‹ Traité des maladies mentaleChapitre 373 sur 500 · UTILITÉ DÈ LA MÉTHODE HYDUOTHÉHAPIQL'Ë DANS CE CAS · texte numérisé non relu

UTILITÉ DÈ LA MÉTHODE HYDUOTHÉHAPIQL'Ë DANS CE CAS

veux qui, chez lui, se rattache à des dispositions congénitales. Une grande exagération de la sensibilité le place depuis deux ans dans les situations les plus pénibles qui se puissent imaginer. Après avoir épuisé, à Paris, les ressources de la pharmacopée ordinaire, le malade ne peut plus ni manger, ni digérer. Il vomit ses aliments et en est réduit à passer sa vie dans la position horizontale. Le moindre bruit, le moindre mouvement retentit d'une manière si pénible sur sa sensibilité générale, qu'il éprouve des spasmes, des éblouissements, des convulsions ; il croit qu'il ne lui reste plus que quelques instants à vivre, il ne peut rester seul. Au milieu de l'hiver on doit tenir les fenêtres ouvertes, il lui est impossible de respirer dans l'atmosphère de tout le monde, et son caractère irritable ne saurait être adouci parles soins dévoués des parents qui l'entourent.

Lorsque je vis pour la première fois M. B..., je posai résolument l'alternative de l'isolement dans une maison de santé ou de l'emploi de l'hydrothérapie à titre empirique, car il était impossible de prévoir si le malade, épuisé par de longues sou flrances, pourrait supporter l'usage des bains froids. Je me défiais aussi d'un état systématique des idées tellement enté sur l'élément de l'hypochondrie, que je craignais de voir M. B... puiser dans un commencement d'organisation délirante la force nécessaire pour résister à toute action thérapeutique. L'essai fut tenté néanmoins, et le résultat dépassa toutes mes espérances. La première sudation fut suivie d'une affusion énergique, et releva tellement les forces du malade, que la nuit qui succéda à cette épreuve se passa sans les accidents ordinaires de la situation, spasmes, cauchemar, terreurs excessives. Le traitement, continué pendant un mois, amena une modification si heureuse, que M. B... put se lever, travailler et vaquer à ses occupations ordinaires. Je fis cesser toute médication interne, et les fonctions digestives étant revenues à leur état normal, je me contentai de relever les forces du malade au moyen d'une bonne nourriture, de toniques, tels que le vin de Bordeaux : la guérison ne tarda pas à se consolider. C'est là un exemple d'un des résultats les plus inespérés et les plus prompts que j'aie obtenus par l'hydrothérapie. Sans doute il existe des contre-indications à la méthode hydrothérapique, et je ne manquerai pas d'en tenir compte dans le traitement des diverses variétés d'affections nerveuses dont il me reste à parler.

Qu'il me soit permis de citer encore un fait entre le grand nombre de ceux que je pourrais produire.

'6" Une jeune femme qui puisaitdans l'hypochondrie deson ascendance maternelle un tempérament névropathique des plus protéiformes qu'il m'ait été donné d'observer, était depuis quatre à cinq ans victime de cette

situation qui avait résisté aux soins les plus assidus et les plus intelligents des médecins. Elle en était réduite à passer son existence sur une chaise longue, et le moindre mouvement suffisait pour produire des spasmes, des pandiculations et des vomissements. Elle présentait aussi cet état morbide dont parle M. le docteur Fleury : « état accompagné d'accidents » locaux particuliers que l'on rencontre si souvent chez les femmes dont » l'utérus est engorgé et qui a subi un déplacement, et qui divise encore » les médecins les plus expérimentés sur la question de savoir si, dans » les cas de ce genre, il existe une relation de cause à effet entre la maladie » utérine et la névropathie. »

Je dus, en conséquence, dans le traitement d'une affection aussi complexe, tenir grand cas de la réaction sympathique exercée par l'utérus sur les fonctions cérébrales. La malade éprouvait la plupart desaccidents propres aux hystériques. Il existait d'ailleurs chez elle une paralysie des extrémités inférieures avec hyperesthésie des plus vives, et la sensibilité générale était tellement exaltée, que le moindre mouvement, comme je l'ai dit, produisait des spasmes et un état convulsif. D'un autre côté, cette exagération de la sensibilité, compromettait l'exercice normal des facultés intellectuelles et morales. La malade était devenue irritable et fantasque. La moindre opposition à ses innombrables caprices la jetait dans des perplexités extrêmes, et je dus tenir compte de cette situation pour relever son courage et lui faire accepter l'espoir d'une guérison.

Dans la nécessité où je me trouvai de renoncer à toute médication interne chez une malade qui avait abusé des ressources de la pharmacopée ordinaire, et dont le tempérament était devenu réfractaire aux antispasmodiques les plus simples, je ne reculai pas devant les pratiques les plus minutieuses et me prêtai à quelques-unes des exigences hypocondriaques de cette jeune femme. Ceci ne paraîtra ridicule qu'aux yeux des médecins qui ignorent les bons effets que la médication morale produit sur le physique des névropallhsés généraux. J'avais annoncé à la malade qu'elle ne pouvait plus trouver que dans l'hydrothérapie une chance de guérison, et je commençai avec des frictions rapides exercées sur les bras et les jambes au moyen d'une éponge mouillée; je fis bientôt participer la superficie tout entière de la peau à ces mêmes frictions. Chaque jour amenait ainsi une modification, un progrès dans l'état général. La sudation dans les draps mouillés ne se lit pas sans difficulté ; il fallait inventer des moyens pour déplacer la malade sans lui donner de secousses; mais enfin, l'influence morale aidant, l'épreuve, après avoir échoué à plusieurs reprises, finit par réussir. La malade, qui n'avait pu d'abord soutenir que les friciions avec l'éponge mouillée, réclama bien-

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