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DES INDICATIONS DE L'ISOLEMENT

aussi terrible (1). On n'a osé s'opposer à aucune des volontés du malade, et, lorsque plus tard, on a voulu se préserver de ses agressions, il a fallu recourir à la force matérielle, à la contrainte. On n'a fait qu'irriter son état, et l'on a donné un nouvel aliment à son délire des persécutions.

D'un autre côté, au milieu des perplexités si naturelles de la situation, on ne s'est pas toujours aperçu qu'il y avait un autre grand intérêt à sauvegarder, celui des enfants, qui peuvent être si fatalement influencés parles exacerbations délirantes de leurs parents. Je ne parle pas ici d'une propagation immédiate de la maladie. Je ne veux que faire allusion aux ; phénomènes d'impressionnabilité nerveuse qui surgissent de toute néces- j sitécliez des enfants, et peuvent se révéler ultérieurement sousles formes ! les plus inattendues. (Voyez ce que j'ai dit sur ce sujet : Etiologie. i imitation, influences contagieuses, p. 1k\ et suiv.)

J'ai fait la part des circonstances dans lesquelles il ne fallait pas trop se 1 bâter d'isoler les malades: c'est lorsque l'on peut prévoir que la maladie sera de courte durée, ainsi que cela a lieu dans les formes primitives de j l'aliénation héréditaire; c'est dans les complications de troubles intellectuels qui arrivent, dans le cours ou dans la période de convalescence de quelques maladies aiguës; c'est encore dans ces folies pour ainsi dire instantanées, subites, qui éclatent sous l'influence de certains états ! névropathiques. Je me garde de trop généraliser les exceptions, car malheureusement on est plus porté à pécher par excès de précaution, en n'isolant pas assez promptement les aliénés. D'un autre côté, on peut être très convaincu de l'opportunité de l'isolement dans telle ou telle situation déterminée, et néanmoins céder involontairement aux préjugés du monde, à la crainte des reproches que l'on s'attirera lorsque les malades reviendront à la raison. 11 est une foule d'autres motifs respectables et dont je ne parle point ; tout le monde les connaît, et chaque famille fait sous ce rapport ses réserves particulières (2).

(1) Lorsque nous sommes consultés dans cette situation difficile où il s'agit de décider de l'isolement d'un aliéné, on nous recommande de ne pas décliner nos titres et nos i qualités, tant on craint d'opérer une impression fâcheuse sur l'esprit des malades. J'ai toujours, dans des circonstances pareilles, tenu à faire savoir à l'aliéné la vérité. Dans plus d'une occasion la perspicacité de quelques-uns a singulièrement déjoué la ruse de leurs parents. Ils ont instinctivement deviné à qui ils avaient affaire, et j'ai vu, plus d'une fois, ces malades reprocher à leur famille de les avoir laissés si longtemps dans l'ignorance de leur situation.

(2) Parmi ces motifs, il en est un bien grave, celui qui se déduit des conséquences mêmes de la folie héréditaire. On craint, tant aujourd'hui les idées sur les transmissions par hérédité commencent à se répandre, que l'isolement d'un père ou d'une mère frappés de folie ne soit un obstacle au mariage ultérieur des enfants. On espère, rn cachant la

de l'influence physique et mo?. a le de l'isolement. 617

Je tiens seulement à terminer ces considérations sur l'isolement par la réfutation d'une autre objection qui s'attaque à la méthode même de l'isolement dans ses rapports avec les indications de la science. On a peine à comprendre qu'un aliéné qui, dans sa famille, a résisté aux conseils et aux injonctions des siens, qui n'a cédé ni à leur tendresse, ni aux preuves de leur dévouement le plus absolu, puisse être influencé favorablement dans un milieu destiné à d'autres aliénés. Mais pour dissiper les doutes qui peuvent exister à cet égard, on ne saurait trop insister sur le caractère intime de la folie, sur les nouvelles conditions maladives de l'intelligence et des sentiments chez celui qui est atteint de cette affection. Je ne saurais mieux faire que d'emprunter à M. le docteur Falret les réflexions qui suivent, et qui sont de nature à réfuter les objections que l'on fait à l'isolement en méconnaissant le côté scientifique de cette puissante médication.

