ÉDUCATION INTELLECTUELLE. — THAVAUX MANUELS. 6Z
cette matière, M. le docteur Delasiauve (1), l'éducation de l'idiot, vue d'ensemble, doit être tout émotion, tout action. Stimuler sans cesse par des sensations et des œuvres en rapport avec sa sensibilité morale, par l'attention, les comparaisons, le désir, le goût, est l'unique moyen de faire éclore en lui l'idée. Plus le progrès est tardif, moins il faut risquer de le compromettre par une précipitation maladroite et des soins avortés. La lecture, l'écriture, le calcul, petits talents, ne sont véritablement, pour l'être privé d'intellect, que des outils défectueux entre des mains incapables. »
Ce n'est pas que M. Delasiauve rejette les initiations intellectuelles, lorsque surtout il existe chez ces êtres dégénérés de ces aptitudes originelles spéciales dont j'ai parlé; mais il est des indications plus positives et qui sont en rapport avec ces natures défectueuses. Je veux parler du développement de la sensibilité morale au moyen des soins affectueux dont on les entoure, et de l'application du plus grand nombre à des travaux manuels et à des exercices réguliers qui leur apprennent à coordonner leurs mouvements et à se rendre utiles et serviables. Plusieurs ont été trouvés capables d'apprendre un métier et d'exercer quelques-uns de ces états où l'homme n'a besoin que d'employer des mouvements automatiques (2). Il ne faut pas oublier non plus que les résultats du
(1) Dans un excellent travail publié dans la Gazette hebdomadaire, 18 mars, 1er et 15 avril 1855, M. le docteur Delasiauve a faît le résumé critique de tous les essais tentés pour l'éducation des enfants arriérés, imbéciles, idiots ; il a en môme temps posé les règles qui doivent guider l'éducation dans des essais difficiles. « C'est dans une thèse remarquable soutenue en 182i par M. Belhomme, qu'apparurent, dit M. Delasiauve, les premiers aperçus intéressants sur le point qui nous occupe. L'auteur en conçut l'idée aux leçons d'Esquirol, à propos des jeunes idiots dans l' entendement desquels on était parvenu à faire pénétrer quelques rayons. Ces exemples frappèrent d'autant plus notre confrère qu'ils concordaient logiquement avec les principes psychologiques qu'il professe sur l'indépendance réciproque et la culture partielle des facultés. Reconnaissant d'ailleurs parmi les idiots des nuances infinies, il en déduisit la nécessité de diversifier individuellement les procédés éducateurs. — M. Voisin, dans un mémoire en 1830, et ultérieurement dans d'autres écrits, fut peut-être plus formel encore, ajoute M. Delasiauve. « Il n'y a pas, dit » M. Voisin, identité entre les pouvoirs fondamentaux de la tète humaine. Les facultés » intellectuelles ne sont pas les'facultés morales, ni celles-ci les mômes que les facultés » affectives ou intellectuelles, et réciproquement. Chaque virtualité a ses qualités particu- » Hères, son mode d'action spécial, et obéit à des mobiles divers. La perte de l'un n'entraîne » pas forcément la destruction de l'autre. «M. Voisin pense, par suite, qu'on ne doit jamais entreprendre l'œuvre de perfectionnement d'un idiot qu'après avoir fait sur sa personne une enquête sérieuse , approfondi ses manifestations psychiques, ses penchants, ses expressions sentimentales, fait, en un mot, le tour de sa constitution, afin de choisir dans le monde extérieur les leviers qui puissent agir sur lui. » (Delasiauve, Mémoire cité.)
(2) Dans mes Études cliniques, je suis entré dans des détails sur les indications théra-