‹ Traité des maladies mentaleChapitre 378 sur 500 · INFLUENCE DES SPECTACLES, DE LA. MUSIQUE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES SPECTACLES, DE LA. MUSIQUE

paysages nouveaux, les visites aux plus célèbres musées, les spectacles, la musique, qui auraient du, à ce qu'il me semblait, fixer l'attention d'une femme artiste, réveiller ses sentiments engourdis, ne faisaient qu'augmenter sa torpeur et son apathie, tout en agissant d'une manière inquiétante sur sa sensibilité générale. Elle était tombée progressivement dans un état des plus tristes, et poussait des gémissements continuels. Elle en était arrivée au point d'adopter un mutisme absolu et de perdre l'habitude des instincts les plus naturels.

Dans cette triste perplexité je voulus encore essayer l'influence d'un spectacle pompeux qui se donnait au théâtre de Venise (1) ; mais pendant la représentation, la malade tournait le dos aux acteurs, continuait ses I gémissements, s'enfonçait des épingles dans les chairs, et puis, faisant une explosion soudaine, me reprocha amèrement de donner en spectacle 1 une femme destinée à être brûlée pour ses crimes. Il est inutile de dire 1 qu'instruit, d'une part, par une expérience malheureuse, etmieuxédifié,de l'autre, sur l'ordre d'idées et de sensations qui prédominaient dans la folie .de cette aliénée, je ne cherchai plus les éléments d'un traitement moral ' dans les conditions mêmes qui ne faisaient qu'irriter son état nerveux

(1) Si l'on pouvait douter un moment de l'inutilité et même du danger des spectacles dans la période confirmée de la folie, on serait parfaitement édifié en lisant ce qu'en dit : Esquirol : « Les maniaques ne pouvaient assister aux représentations théâtrales de Charenton ; les monomaniaques rarement ; les imbéciles n'en retiraient aucun profit. Les fous à qui les spectacles pouvaient être utiles étaient guéris, et il leur eût été plus profitable d'être rendus à la liberté plutôt que d'être renfermés pendant trois heures dans un lieu clos, échauffé, bruyant, où tout portait à la céphalalgie. Aussi il y avait peu de représentations qui ne fussent signalées par quelque explosion violen'e de délire, ou par quelque rechute.... Ce moyen avec lequel on abusa le public, en débitant que les fous eux-mêmes jouaient la comédie, n'obtint jamais l'assentiment du médecin en chef de cette maison, et Royer-Collard s'éleva avec énergie contre cet abus qu'il était parvenu à faire cesser. J'ai conduit un jeune convalescent à l'Opéra-Comique, ajoute Esquirol; il ! voyait sa femme causant avec des hommes. Un autre, après un quart d'heure, sentit la chaleur lui gagner la tête. Sortons, me dit-il, ou je vais retomber. Une demoiselle étant à l'Opéra, voyant les acteurs armés de sabres, crut qu'ils allaient se battre; il fallut sortir pour prévenir un éclat, et cependant j'avais choisi et les individus que je conduisais et ' les pièces qu'on devait jouer. Le spectacle ne saurait convenir aux aliénés, je le crains même pour les convalescents. (Tomel, p. 138.) » Il m'est arrivé, pour mon propre compte, les scènes les plus désagréables avec des aliénés que j'ai conduits au spectacle. Ils s'ap- 1 pliquaient toutes les allusions contenues dans la pièce que l'on jouait. Ils se croyaient bafoués, méprisés, honnis, et leur délire des persécutions ne faisait que s'accroître. Je n'insisterais pas autant sur les véritables éléments du traitement moral, si des journaux, des revues plus ou moins scientifiques, ne cherchaient pas à propager, au moyen d'histoires ridicules et controuvées, les idées les plus fausses, citant des guérisons d'aliénés opérées à l'aide de moyens dont tous les auteurs sérieux ont critiqué remploi.

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