r< L'aliéné, considéré d'une manière générale, est concentré en luimême, tout entier à ses préoccupations. Chez lui, le monde intérieur prévaut sur le monde extérieur; il est égoïste sans sociabilité; il est entraîné par ses idées et ses sentiments maladifs en dehors du inonde réel, et n'exerce qu'un faible contrôle sur ses propres idées. Il est sans empire sur lui-même et ne réagit que très faiblement contre ses tendances, contre ses dispositions maladives qu'il laisse se manifester sans contre-poids, et qui s'alimentent ainsi par leur propre exercice. Eh bien, ces caractères généraux qui appartiennent à presque tous les aliénés, sont la véritable base sur laquelle reposent les principes fondamentaux du traitement général, qui se trouve ainsi applicable à toûs ces malades, puisqu'il s'attaque à des dispositions communes à tous. Provoquer la réaction intérieure du malade sur lui-même, tel doit être en définitive le but de tous les moyens moraux employés chez les aliénés.... C'est par des moyens indirects, ajoute le savant médecin de la Salpètrière, que l'on doit chercher à obtenir la réaction du malade sur lui-même. « Ces moyens peuvent se réduire, d'après lui, aux principes suivants qui découlent naturellement des caractères propres aux aliénés, et qui servent de base à la constitution actuelle des asiles qui leur sont destinés :

maladie, sauvegarder l'avenir d'un fils ou d'une fille. Sans doute je comprends ce que cette préoccupation a de légitime et de respectable, mais je ferai observer qu'il n'est aucune maladie qui puisse se cacher aussi difficilement que la folie. Que les parents aient été ou non placés dans une maison de santé, le fait en lui-même n'échappe pas à la notoriété du public, et les déductions que l'on en tire sont tout aussi malveillantes. D'ailleurs les mariages se font aujourd'hui avec si peu de précautions, que l'on cherche bien plus ses objections dans le manque de fortune que dans la crainte des transmissions héréditaires pour les enfants.

G18 de l'influence physique et morale de l'isolement.

« 1° Opérer une diversion au délire, en provoquant d'autres idées ou d'autres sentiments qui fassent contre-poids. Ce principe se trouve réalisé à l'aide de moyens variés, au premier rang desquels figure l'occupation sous toutes ses formes.

» 2° Substituer une autorité étrangère à la volonté maladive.

» 3° Calmer l'activité exubérante des facultés intellectuelles et morales, par le repos du cerveau et la monotonie des sensations, et diriger l'activité qu'on ne peut éteindre vers un but réel et étranger au délire.

» k° Provoquer la réflexion sur soi-même par le contraste qui environne le malade et son ancien entourage. » (Falret, Leçons cliniques sur1 le traitement général des aliénés, dans Moniteur des hôpitaux.)

Tous ces précieux desiderata trouvent leur réalisation dans les milieux spécialement créés pour les aliénés, je veux parler des maisons de santé et des asiles ; ce n'est que là qu'il est possible, dans les cas extrêmes, de suffire à toutes les exigences d'un traitement collectif. Il est inutile que j'entre à ce propos dans des détails qui me feraient dépasser de beaucoup les bornes que je veux m'imposer. Qu'il me suffise de rappeler que ce n'est pas dans l'intérieur de sa famille, dont il a pris tous les membres en aversion, que l'on peut remplir les nombreuses indications du traitement physique et du traitement moral ; cela est de toute évidence. Dans un asile, il n'est pas jusqu'à la vue de ses compagnons d'infortune, calmes et résignés, soumis à un ordre et à une discipline de tous les instants, qui ne fasse sur l'aliéné enlevé à sa famille une impression plus salutaire que les consolations intempestives et les raisonnements à perte de vue qui l'irritent de la part des siens. D'ailleurs, les personnes qui n'ont jamais pénétré dans ces milieux de traitement de la folie auront peine à croire à la solidarité qui unit tous les habitants d'un pareil séjour. « 11 y a dans une maison semblable un mouvement, une activité, un tourbillon clans lequel entre peu à peu chaque commensal. Le lypémaniaque le plus entêté, le plus défiant, se trouve, à son insu, forcé de vivre hors de lui, emporté par le mouvement général, par l'exemple , par les impressions souvent bizarres qui frappent perpétuellement ses sens. Le maniaque lui-même, retenu par l'harmonie, l'ordre et la règle de la maison, se défend mieux contre ses impulsions, et s'abandonne moins à ses actions excentriques. » (Esquirol, t. I, p. 119.)

