LÉSIONS DES SYSTÈMES DIGESTIF ET CIRCULATOIRE
les néeropsies constatent l'état granulé, la cirrhose et l'atrophie de cet organe. Les prédispositions spéciales des ivrognes pour contracter la maladie de Bright sont aussi un t'ait reconnu. Sous l'influence de l'excitation alcoolique, l'énergie des fonctions du cœur est activée, et son hypertrophie peut en être la conséquence; niais cet organe, ainsi que l'a très bien démontré M. le docteur Magnus Huss, dans son remarquable travail sur l'alcoolisme chronique (I), n'est pas soustrait non plus à une autre condition pathologique générale, je veux parler de la transformation graisseuse du système musculaire.
La couche épaisse de graisse qui recouvre le cœur peut faire croire, dans beaucoup de cas, à son hypertrophie, tandis que, réduit à son moindre développement, il est parfois comme enseveli sous une masse adipeuse. On cite aussi l'état inflammatoire des parois artérielles et la production de pseudo-membranes dans les grands vaisseaux ; mais, comme le fait justement remarquer M. le docteur Magnus Huss, ni l'inflammation, ni la production de fausses membranes et de ces corps étrangers que l'on a désignés sous le nom à'athéromes, ne peuvent s'expliquer uniquement par les changements imprimés au cours mécanique du sang. 11 faut aussi faire la part des altérations que l'on rencontre dans les éléments constitutifs de ce liquide et de sa disposition pathologique à déposer la graisse dans la trame cellulaire des organes. Ce procédé pathologique implique une véritable dégénérescence graisseuse, et le savant médecin suédois que j'ai cité nous parait avoir le mieux compris le mécanisme de ces épanchements partiels et de ces anasarques qui se rencontrent souvent dans les dernières périodes de l'alcoolisme chronique, en dehors des lésions organiques du foie. [Traité des dégénérescences, p. 100.)
Chez les fumeurs d'opium on remarque des perturbations à peu près analogues dans les fonctions digestives. Un engraissement considérable est le premier phénomène que l'on observe. La peau prend une couleur terne, les lèvres et les paupières bleuissent; les yeux, profondément enfoncés dans leurs orbites, sont privés d'éclat et de vivacité; l'appétit disparaît, et les fumeurs ne conservent plus quelegoûtdes mets sucrés... Ils ont dans la bouche la sensation d'une grande sécheresse, d'un feu dévorant.... Leurs forces s'évanouissent sous l'influence de diarrhées dysentériques, de transpirations continuelles , et, après avoir vécu dans le délire et l'hébétement perpétuels, la mort les surprend dans l'état de la plus grande dégradation intellectuelle physique et morale qui se puisse imaginer.
(t) Alcoolismus chronicus. Stockholm, 1852. — C'est une des monographies les plus complètes sur cet important sujet.