiotie, dit Esquirol, nest pas vue maladie, c'est un état dans lequel les facultés intellectuelles ne se sont jamais manifestées, ou n'ont pu se développer assez pour que l'idiot ait pu acquérir les connaissances relatives à l'éducation que reçoivent les individus de son âge et placés dans les mêmes conditions que lui (1). »

Mais le lecteur qui a suivi l'enchaînement successif des transmissions héréditaires ne manquera pas déplacer avec moi les individus vulgairement désignés sous les noms d'imbéciles, d'idiots, de crétins, dans la catégorie de ces variétés maladives qui puisent dans l'hérédité les caractères de cet état dégénératif qui les fait dévier du type normal de l'humanité, et constitue des races à part. Ce sont donc des malades au même titre que les aliénés ordinaires, puisque les causes prédisposantes et déterminantes

pétent. J'ajouterai seulement que les idées d'un homme comme M. Voisin, auquel la génération médicale actuelle n'a peut-être pas rendu toute la justice qu'il mérite, doivent être étudiées dans ses propres ouvrages : Applications de la physiologie du cerveau à l'élude des enfants qui nécessitent une éducation spéciale, etc. Paris, 1830, in-8". — De l'idiotie chez les enfants, et des autres particularités d'intelligence ou de caractère qui nécessitent pour eux une instruction et une éducation spéciales ; de leur responsabilité morale. Paris, 1813, in-8". — Analyse de l'entendement humain (ouvr . cit., p. 394).

(1) Esquirol, De l'idiotie, t. II. — Si l'on s'en rapportait au témoignage exclusif de M. Séguin, Esquirol lui aurait dit souvent qu'il ne s'était jamais occupé des idiots. (Séguin, De l'idiotie, sa définition, p. 27). Il est permis de regarder, s'il est réel, l'aveu de ce grand observateur comme un excès de modestie. La description que fait Esquirol de l'état intellectuel, physique et moral des imbéciles et des idiots, de leurs mœurs, de leurs habitudes, des diverses anomalies de leurs fonctions physiologiques, des lésions pathologiques du cerveau, des difformités du système osseux , etc., restera comme un modèle de l'observation la plus instructive, la plus consciencieuse de tous les faits pathologiques qui concernent ces êtres dégénérés. Les recherches d'Esquirol, ses appréciations, guideront, je ne puis assez le répéter, les savants qui s'occuperont de l'étude de ces tristes infirmités. Esquirol, il ne faut pas l'oublier, arrivait à une époque où les idées les plus erronées régnaient en cette matière. 11 devait avant tout distinguer l'idiotie de la démence avec laquelle Pinel la confondait. D'un autre côté, il est bon de se rappeler, ainsi que je l'établissais dans les prolégomènes historiques de cet ouvrage, que l'oubli dans lequel étaient restés les travaux des savants des xvi' et xvil" siècles amena une lacune des plus regrettables dans la lilière des traditions scientifiques, et qu'à une époque récente, celle d'Esquirol, il s'est agi de reconstituer la science à nouveaux frais. J'ai cité les opinions de Plater, qui dit que l'imbécillité est transmissible par l'hérédité...; que les différences dans les aptitudes des enfants d'une même famille doivent être recherchées

dans les variétés d'organisation ; que les véritables idiots «laissent avec la tache de

l'idiotisme, etc. (Voyez ce que j'ai dit à ce sujet, Prolégomènes historiques, p. 50 et sùiv. — F. Plater, Ses idées sur l'hérédité dans la folie.)

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