« Les serviteurs, dit encore Esquirol, doivent donner l'exemple de la déférence et de l'obéissance aux règlements et aux chefs. Par leur nombre, ils présentent un grand appareil de force qui rend son emploi superflu et inutile; ils persuadent aux plus emportes que toute résistance est vaine. Enfin, vivant avec les malades, ceux-ci ne sont point seuls ni toujours

DE L'INFLUENCE PHYSIQUE ET MOIiALE DE L'iSOLEMENT. 619

environnés de personnes déraisonnables. » Il est impossible de faire plus doucement la critique des moyens de violence et de coercition auxquels, en désespoir de cause, on est obligé d'avoir recours dans l'intérieur des familles.

Enfin, et ceci est le point essentiel sur lequel Esquirol appelle l'attention, l'exemple, qui a tant de pouvoir sur les déterminations de l'homme, a une grande influence sur les aliénés. « Il ne faut pas oublier, ajoute ce grand observateur, ce que j'ai dit de la sagacité des fous, pour comprendre ce qui se passe autour d'eux. La guérison., la sortie d'un malade fait naître dans le cœur d'autres la confiance, l'espoir de la guérison, la certitude d'être rendus à la liberté. Les convalescents, par leur contentement, leurs avis, leurs conseils, consolent et encouragent les malades, et leur sont par là d'une grande utilité. » [Ibid. , p. 120;)

J'ai donné les indications principales de l'isolement ; j'ai appuyé sur les bénéfices que les malades en retirent il me resterait à parler des circonstances dans lesquelles il faut rompre l'isolement. Mais je reviendrai sur cette importante question dans l'étude et le traitement spécial des autres formes de folie ; les indications se présenteront alors naturellement et ne seront pas perdues au milieu des détails d'une question de thérapeutique générale. Je me suis laissé entraîner, à propos de traitement moral et d'isolement, à des considérations qui peuvent se rapporter à toutes les variétés de la folie. Je vais rentrer d'une manière plus intime dans mon sujet, en parlant des* indications qu'exigent la période aiguë et la période de rémission des folies héréditaires. Je dirai ensuite quelques mots de la prophylaxie et du rôle réservé à la pédagogie dans le traitement des formes extrêmes d'aliénation par hérédité [imbécillité, idiotie).

§ VI. — Traitement de l'état aigu confirmé. Bains, inhalations ëthérées, isolement absolu. Êmëlisation. Méthode expectante. Période de rémission. Etat consécutif. Dépression mélancolique, cachexie, anémie. Hydrothérapie, toniques,

ferrugineux. Emploi de l'iodure de potassium. Effet physiologique de l'opium

dans cette situation. Période de prostration, de stupeur. Médication révulsive,

irritante, vésicatoires, sétons, frictions stibiées, électricité, etc.

Lorsque dans la période aiguë de la folie par hérédité, l'exacerbation se continue sans rémission, que le malade en est arrivé au paroxysme de cet état maniaque qui se révèle par des cris, des vociférations, des actes agressifs, du délire général avec hallucinations sensoriales de toutes sortes, il faudra être convaincu qu'une médecine expectante est plus profitable que l'intervention d'une thérapeutique active.

Si l'hérédité se rattache à des affections encéphaliques bien caractérisées des ascendants, et s'il existe chez l'aliéné des symptômes de con-

620 TRAITEMENT DE LA PÉRIODE AIGUË (EXCITATION MANIAQOe).

gestion, je n'hésite pas, ainsi que je l'ai dit, à recourir aux déplétions sanguines générales ou locales. Quand, au contraire, l'agitation me paraît se relier plus spécialement à l'état d'excitation extrême du dynamisme nerveux, je me contente de soustraire, autant que possible, le malade à toute cause nouvelle d'irritabilité. Je l'isole des autres aliénés lorsque les localités le permettent. Je défends, dans tous les cas, la visite des parents, et lorsqu'il est dans l'intérieur de sa famille, je recommande de l'entourer de serviteurs étrangers et de s'abstenir de toute intervention directe. Je lui fais administrer des bains tièdes de trois à quatre heures suivis d'une rapide affusion d'eau froide. Tout au plus ai-je recours à des iuhalations éthérées prolongées, lorsque l'agitation se rapproche de l'état convulsif des épileptiques. Les malades peuvent, dans ces cas, respirer des doses énormes d'éther, sans que le sommeil en soit le résultat ; il n'est pas même nécessaire que cette dernière circonstance se produise. Les doses auxquelles il faudrait avoir recours ne seraient pas sans danger dans des situations pareilles ; il suffit que l'état spasmodique soit modifié, même transitoirement.

