PÉRIODE CONFIRMÉE. — ISOLEMENT DES MALADES
gement de milieu. Dans une foule de situations névropathiques, autres que l'aliénation, il m'a suffi de conseiller le déplacement des malades, l'interruption momentanée de leurs occupations ordinaires, pour voir s'évanouir ce retour périodique de phénomènes nerveux, maladifs, qui semblaient être en rapport avec la monotonie des mêmes sensations et la répétition fatigante des mêmes actes. Bien mieux, j'ai vu, dans la période confirmée de la folie héréditaire, l'isolement dans une maison de santé produire un effet si instantané sur les conditions névropathiques du malade, que la guérison a, pour ainsi dire, été subite. Les parents, étonnés d'un changement aussi prompt, se repentent alors d'une décision qui leur paraît avoir été prise avec trop de promptitude ; ils regrettent, mais bien à tort souvent, d'avoir subi les avis du médecin qui a conseillé l'isolement de leur malade (1 ).
Cependant il est bon d'examiner dans quelles circonstances il faut séparer l'aliéné de sa famille, afin d'avoir une règle de conduite qui guide le médecin et éclaire les parents. L'isolement doit être prescrit lorsque le trouble survenu dans le système nerveux change la nature des sensations et les rend souvent douloureuses ; que les rapports avec le monde extérieur ne sont plus les mêmes ; qu'au dehors tout semble bouleversé. « Le malade, ajoute Esquirol, qui trace d'une manière incomparable les règles à suivre en des occurrences pareilles; le malade, qui ne croit plus que la cause de ces phénomènes soit en lui, est en désaccord avec tout ce qu'il voit et tout ce qu'il entend, ce qui exalte ses idées et le met en contradiction avec les autres et avec lui-même. Il se persuade qu'on veut le contrarier parce qu'on désapprouve ses excès et ses écarts. Ne comprenant pas ce qu'on lui dit, il s'impatiente, il interprète le plus souvent mal les paroles qu'on lui adresse; les témoignages de l'affection la plus tendre sont pris pour des injures, ou pour des énigmes qu'il ne peut deviner; les soins les plus empressés sont des vexations; son cœur ne se nourrit bientôt plus que de défiance. L'aliéné devient timide, ombrageux; il craint tout ce qui l'approche; ses soupçons s'étendent aux personnes qui lui étaient le plus chères ; la conviction que chacun s'at-
(I) Les parents ont plus souvent à se reprocher d'avoir trop tardé à isoler leur malade. Je ne puis cependant me dispenser d'appeler à ce propos l'attention des médecins sur l'intimité du t'ait pathologique. Il est incontestable qu'un premier accès d'aliénation chez un individu héréditairement prédisposé à cette maladie peut parcourir ses phases avec une rapidité très grande, et, à moins de contre-indications spéciales tirées des tendances du malade au suicide, à l'homicide ou à tout autre acte malfaisant, les médecins agiront sagement d'essayer les moyens que la thérapeutique met à leur disposition avant de conseiller l'isolement.
LNFLUliNCË DES VOYAGES SUK LA SANTÉ DES ALIÉNÉS. COlJ
tache à le tourmenter, à le diffamer, à le rendre malheureux, à le perdre, à le rainer, vient mettre la comble à cette perversion morale. De là ce soupçon symptomatique , qui s'accroît souvent sans motif, quelquefois par des contrariétés inévitables , qui augmente en raison de l'altération des facultés intellectuelles et qui se peint si bien sur la physionomie des aliénés. » (Esquirol, Traitement de la folie, tome I , p. 120.)
En un mot, l'aliéné est devenu dangereux pour lui-même et pour les autres, non-seulement d'une manière intermittente, mais d'une manière continue. Les soins, les marques de tendresse, les dévouements les plus absolus, ne sont capables ni de calmer ses exacerbations, ni de le convaincre de folie. Il se méconnaît lui-même, comment ne méconnaîtrait-il pas les autres? Il a pris en haine ceux qui avant sa maladie possédaient toute son affection, et l'on est obligé, dans l'intérieur de la famille, de recourir aux moyens de contrainte pour se préserver de ses violences; de là redoublements d'agitation et de fureur. Dans une situation pareille, l'indication ne saurait être douteuse; il faut isoler le malade. Je ne parle pas seulement de l'aliéné au type héréditaire, mais de tous les aliénés sans exception ; aussi la nature du sujet m'oblige, pour ne plus y revenir, à traiter de l'isolement des aliénés.
Je n'entrerai pas dans des détails théoriques sur l'influence psychicophysiologique exercée par l'isolement. Les ouvrages spéciaux sont pleins d'aperçus à ce sujet, et les généralités nous entraîneraient trop loin. Précisons les moyens mis à la disposition des familles et du médecin. Ce sont : 1° les voyages ; 2° l'isolement à la campagne, dans une maison spécialement organisée pour le malade; 3° l'isolement avec d'autres aliénés, soit dans un établissement public, soit dans une maison de santé.
1° Voyages.— « J'ai constamment observé, dit Esquirol, que les aliénés sont soulagés après un long voyage, surtout s'ils ont visité des pays éloignés dont le site et l'aspect aient saisi leur imagination; s'ils ont éprouvé les difficultés, les tracasseries, les contre-temps, les fatigues ordinaires aux voyageurs. Les voyages agissent encore (et c'est là peut-être leur but le plus utile) en excitant toutes les fonctions assimilatrices ; ils provoquent le sommeil, l'appétit et les sécrétions. Les convalescents qui craignent de rentrer dans le monde, où ils redoutent d'avoir à parler de leur maladie, sont moins inquiets après un voyage qui est le sujet de leur conversation avec leurs parents et leurs amis. »
Ces réflexions sont justes; mais sans compter que les voyages avec les frais énormes qu'ils nécessitent ne peuvent être que le privilège de l'iin-