TRAITEMENT PHYSIQUE ET MORAL DE G. AUREUANL'S
malade, par les voyages et les distractions, lorsque la chose était indiquée, et par tous les moyens en un mot que les modernes ont décorés du nom de traitement moral.
Toutefois, comme si à toutes les époques il était impossible à l'universalité des médecins de tomber d'accord et sur la manière de considérer une maladie, et sur le meilleur mode de traitement à employer, il ressort de l'étude des anciens qu'il existait une démarcation profonde entre les sectateurs d'une thérapeutique violente, tant au point de vue physique qu'au point de vue moral, et les partisans d'un traitement plus rationnel et plus humain. Cette disposition de l'esprit médical mérite d'autant plus d'être prise en sérieuse considération, que des tendances analogues se sont montrées chez.les médecins jusque dans ces derniers temps (1).
§ VII. — Condamnation de la thérapeutique violente et dos moyens de coercition à l'égard des aliénés.
Soranus condamne Asclépiade et Praxagore de conseiller dans les affections cérébrales, et principalement la léthargie, l'emploi des médicaments excitants, tels que le vin pur, le poivre, l'absinthe, le musc, lecastoréum, la rue, les baies de laurier, et les substances propres à favoriser l'éternument, ou à impression nef désagréablement l'odorat, telles que la laine, la corne ou les cheveux sur le charbon. Il regarde ces médicaments comme incendiaires. Si des organes aussi vigoureux que les pieds, dit-il, quand ils sont malades, deviennent plus souffrants à la suite du plus petit mouvement, combien doit être augmentée par le plus léger exercice ou par la plus petite excitation l'inflammation d'un organe aussi délicat et aussi sensible que le sont le cerveau et ses membranes. Il ne peut venir à l'esprit d'aucun médecin de dissiper l'ivresse par l'ivresse : or, cet état est une véritable affection cérébrale de courte durée. Les ivrognes qui continuent longtemps finissent par tomber dans l'aliénation ou dans la privation presque absolue de sommeil.
Les anciens étaient universellement d'accord sur l'importance des émissions sanguines; la dissidence, comme cela existe encore du reste pour les modernes, ne portait que sur le moment opportun de cette pratique. Le même Asclépiade, dont Ceelius Aurelianus combat la méthode parfois trop exagérée, dit que c'était égorger les frénétiques que de les saigner, parce que la frénésie est toujours accompagnée d'une fièvre aiguë, 'et qu'il pensait qu'il n'était jamais avantageux de saigner que dans la rémission de la fièvre; il tâchait d'endormir les malades en leur faisant beau-
(1) Sous le nom de no-reslraint , les médecins anglais préconisent aujourd'hui un traitement qui consiste dans l'abolition de tous moyens coercitifs.