‹ Traité des maladies mentaleChapitre 401 sur 500 · CONGESTION. — AGITATION, STUPEUR, MARASME · texte numérisé non relu

CONGESTION. — AGITATION, STUPEUR, MARASME

vulsif. Ils ne goûtent pas un instant de sommeil ; leur face est pâle, les yeux sont brillants et convulsés, et ce n'est qu'à la dérobée qu'on peut leur faire avaler quelques aliments. J'ai vu des situations pareilles durer plusieurs mois sans que les bains prolongés, l'opium à haute dose, aient pu amener un repos momentané. L'agitation se traduit parfois par un rire strident et continu qui fait un singulier contraste avec l'air d'hébétement et de torpeur de la plupart des alcoolisés chroniques. Lorsque le calme se rétablit, les malades sont prostrés ; le marasme nerveux s'empare d'eux et la mort ne tarde pas à terminer une aussi triste existence. D'un autre côté, ces aliénés au type de fureur continue peuvent succomber sans avoir présenté aucun trouble apparent dans les fonctions musculaires, aucun tremblement des membres ou de la parole, ainsi que cela se voit lorsqu'il y a complication de périencéphalite.

Dans les commencements de ma pratique, je croyais que l'état congestionnaire du cerveau devait être l'expression la plus ordinaire et la plus certaine d'une maladie qui se révélait à mon observation par des symptômes aussi graves que ceux que je viens de décrire. Et cependant l'accumulation du sang dans le cerveau ou dans ses membranes n'était pas, à l'autopsie, plus considérable que dans quelques cas qui ne sont pas accompagnés d'une aussi grande excitation cérébrale. Bien mieux, le cerveau et la moelle épinière m'ont paru alors plus exsangues qu'à l'état ordinaire, mais il y avait des lésions spéciales du coeur, qui était hypertrophié, et du foie, qui présentait un état granulé. J'ai rencontré parfois aussi tous les signes caractéristiques de la maladie de Bright, sans que, pendant l'existence des malades, mon attention ait été éveillée sur ce point par des symptômes bien caractérisés. Dans d'autres circonstances, j'ai été témoin de l'invasion soudaine de la démence avec prostration des forces, anéantissement général suivi d'une terminaison fatale. Dans ces cas, une mort aussi prompte a lieu d'étonner la famille et déjoue

(1) Il ne faudrait pas croire que ces exceptions ne rentrent pas dans une loi générale particulière à l'évolution des maladies du système nerveux. Car, ainsi que j'ai souvent eu occasion de le démontrer, tous les phénomènes pathologiques de ce système se commandent et s'enchaînent successivement. Les cas d'intoxication alcoolique avec fureur continue et absence de ces lésions cérébrales qui sont le résultat forcé d'un état chronique franchement accusé se trouvent surtout chez les individus héréditairement prédisposés à l'aliénation. Que l'on veuille bien se rappeler ce que j'ai dit du tempérament de ces malades, des singulières anomalies de leurs fonctions digestivcs, de la facilité avec laquelle ils délirent, des périodes alternantes d'excitation et de dépression que l'on observe chez les aliénés héréditaires, et l'on ne sera plus étonné que l'intoxication alcoolique produise des délires aussi violents, sans compromission apparente de la substance cérébrale.

FOURMILLEMENTS. — ClUMPES. — CONVULSIONS. 65o

souvent les prévisions du médecin, les malades ayant depuis longtemps cessé leurs excès alcooliques (1).

Fourmillements, crampes , convulsions : anesthésics , Iiyperestliosics; paralysies; hallucinations spéciales. — Avant de parler des

troubles particuliers des facultés intellectuelles et affections chez les malades exposés aux diverses causes d'intoxication, je vais résumer les principales autres lésions éprouvées par le système nerveux.

Fourmillements. — Ce singulier phénomène, que les malades alcoolisés se plaignent de percevoir vers les extrémités inférieures, est souvent accusé par eux avant de s'endormir. Ils disent positivement sentir des foimnis ou d'autres animaux qui remontent des extrémités inférieures vers les bras et les mains, et qui redescendent le long du tronc. Ce symptôme, à peu près invariable dans l'alcoolisme, ne se retrouve pas avec la même régularité dans les empoisonnements par l'opium et par le plomb. Dans les intoxications par les céréales altérées, les malades se plaignent aussi de ressentir des fourmillements clans les pieds, dans les mains, le tout accompagné d'un état assez vague d'anesthésie et de surdité.

