Z|/| ÉDUCATION MURALE. — RÉVEIL DES SENTIMENTS
traitement intellectuel physique et moral clans ces cas ne doivent pasj tendre à amener une comparaison entre ces êtres congénitalementi trappes dans leurs facultés et les individus nés intelligents. Il s'agit rie les comparer à ce qu'ils seraient si on les avait laissés dans l'état d'alrection et de dégradation où les avait placés la maladie.
En parlant des sentiments qui peuvent encore exister chez ces étres| dégénérés, M. le docteur Delasiauve dit, avec beaucoup de justesse, dans) son livre sur l'épilepsie et son traitement: « Il n'est pas impossible,! même chez l'idiot, de féconder tous ces germes dans une certaine mesure, d'agrandir la sphère restreinte de son intelligence, en multipliant autour de lui des impressions extérieures, de développer en lui quelques; sentiments de sociabilité, de l'initier par l'imitation et l'usage à la pratique des diverses professions manuelles sous une direction indispensable.; La gymnastique, ajoute le même auteur, qui augmente la vigueur de la constitution, en même temps qu'elle imprime à l'attitude de la grâce, aux mouvements de la rectitude, détruit ou modifie ces tics si disgracieux, cesj balancements si choquants pour la vue. La constante activité à laquelle5 on l'oblige, amortit la violence de ses penchants brutaux, corrige les] appétits déréglés, les habitudes vicieuses, qui parfois contribuent à aug- ; menter l'infirmité de son esprit. Une communication permanente avec le monde qui l'entoure, les récompenses qu'il obtient, les châtiments qu'on t lui inflige, tout cela suscite dans cette imagination inerte, en apparence, une notion confuse du bien et du mal, du plaisir et de la peine, soulève des sensations affectueuses, avive l'amour -propre. La pitié se fraye un chemin dans son âme; il vivait clans la fange, objet de dégoût, la pro-j prêté et la décence lui sont devenues plus familières. C'était, en un mot, un fardeau pénible, embarrassant; l'éducation en a fait un être supportable, et parfois même un serviteur utile. » (Delasiauve, Traitement de l'épilepsie. )
11 m'est impossible d'entrer dans tous les détails de cette éducation des imbéciles et des idiots, éducation des plus complexes où il s'agit non- i seulement de raviver les sens engourdis en multipliant, comme le dit M. le docteur Delasiauve, les impressions extérieures, mais de stimuler, par une bienveillance sans bornes, ce qui peut encore exister de sentiment chez ces êtres infirmes et dégénérés (1). Il suffit qu'en rattachant
peutiques que nous fournit la possibilité du réveil du développement de la sensibilité morale chez les êtres dégénérés ; je faisais surtout allusion à la méthode d'éducation employée à l'égard des sourds-muets par M. l'iroux, le zélé et savant directeur de l'école de Nancy. (Études cliniques, 1. 1, p. 97 à 122.)
(1) Dans le mémoire de M. le docteur Delasiauve, ce savant médecin cite plusieurs
OBSERVATIONS. fi/l5
leur situation aux folies héréditaires, j'aie posé les principes d'un traitement pédagogique, qui sera l'éternel honneur des médecins qui ont eu le courage de l'entreprendre. Car il est inutile d'insister sur les difficultés, les obstacles et les dégoûts qu'il s'agit de surmonter. Le peu que j'en ai dit fait assez entrevoir les immenses services que notre science est appelée à rendre à l'humanité souffrante.
L'étude des folies héréditaires à laquelle, vu sou importance, j'ai donné plus de développement qu'il ne me sera possible d'en consacrer aux autres formes de la folie, fait ressortir cette vérité.
exemples très consolants des résultats que l'on peut obtenir en poursuivant avec zèle, intelligence, et surtout avec une grande persévérance, l'éducation intellectuelle, physique et morale de ces malheureux enfants arriérés ou imbéciles. J'ai moi-même cité dans mes Éludes cliniques un exemple que je reproduis ici.
« Joséphine G... était une pauvre infirme d'une constitution rachitique et dont les tendances mauvaises avaient besoin d'être incessamment combattues. Sa figure portait les traces des nombreuses cicatrices qu'elle s'était faites en se déchirant avec ses ongles. Ceci est une tendance commune à beaucoup d'imbéciles. Un rire slupide et parfois convulsif était la seule réponse aux encouragements qu'on lui adressait. Cependant cette enfant, douée d'une mémoire extraordinaire, pouvait répéter mot pour mot une fable ou une histoire dont elle venait d'entendre la lecture, mais il lui était impossible de fixer son attention, et la première impression une fois passée, il ne lui restait plus aucun souvenir de ce qu'elle avait récité. Toutefois lorsque, grâce à l'attachement que lui portait la sœur de son quartier, il fut possible, au moyen de soins incessants et de procédés ingénieux, de faire surgir dans sou cœur l'élément de la 'sensibilité, il nous fut donné d'assister à l'admirable spectacle d'une rénovation intellectuelle chez cet être infirme et dégradé. Son attention se fixa insensiblement sur une foule de choses; elle apprit à lire, à écrire, à travailler. Autrefois elle voyait sans regarder; elle entendait sans écouter, ses instincts étaient pervertis. Maintenant, ses gestes, ses actes, ses paroles et son maintien annoncent le réveil des facultés. Les lettres qu'elle écrit à ses parents sont remplies de ces douces expressions de tendresse enfantine, apanage ordinaire des enfants intelligents de six à sept ans. Il est vrai qu'elle en a quinze, mais il faut remarquer qu'elle ne vit intellectuellement que depuis peu de temps. S'il ne nous est pas donné, ajoutai-je, d'en faire une intelligence supérieure, nous aurons au moins la consolation de l'avoir arrachée aux conséquences déplorables d'un arrêt de développement intellectuel congénital. » (Études cliniques, 1. 1, p. 116.)
Je pourrais citer également plusieurs autres exemples où une pédagogie spéciale, basée sur des soins hygiéniques, sur un traitement dirigé contre la prédominance du tempérament scrofuleux, rachitique, chlorotique, sur la bonne direction imprimée à ce qui reste à ces enfants d'aptitudes intellectuelles ou de facultés instinctives particulières, fut couronnée d'un plein succès chez de jeunes filles de Saint-Yon. J'insiste d'autant plus sur ces faits, que ces enfants nous venaient des maisons de correction, et que dans ces milieux on est trop disposé à négliger celte pédagogie qui n'amène des résultats favorables que lorsqu'elle atteint son triple but régénérateur : amélioration de la santé physique, instruction appropriée à l'état d'infirmité intellectuelle de ces enfants, éducation morale en rapport avec ce qui reste à ces jeunes imbéciles de facultés affectives.