• La saignée est contre-indiquée lorsque l'agitation excessive dont je parle coïncide avec un pouls petit, faible, concentré, avec la pâleur de la face et une diminution notable du calorique. Les malades qui sont sou l'influence de cette agitation nerveuse ont un mouvement vermiculair des mains, un tremblement des lèvres et des convulsions des muscles d la face ; mais ces phénomènes n'ont pas le caractère de permanence de ceux de même nature que l'on remarque dans l'intoxication alcoolique et dans la paralysie générale; ils sont les symptômes d'un épuisement général souvent causé par le défaut d'un sommeil réparateur, par la privation ou l'insuffisance de la nourriture. Il faut être prévenu que dans les situations de ce genre, les malades refusent souvent de manger, ou ne se laissent nourrir que d'une manière incomplète.

Bains, isolement, éthérisation. — Mais, n'est-ce pas ici, dira-t-ou, le cas d'avoir recours aux calmants, aux antispasmodiques et, dans les situations extrêmes, àla médication révulsive? Je ne puis, à ce propos, que répéter ce que j'ai dit des conditions physiologiques et pathologiques de la période prodromique où l'état riévropathique général est empiré par l'opium, les toniques, les purgatifs et autres agents méclicamentaux. Ici les mêmes motifs d'abstention se présentent et militent bien plus encore en faveur de la médecine expectante, Dans les circonstances d'exacerbation nerveuse que je décris, j'ai employé les calmants, les antispasmodiques, les narcotiques, les stupéfiants, l'opium particulièrement, sous toutes leurs formes, sans avoir obtenu aucun résultat favorable. L'opium, dont j'ai

MÉTHODE EXPECTANTE. — DANGE11S D'UNE .MEDICATION ACTIVE. 621

donné des doses énormes. 75 centigrammes à un gramme, m'a paru augmenter l'agitation des malades; il m'a réussi, au contraire, dans l'agitation. maniaque avec état cachectique, et chez des aliénés dont la constitution a été profondément altérée par de longues privations, par des inquiétudes débilitantes, et par une hygiène mal entendue. Je vais en parler dans un instant.

En général, dans cette période d'agitation excessive, ainsi qu'elle se rencontre dans les périodes d'excitation de la folie héréditaire, sans complication de cachexie et d'intoxication alcoolique, je m'abstiens, autant que je puis, des médicaments internes et surtout de l'opium. Je cherche, ainsi que je l'ai dit, à déprimer l'exaltation de la sensibilité générale par des bains, par l'isolement, par l'éthérisation dans quelques cas.

Il est d'autres considérations tirées de l'étude de la pathologie spéciale des névropathies qui militent en faveur de cette méthode pleine de réserve. 11 ne faut pas oublier que les remèdes internes non-seulement fatiguent démesurément et irritent le système digestif, mais que sous l'influence de cet état spasmodique qui est le propre de la situation, ils sont comme neutralisés et restent sans effet. C'est, du reste, ce que l'on avait déjà observé dans le tétanos et dans d'autres affections nerveuses avec convulsions. Enfin, il se présente ici d'autres difficultés inhérentes à la nature même des idées et des actes que produit la maladie, et qui contrarient souvent l'emploi des médications les plus rationnelles et les plus rigoureusement indiquées, je veux parler de l'opposition que font beaucoup d'aliénés pour prendre des aliments, et à plus forte raison des remèdes. L'aliéné, qui dans son système délirant s'imagine être victime de toutes sortes de machinations, en arrive facilement à l'idée qu'on veut l'empoisonner. De là une résistance telle que ces malades forment, au point de vue thérapeutique, une catégorie à part dont j'aurai à parler à propos de divers moyens mécaniques employés pour nourrir les aliénés qui refusent toute nourriture. Dans les cas de ce genre, il faut souvent user de ruse, alors qu'un médicament est rigoureusement indiqué.

Lorsque l'état saburral des voies digestives, la constipation opiniâtre, nécessitent l'emploi d'un purgatif, ou d'un éméto-cathartique, je donne aux malades 1 gramme ou 2 de calomel par paquets de 25 centigrammes, mêlé à leurs aliments; il n'y a souvent pas moyen d'agir autrement. Ils ne répugnent pas trop non plus à prendre dans leur tisane une potion composée de sirop d'ipécacuanha, 40 grammes, avec addition de tartre stibié, 25 centigrammes. Ces aàénés sont souvent dévorés de soif; je m'empresse de leur donner à volonté des tisanes diurétiques, rafraîchis-

622 INDICATIONS CURATIVES. — ■ ÉMÉTISATION.

santés, laxatives, telles que l'orge miellée, le chiendent nitré, la limonade végétale, etc.

