‹ Traité des maladies mentaleChapitre 402 sur 500 · HALLUCINATIONS. — DELIRE DES IDÉES ET DES ACTES · texte numérisé non relu

HALLUCINATIONS. — DELIRE DES IDÉES ET DES ACTES

tonnent sur la face antérieure du tronc ou prennent mille autres attitudes aussi bizarres.

On voit, dans les cas de ce genre, se renouveler les scènes des anciennes épidémies convulsives. Quelques-uns de ces infortunés prient leurs camarades de leur monter sur le ventre, et paraissent en ressentir un soulagement momentané. Il faut que l'exacerbation de la douleur atteigne un degré bien remarquable pour que plusieurs de ces malheureux se montrent insensibles à l'action de l'eau bouillante ou des corps brûlants appliqués sur le corps, et que d'autres aient cherché à se suicider. Les auteurs des xvie et xvne siècles font des descriptions lamentables des douleurs éprouvées par les malades dans l'ergotisme convulsif et gangreneux. Les muscles fléchisseurs se contractaient violemment. Les patients, exaspérés par la souffrance, imploraient la pitié des spectateurs pour les aider à étendre leurs membres. Ils éprouvaient par là un soulagement considérable, mais le bien-être n'était que momentané, et la douleur ne tardait pas à se généraliser. Les pellagreux accusent, à une certaine période d'évolution de leur mal, une chaleur insupportable qu'ils comparent à un feu dévorant. Je ne saurais non plus attribuer qu'à l'excès des souffrances qu'ils endurent leur tendance au suicide par immersion. [Imité des dégénérescences : Troubles de l'intelligence, délire des pellagreux.)

Hallucinations, délire des idées et des actes. — Je me suis longuement étendu, dans la symptomatologie et l'étiologie, sur les hallucinations et sur le mode de leur production; j'ai" pareillement eu l'occasion de dire quelques mots de la nature du délire et des actes sous l'influence des substances ébriantesou toxiques, et, dans quelques circonstances, par les miasmes paludéens (1). Je tiens seulement à faire ressortir ici la nature particulière des phénomènes sensoriaux et du délire des idées et des actes que déterminent l'alcool, l'opium et d'autres agents intoxicants.

Si, dans le principe, les substances en usage chez les peuples civilisés comme les plus sauvages, pour produire des sensations agréables, activer la puissance de l'imagination, et donner une expansion plus grande aux mouvements et aux actes, amènent en réalité ce résultat, on ne tarde pas à observer un phénomène inverse, grâce à l'emploi prolongé des mêmes agents et à leur action progressive sur l'organisme. Les hallucinations de nature terrifiante sont ordinairement précédées de troubles sensoriaux

(l) Illusions-hallucinations, § vin, p. 333. — Cinquième orurë : Hallucinations des buveurs d'alcool, des fumeurs d'opium, p. 372. — Des causes spécifiques de l'aliénation : alcool, opium, p. 212. — Délires et folies par intoxication (classification), p. 263. — Du délire dans ses rapports avec les fièvres intermittentes, p. 1 28. — Tendances dépravées pour les boissons (dipsomanic d'Esquirol et de Marc), p. 417.

656 OBSERVATION GÉNÉRALISÉE D'UN CAS i)'lNTOXICAT10X ALCUDL10J E.

caractéristiques. Les malados se plaignent qu'un voile leur (-ouvre les yeux. On a signalé la céeité transitoire, l'amblyopie et d'autres perturbations des fonctions visuelles. Ils accusent aussi des bruits et des sifflements dans les oreilles, comme seraient les sons d'une cloche ou le chant d'une cigale. L'intoxication par les céréales altérées détermine des phénomènes non moins bizarres. Ils éprouvent dans la tète la sensation comme d'un moulin qui tourne ou de bruits de marteaux.

Les hallucinations sont d'une nature terrifiante. Les buveurs chroniques d'alcool et fumeurs d'opium voient des animaux immondes et des spectres menaçants dont ils cherchent à éviter les approches. C'est sous l'influence de ces visions qu'ils réagissent contre leur entourage, et immolent leurs parents, leurs amis et les inconnus. Les manifestations périodiques de la fureur la plus dangereuse sont le résultat de l'usage prolongé de l'alcool et de l'opium. Si les individus qui en sont réduits à une situation aussi dégradante ont éprouvé les satisfactions momentanées de l'imagination et des sens, ils ne tardent pas à tomber dans la torpeur, l'hébétude, et à succomber dans le dernier degré de la démence, du marasme nerveux et de la paralysie.