Crampes, convulsions. — Les crampes et les convulsions sont les phénomènes pathologiques les plus constants des diverses intoxications chroniques. Chez les buveurs d'alcool, où nous avons plus d'occasions d'observer ces symptômes que chez les fumeurs d'opium, les crampes

(1) Je fus un jour appelé par un des praticiens les plus distingués de notre ville, M. le docteur Lebrument, pour voir un de ses malades chez lequel une transition subite à la démence faisait, à juste raison, craindre une affection sérieuse du cerveau. M.*** était un homme de quarante-cinq à cinquante ans, d'une haute intelligence. Il avait eu, douze ou quinze ans auparavant, la funeste habitude de se livrer à des excès d'alcool, et plusieurs accès de delirium tremens avaient compromis son existence. Mais ce malade avait réagi fortement contre ses propres tendances ; il s'était volontairement isolé du monde et de toutes les occasions qui auraient pu l'entraîner à faire des excès. Depuis quelques années déjà il avait pu reprendre ses affaires, et sa santé physique et morale était aussi satisfaisante que possible. Toutefois, dans ces derniers temps, et sans que le malade eût commis de nouveaux excès, sa famille fut justement alarmée par les symptômes qui caractérisent ordinairement l'intoxication alcoolique, tels que vomissements opiniâtres, diarrhée, crampes, etc. Cette situation fut combattue par tous les moyens appropriés à la circonstance, lorsque M. ***, qui avait jusqu'alors conservé toutes ses facultés, perdit tout à coup la mémoire et tomba dans un état voisin de l'enfance. Au moment où je le vis, la figure était pâle, le pouls irrégulier et petit ; la parole ne présentait aucun embarras, mais le malade ne retrouvait plus ses idées et reconnaissait à peine son entourage. La prostration était extrême, et je crus devoir relever les forces en prescrivant des toniques et même des boissons alco'lisées; mais après quelques jours de l'état que je décris, la terminaison fatale eut lieu. L'autopsie ne put être faite, mais tout me porte à penser que nous n'aurions trouvé aucune lésion indiquant la congestion du cerveau.

6î)i PARALYSIE. — ANESTHÉS1E. — HYPKKESTHEME.

sont ordinairement précédées d'un léger tremblement de la main, facile à vérifier quand on fait étendre le bras aux malades. On connaît la violence des crampes et des convulsions dans l'intoxication saturnine, et, sans chercher la vérification de ces faits dans l'histoire des épidémies anciennes, ainsi que je l'ai tenté dans mes Dégénérescences, on a pu signaler très souvent, dans ces derniers temps, les douleurs et l'engourdissement produits par les céréales altérées. On a désigné sous le nom d'acrodynie, une maladie qui a régné endémiquement à Paris en 1828 et 1829, et qui n'avait d'autre cause appréciable que l'altération des substances alimentaires. Enfin, les convulsions qui apparaissent dans les dernières périodes de l'alcoolisme, de l'intoxication plombique et saturnine, etc., sont tout à fait semblables à ce que l'on voit dans l'épilepsie.

Paralysie, anesthésie , hyperesthésie. — La paralysie des membres supérieurs ou inférieurs, dans les diverses intoxications, coïncide ordinairement avec une diminution notable de la sensibilité. Les malades se plaignent de l'espèce d'engourdissement qu'ils éprouvent dans les pieds et dans les mains. Ils deviennent inhabiles à saisir les objets, et la sensation tactile disparaît progressivement. Dans les intoxications par les céréales altérées, les mêmes faits se produisent. Dans les épidémies d'ergotisme convulsif et gangréneux, les auteurs racontent que chez les individus empoisonnés, les doigts et les orteils restaient comme privés de sentiment, et la circulation ne revenait aux extrémités que sous l'influence d'un travail manuel actif. Le sens du tact était comme aboli, au point que les malades saisissaient des corps brûlants et s'enfonçaient des aiguilles dans les chairs sans éprouver de douleur. SJais bientôt, à cet état anesthésique, succédait un ensemble de phénomènes caractérisés par les spasmes que j'ai déjà signalés, par des crampes et des manifestations tellement douloureuses, qu'on a vu des malades chercher dans le suicide un remède aux maux intolérables qu'ils éprouvaient.

Ce n'est pas seulement chez les buveurs d'alcool et les fumeurs d'opium que l'on observe cet état d'hyperesthésie, mais les intoxications minérales chez les ouvriers qui travaillent le plomb et chez les doreurs sur métaux, les empoisonnements par les céréales altérées [cryotisme convulsif), déterminent des phénomènes identiques. Les uns, dit M. Tanquerel des Planches, dans son excellent Traité des maladies de plomb, quittent et reprennent alternativement la position horizontale. D'autres se placent transversalement sur leur lit, et en sortent subitement pour se promener en soutenant un instant leur ventre avec leur main; mais bientôt l'activité de la douleur les force à diminuer leur marche; quelques-uns se roulent dans leur lit ou même par terre, se mettent en double et se pelo-

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