Émétisation. — Ce n'est pas incidemment que je parle ici d'émétisation; j'avais espéré dans un temps tirer des avantages de la méthode rasorienne que le docteur Weisener a imaginé le premier, dit M. Guislain, pouvoir être appliquée au traitement de la manie.

A propos de traitement de la manie je ne puis m'empècher de faire ressortir à quel point le défaut de classification des diverses formes de la folie, l'absence de coordination entre les phénomènes qui signalent les différentes phases d'une affection nerveuse, ont amené de confusion dans l'idée juste qu'il est permis de se faire du mot manie. L'état d'exaltation, dans ma manière de voir, est, comme on sait, un symptôme et non pas une forme de la folie. Lors donc que l'on conseillait la méthode rasorienne dans le traitement de la manie, voulait-on atteindre cet état d'agitation qui se développe parfois avec tant d'intensité dans la forme héréditaire qui nous occupe? Etait-ce à Y état maniaque des alcoolisés, des épileptiques, des hystériques, que s'adressait la méthode? Avait-on en vue de traiter par cette médication le délire aigu qui se développe dans le cours de quelques maladies incidentes, délire qui dégénère parfois en folie et que quelques auteurs ont confondu avec la fureur, la frénésie des anciens? Enfin est-ce dans l'état maniaque qui se montre souvent avec tant de violence dans les affections idiopalhiques du cerveau, et quelquefois même, mais transitoirement, jusque dans les formes terminatives de la démence, que l'on, doit recourir à l'émétique, soit à l'intérieur, en donnant 30, k0 centigrammes de ce médicament au malade dans un véhicule, soit à l'extérieur, au moyen de frictions de pommade stibiée sur la tète?

Voilà tout un ordre de questions qui condamne d'avance non-seulement l'émétisalion, mais telle ou telle autre méthode de traitement appliquée indistinctement aux deux situations fondamentales de toutes les folies, la manie {excitation), la mélancolie [dépression). Il est de toute évidence, en effet, que les diverses situations pathologiques qui j'ai énuméréesc omiiie représentant un état maniaque ne peuvent également être traitées par l'émétisation, et j'ajouterai, afin de ne plus revenir sur ces réflexions capitales, par toute autre médication dont on veut faire une panacée universelle.

C'est pour n'avoir pas tenu compte de ces indications si simples, que tant de dénégations contradictoires se font jour dans les ouvrages des auteurs à propos de l'effet de tel ou tel remède. Utile entre les mains des uns, qui ont su l'appliquer selon ses indications spéciales, il a été nuisible entre celles des autres. Cela se comprend facilement ; ils ne le donnent pas

DANS QUELS CAS FAUT-IL EMPLOYER l'ÉMETISATION ? 623

dans les mêmes conditions maladives. C'est ce qui est arrivé pour l'émétisation, et, pour ce qui me regarde, je confesse en avoir fait abus, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, en frictions sur la tête.

Voici maintenant dans quelles circonstancesj'emploie l'émétique.

1° Dans les encéphalites compliquées d'un état sabuiral et d'un délire violent, où l'on n'obtient, dit Abercrombie, de soulagement direct et rapide de l'état morbide du cerveau qu'en agissant sur les premières voies (1).

2° Dans les formes chroniques où l'on a à craindre une transition à la démence, et où le malade présente des symptômes de stupidité , alors l'émétique associé à un corps gras peut être appliqué en frictions sur la tête.

3° Enfin, dans les violentes agitations qui suivent uneexplosion violente de délire sans prodromes, sans incubation préalable, ainsi que cela se voit au début de quelques folies héréditaires. La médication est, dans ce cas, perturbatrice, mais il faut l'employer au début même, car il n'y a pas de chance de réussite quand le délire est chronique. Il est alors prudent de rentrer dans les indications que j'ai données ci-dessus.

Il suffit, la plupart du temps, lorsqu'on est appelé au début, de prescrire 5 centigrammes d'émétique en lavage pour amener des vomissements et un grand affaissement dans l'organisme, car le malade éprouve déjà préliininairement des nausées et des pandiculations.

