CRÉTINISME.— CACHEXIE PALUDÉENNE
se dispenser d'étudier à ce point de vue la génération du crétinisme dans les endroits où cette dégénérescence est endémique.
C'est dans les milieux où sévit le crétinisme que l'on retrouve pareillement les diverses variétés de l'imbécillité et de l'idiotie que M. le docteur Baillarger a désignées sous le nom (Y idiotie endémique. On observe là des débilités intellectuelles très variées, depuis cet état connu sous le nom de simple pesanteur d'esprit, jusqu'à cet autre que M. le docteur Ferrus présente comme l'immobilisme d'un corps inorganique, moins par impuissance du système locomoteur que par l'absence d'un but d'activité; c'est là, dit M. Ferrus, une situation qui appartient plus à la vie végétative qu'à la vie humaine. Cet éminent auteur, qui a tant fait pour l'étude de cette dégénérescence, ajoute : « Le crétin complet, quoique jouissant des facultés intrinsèques de nutrition, est incapable non-seulement de se procurer les aliments, niais encore de les porter à sa bouche (1). » L'idiot, en un mot, se rapproche du crétin par les caractères communs à tous les êtres dégénérés, il en diffère néanmoins essentiellement par la spécialité de la cause génératrice qui en fait un être maladif à part.
Telle est l'indication sommaire des différentes variétés maladives qui doivent leur état d'idiotisme à des causes spéciales dont les unes dépendent de l'hérédité, dont les autres en sont, jusqu'à un certain point, indépendantes. Le peu que j'en ai dit suffit pour faire voir qu'il est nécessaire d'augmenter les catégories de ces variétés. Si tous les individus qui les composent ont des caractères communs, tels que la faiblesse intellectuelle, l'absence des qualités morales et les nombreuses infirmités sur lesquelles j'ai tant insisté ; si tous ont le tempérament irritable, s'ils présentent, comme dans la folie héréditaire, des phénomènes d'excitation périodique, des impulsions instinctives de mauvaise nature, ils ont aussi des caractères spéciaux. Les individus de telle variété se distingueront de ceux de telle autre variété par la forme de la tête, par l'élévation de la taille et par d'autres aptitudes intellectuelles ou morales. L'élément de la dégénérescence, selon qu'il puise plus ou moins d'activité dans la na-
(I) Ferrus, Discussion académique des 15 et 25 février 1851, à propos du mémoire de ce médecin sur le goitre et le crétinisme. Les travaux importants qui, depuis Fodéré, uni été entrepris sur le goitre et le crétinisme, forment maintenant une branche si importante de la pathologie du système nerveux, qu'il faut de toute nécessité recourir aux ouvrages spéciaux qui traitent de cette dégénérescence, si l'on veut en avoir une idée complète. On consultera avec fruit les ouvrages de Fodéré, Malacarne, Maffei, Rœsch, Stahl , Niepce, sur ce sujet, et Fouvrage plus récent de M. le docteur Fabre, Traité du goitre et du crétinisme, ainsi que le rapport de la Commission nommée par le roi de Sardaigne pour étudier les causes de cette affection endémique.