SENSATIONS EXTRAORDINAIRES. — HALLUCINATIONS SPÉCIALES
Cette jeune tille avait compromis son professeur de musique en prétendant avoir été séduite par lui et en soutenant qu'elle était enceinte. On allait procéder à un examen juridique, lorsqu'elle affirma que ce monsieur, qui, du reste, ne donnait ses leçons qu'en présence de sa mère, s'introduisait dans sa chambre par le trou de la serrure. Les sensations que cette hystérique éprouvait étaient si vives, qu'elle faillit un jour se précipiter de la fenêtre dans la rue, pour échapper à des atteintes faites à sa pudeur. Dans l'asile où elle fut confiée à mes soins, on ne saurait se figurer les récits fantastiques de cette malheureuse insensée. A chaque fois, elle nous accablait de ses reproches, et les récits qu'elle faisait de nos visites nocturnes et de tous les attentats exercés sur sa personne étaient tellement circonstanciés et affirmés avec une croyance si vive, qu'il ne faut plus s'étonner du sort qui, à une autre époque, était réservé à ces aliénées, dont les juges ne pouvaient suspecter la véracité (1).
H. Je ne crains pas de multiplier les exemples, car il en ressortira des indications diverses dont le traitement de l'affection fera son profit. Le mariage n'est malheureusement pas le remède spécifique contre l'hystérie ; j'en ai déjà cité des preuves. Les relations de cette névrose avec la grossesse, l'accouchement et les rapports conjugaux, offrent d'ailleurs des situations si délicates, que l'on me saura gré d'en dire quelques mots.
Une dame de quarante-cinq à cinquante ans, mère de plusieurs enfants, éprouvait pendant chacune de ses grossesses des troubles intel-
aliments par régurgitation et sans être digérés. Cependant l'existence se soutenait dans ces conditions pathologiques. On a employé beaucoup de choses contre les vomissements de ce genre ; ce qui m'aie mieux réussi est la viande crue. J'en parlerai à propos du traitement de la folie hystérique.
(1) Chez cette jeune malade, on n'observa jamais de provocations érotiques, et l'on peut dire que sa pensée ne fut jamais complice des sensations qu'elle éprouvait. Mais qui pourrait nier que la situation pathologique que crée l'hystérie ne puisse amener les malades à de véritables accès d'érotomanie et même de nymphomanie. J'en ai cité plusieurs exemples dans mes Études cliniques (t. II , p. 242 et suiv.) Entre autres faits, j'ai rapporté celui d'une religieuse de quarante ans, chez laquelle les perversions des fonctions génitales étaient poussées à l'extrême. Je dois cependant rappeler ce que j'ai dit de la rareté de la coïncidence complète des tendances érotiques avec une hystérie franchement caractérisée. Chez la plupart des malades érotiques ou nymphomanes que j'ai observées, il existait des complications maladives autres que l'hystérie, telles que, affections spéciales de l'utérus ou des ovaires, prurigo des grandes lèvres, affections herpétiques, dartreuses, prurigineuses, tendances dépravées et secrètes, soit pour les boissons, soit pour les plaisirs solitaires. Enfin, chez d'autres, l'hérédité, dont nous avons étudié les transformations diverses, faisait sentir son ac'ion. Les hystériques avec complication d'érotisme, dont je parle, étaient elles-mêmes nées de mères érotiques, ayant manifesté des tendances pour les boissons, ou même complètement aliénées.