« Sous l'influence de l'emploi du tartre stibié à closes élevées, dit M. le docteur Guislain, la circulation se ralentit, et il se produit un affaissement général, parfois considérable. 11 engendre une profonde perturbation dans

(1) « On manquait rarement autrefois, dit M. le docteur Calmeil, dans les cas de ce genre, de recourir à l'administration du tartre stibié, que l'on prescrivait de manière à produire le vomissement. C'est à cette pratique que M. Gendrin se rattache, en associant aussi quelquefois le tartre stibié, tantôt à l'ipéc;icuanha, tantôt au sulfate de soude. Mais dans certains cas, il faut administrer l'émétique à la dose de 15 ou 20 centigrammes dans des potions dont on fait usage par cuillerées, et où l'on peut faire entrer quelques grains de kermès minéral. On ne pourrait se rendre compte d'une manière certaine de l'efficacité d'une pareille médication qu'autant qu'elle aurait été appliquée seule, ou qu'elle aurait été suivie d'un changement favorable rapide. Beaucoup de médecins jugent que cette médication demande à être soumise à de nouvelles épreuves, avant d'être particulièrement recommandée; d'autres la condamnent comme nuisible. La fréquence des phlegmons thoraciques, dans la périencéphalite insidieuse, dit M. Calmeil, nous a engagé à recourir un certain nombre de fois à la méthode rasorienne dans le traitement de cette dernière forme d'inflammation ; il nous a été difficile de nous rendre un compte exact du mode d'action de l'émétique sur des malades qui en ont pris une certaine dose ; nous ne croyons pas qu'il ait contribué à aggraver l'état nerveux inlracrânien. » (Tome II, p. 696.)

62i EFFETS THÉRAPEUTIQUES DE l'ÉMÉTIQUE DANS LA MANIE.

tout l'organisme.... Une extrême pâleur et une profonde altération dans les traits, des évacuations alvines copieuses, marquent ordinairement l'administration de ce remède donné à haute dose. Je me rappelle avoir vu, un jour, un état très grave succéder à l'emploi de cet agent. J'ai pu me persuader qu'il produit quelquefois des symptômes formidables qui souvent doivent faire redouter l'emploi de cette médication.... Mais, ajoute ce judicieux observateur, il est des situations (et les grandes manifestations de délire avec agitation excessive dans la folie héréditaire s'y rapportent essentiellement) où il est peut-être beaucoup plus prudent de ne pas entraver la marche de la maladie, que de la troubler par des moyens violents. » (Guislain, ouvr. cit., Emétisation, t. III, p. 150.)

C'est conformément à des préceptes aussi sages que les révulsions avec le cautère actuel et tous les moyens douloureux doivent être proscrits dans cette période de la maladie. Si les sétons, les vésicatoires, l'émétisation, les frictions sur la tête avec des pommades irritantes, et autres moyens employés pour obtenir une dérivation et une révulsion, sont par fois indiqués, comme nous aurons occasion de le démontrer, ce n'est jamais dans cette phase d'excitation, dont l'irritabi'ité fait le principal caractère.

Pinel, que l'on n'accusera pas d'avoir abusé de la pharmacie dans le traitement des maladies mentales, émet, à propos des soins à donner aux malades dans la période maniaque, des rétlexions qui doivent également s'appliquer aux aliénés héréditaires qui nous occupent. « Ce n'est point en général leur agitation, quelque violente qu'elle soit, qui peut déconcerter, puisqu'elle tient à la nature de la maladie, et que tous les moyens de la comprimer sont prévus. On cherche par des médicaments doux et d'un effet lent à produire une détente générale, à diminuer l'énergie vitale par l'usage des boissons mucilagineuses, émulsionnées ou acidulées, en entremêlant par intervalles l'usage des laxatifs pour prévenir les effets d'une constipation qui leur est habituelle, ou de quelque léger calmant pour faire cesser l'insomnie. On joint à ces moyens internes l'usage des bains tempérés, quelquefois avec une légère douche vers la lin du bain. On ne brusque rien, on ne précipite rien; on suspend de temps en temps tout médicament pendant plusieurs jours pour laisser à la nature les moyens de développer ses efforts conservateurs, et l'on revient alternativement à ceux qui peuvent la seconder. On diminue ainsi peu à peu l'impulsion des lluides vers la tète; en avançant lentement vers le terme proposé sans rien mettre au hasard. L'excès d'agitation et la divagation se calment ainsi par degrés, et les moments lucides se multiplient davantage. » (Pinel, Traité médico-philosophique, p. 338.)

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