Les phénomènes pathologiques de l'ordre intellectuel, physique et moral, chez tous les individus soumis aux causes intoxicantes dont j'ai décrit l'action, ont donc, comme on le voit, un caractère tellement spécial, tant au point de vue des symptômes pathologiques que des lésions spéciales du système nerveux, que je me suis déterminé à créer une variété particulière de vésanies, sous le nom de folies par intoxication. D'un autre côté, la folie alcoolique étant, de toutes, celle qui se présente le plus souvent à l'observation des médecins, et celle aussi dont l'action agit de la manière la plus fatale par voie de transmission héréditaire, je vais résumer, dans une observation générale, les phénomènes pathologiques que l'on observe chez les buveurs d'alcool. [Conséquence)) héréditaires des tendances alcooliques des parents, p. 579.)

Observation généralisée d'un cas d'intoxication alcoolique.

Les effets désastreux produits par l'abus de l'alcool peuvent se résumer dans l'observation suivante. Un homme, âgé de quarante ans, abusait depuis dix à douze ans des liqueurs alcooliques, au point d'en absorber journellement six ou huit verres. 11 paraissait résister assez bien aux effets de ce poison, et sa santé générale n'en était pas notablement altérée. Toutefois, dans les trois ou quatre dernières années, on remarqua îles changements inquiétants dans sa constitution, et un phénomène connu

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sous le nom de delirium [reviens fut le précurseur de troubles excessivement graves dans le système nerveux. Bien loin de modifier ses habitudes, cet ivrogne ne tit que s'y plonger d'une manière de plus en pins funeste. Irrégulier dans tous ses repas, son dégoût pour les aliments augmenta dans la proportion toujours croissante de ses libations.

Un tremblement particulier des mains vint à se manifester chaque matin à son réveil. Ce tremblement se renouvelait dans le jour après le poindre effort. Le malade fut le premier a s'apercevoir que ses forces ne répondaient plus aux exigences d'un travail soutenu, et, tout en se plaignant de ce qu'il appelait M affaiblissement de ses nerfs, il ne concevait d'autre remède que celui de doses croissantes d'alcool ; l'excitation factice qui en fut le résultat, lui sembla d'un bon augure, et le remède était d'autant plus fréquemment renouvelé, que notre ivrogne y trouvait la satisfaction de son funeste penchant.

Plus tard, il fut sujet à un trouble nerveux d'une nature spéciale; il lui semblait par moments qu'un voile s'étendait devant ses yeux. Ce phénomène avait lieu tous les matins, et se renouvelait pendant le jour à la moindre contention de l'organe de la vue. Il éprouvait en même temps un certain tremblement de la langue, et c'était surtout au moment du réveil que l'hésitation dans la parole était appréciable. Le sommeil commença aussi à se troubler; les nuits devinrent agitées, et les rêves effrayants se succédèrent sans relâche. H ne s'endormait plus sans ressentir des fourmillements sous la peau des extrémités inférieures, ainsi que des tiraillements et des mouvements convulsifs dans les mollets. Bientôt ces mêmes phénomènes se présentèrent pendant le jour, et leur persistance jetait le malade dans des troubles inexprimables. Il se rendait parfaitement compte de la nature de ses impressions, en se plaignant de sentir des fourmis ou d'autres animaux remonter des extrémités inférieures vers les bras et les mains, et redescendre dans la direction du tronc; aussi lorsque, sous l'influence d'un redoublement d'énergie, il se livrait à une marche forcée, les tremblements des mains et la faiblesse des extrémités inférieures semblaient momentanément disparaître.

Cependant le malade ne tarda pas à s'inquiéter de cet ensemble de symptômes fâcheux. Avait-il marché dans la journé plus qu'à l'ordinaire, ses genoux s'entre-choquaient lorsqu'il se tenait debout, et quand arrivait le soir, la faiblesse était bien plus grande encore. Ses doigts ne pouvaient plus alors serrer les objets que sa main saisissait. Cette diminution dans les forces de la motilité lit de rapides progrès et s'étendit aux muscles de la région lombaire. 11 en fut réduit à ne plus pouvoir se tenir ni debout ni assis, et la position horizontale devint sa seule ressource.

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