SENTIMENTS, HABITUDES, MOEURS DES ÉPILEPTIQUES
à l'observateur des points de vue variés et de singuliers contrastes. Mais il est dans la nature des maladies nerveuses d'imprimer à l'idiosyncrasie physique et morale des malades un cachet tout à fait particulier ; et sans que l'on puisse dire d'une manière absolue que les éléments qui formaient la base des qualités intellectuelles et morales antérieures des individus aient complètement disparu, on peut cependant affirmer sans exagération qu'ils peuvent être groupés d'après la nature de leurs tendances maladives, et d'après les analogies d'un caractère qui finit par leur devenir commun. L'étude des influences hystériques et hypochondriaques nous a déjà initiés à cette manière de considérer les choses; nous apporterons le même procédé dans la descripion du caractère epitépïiquê.
L'irritabilité et la colère sont les traits saillants du tempérament de ces malades. Les transitions si brusques que l'on observe dans la manifestation de leurs sentiments ne peuvent se comparer qu'à la vive impressionnabilité qu'exercent sur leur organisation physique les agents du monde extérieur. Un mot , un geste suffit pour les irriter. Il en est qui ne peuvent soutenir votre regard ; si on les fixe, ils se troublent, le système veineux s'engorge, la tête se congestionne, les yeux deviennent brillants et la colère éclate. Le retour à des sentiments meilleurs se fait avec un revirement non moins extraordinaire ; un mot d'amitié, la flatterie surtout, les apaise et les calme. Ils viennent à vous avec un air soumis, ils approchent leur figure de la vôtre, vous parlent comme s'ils avaient un grand secret à communiquer, une importante confidence à vous faire (1). On peut être sûr qu'ils vont exhaler une plainte, faire une récrimination dont on peut d'avance alors admettre la fausseté ou l'exagération ; ils vous prient de ne pas les compromettre dans ce qu'ils ont avancé. Ils ont cela de commun avec les hypochondriaques, qui, eux aussi aiment à récriminer, mais qui ne se soucient pas de soutenir leurs accusations, ni d'être confrontés avec ceux dont ils se plaignent. Ils sont craintifs, pusillanimes; et, à voir leur irascibilité, les transports de leur colère, on dirait à tout moment que des luttes vont s'engager, cependant il n'en est rien. La crainte de la punition fait qu'ils se retirent à temps, et qu'ils se contentent d'exhaler leurs plaintes en se promenant avec colère et en gesticulant dans quelque allée solitaire.
Le sens émotif de ces malades se révèle avec exagération dans toutes
(1) Cette manière de parler jusque dans la figure des autres, d'approcher de vous d'un air patelin, est, chez les épileptique., quelque chose de bien caractérisé. Plus d'une fois cet habitus extérieur a suffi pour que d'anciens employés nous disent , à propos de malades sur lesquels on n'avait pas de renseignements : « C'est pour sûr un épileptique; il n'y a qu'à le voir marcher et parler. »