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CHAPITRE II

ALIÉNATIONS MENTALES PAR INTOXICATION (1). § I*1'. — Considérations préliminaires.

L'usage de certaines substances ébriantes ou toxiques, telles que le vin, l'alcool, l'opium et ses composés, le datura stramonium, la belladone, etc., produisent, comme on sait, des délires transitoires avec hallucinations spéciales. D'un autre côté, les ouvriers qui manipulent le plomb ou d'autres métaux sont également sujets à des accidents particuliers du système nerveux qui se traduisent par des crampes, des convulsions, des paraplégies, et parfois du délire. Enfin, j'ai prouvé, dans mes Etudes sur les dégénérescences, que l'usage prolongé ,des substances alimentaires altérées, que les émanations des pays marécageux, détérioraient la constitution des habitants, amenaient le marasme, la cachexie, l'état convulsif, les fièvres intermittentes avec délires spéciaux, la tendance au suicide, et, dans tous les cas, l'hébétement des facultés intellectuelles avec dégénérescence de l'espèce (2).

Pour faire une variété particulière d'aliénations provenant de ces diverses causes, il faut bien admettre que les substances ébriantes et intoxicantes dont je parle, agissent d'une manière graduée, continue, et qu'elles déterminent dans la manifestation des fonctions nerveuses tous les accidents de l'état chronique. On observe alors une série de phéno-

(1) Voyez Classification : Aliénations mentales par intoxication, 2e groupe, p. 261.

(2) Dans mon Traité des dégénérescences , j'ai longuement exposé l'influence pernicieuse de ces divers agents intoxicants, et j'ai étudié les conditions maladives de l'ordre intellectuel, physique et moral offertes par les enfants conçus dans l'état d'ivresse, de marasme ou de cachexie des parents. Je ne puis que renvoyer à cet ouvrage pour les nombreux détails dans lesquels je suis entré, et qui intéressent également la pathologie mentale et l'anthropologie dans ses rapports avec les causes d'abâtardissement dans les races.

f)4S CARACTÈRES PARTICULIERS DES FOLIES PAR INTOXICATION.

mènes pathologiques qui s'engendrent et se commandent au point de constituer une situation maladive, où l'individu touche à la folie par les caractères généraux et par les caractères spéciaux de l'affection dont il est atteint. Une ivresse transitoire est sans doute un fait qui rentre dans l'étude du délire, mais on ne rattache point ordinairement à cet état, et l'on a raison, l'idée de folie. Celui-là seul doit être considéré comme aliéné qui, en dehors du fait d'intoxication directe, éprouve tous les phénomènes de la folie alcoolique. Sans doute, c'est sous l'influence des plus détestables passions, et à la suite d'ivresses répétées, le mot d'alcoolisme chronique l'indique assez, qu'il en est arrivé aux dernières limites de l'état délirant, mais c'est aux altérations spéciales du cerveau, conséquences de ces excès, qu'il doit d'être entré dans une situation pathologique nouvelle impossible à dominer. 11 n'est pas plus maître, en effet, de coordonner ses mouvements volontaires que de diriger vers un but raisonnable ses idées ou ses actes. Les crampes, les convulsions et les paralysies qu'il éprouve sont indépendantes de sa volonté; il n'est pas libre de dominer la fureur qui le transporte, de se soustraire aux hallucinations qui le terrifient et qui le poussent à des actions épouvantables, telles que le suicide, l'homicide ou l'incendie. C'est un aliéné dans la force du terme; il ne se connaît plus, il ne se possède plus (non compm mentis).

C'est en étudiant les caractères particuliers de l'ordre physique et de l'ordre moral des diverses aliénations par intoxication que nous trouverons moyen de rattacher ces vésanies à la folie en général, et de justifier la classification qui en fait une variété à part. (Voyez Étiologie, chap. VI: Des causes spécifiques de l'aliénation mentale; intoxications diverses p. 212.)

§ II. — Des caractères particuliers des diverses folies par intoxication, Lésions de l'ordre physique, intellectuel et moral.

Systèmes digestif et circulatoire. — Pour ne pas entrer dans la répétition des mêmes faits pathologiques , je vais résumer dans les mêmes paragraphes les lésions de l'ordre physiologique intellectuel et moral appartenant à chacune des catégories dont les fonctions se trouvent directement troublées par l'action des substances intoxicantes dont j'ai parlé.

Dans les diverses intoxications chroniques, et particulièrement dans l'alcoolisme, les troubles nombreux de la digestion se révèlent par les vomissements, l'état saburral de la langue, les diarrhées, les épanches ments abdominaux. Les fonctions importantes du foie sont troublées, et

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