‹ Traité des maladies mentaleChapitre 426 sur 500 · SENTIMENTS, HABITUDES, MOEURS DES ÉPILEPTIQUES · texte numérisé non relu

SENTIMENTS, HABITUDES, MOEURS DES ÉPILEPTIQUES

les circonstances où il se manifeste dans la vie ordinaire. A les entendre, il n'y a pas de fils plus dévoués, de maris plus tendres, d'épouses plus affectionnées. Ils écrivent aux objets de leurs affections, provoquent leur arrivée, et le premier mouvement de leur épanchement fait bientôt place à d'injustes récriminations et souvent à des injures. L'amour de la vérité n'étant pas malheureusement ce qui les domine, ils profitent de la présence de leurs parents, ou même de celle des étrangers, pour formuler des plaintes, des accusations plus injustes les unes, plus in justes les autres. Ils savent arranger avec tant d'artifice les motifs de leurs plaintes, que parfois ceux qui les entendent en sont involontairement les dupes ; le sentiment de leur faiblesse, la honte, non avouée pourtant, qu'ils ont de leur maladie, semblent les réunir par un même lien de solidarité malheureuse. Ils évitent instinctivement les autres aliénés, et se lient entre eux plus facilement que les autres malades, car la nature de leur affection n'apportant dans leur état intellectuel que des troubles momentanés et en rapport avec leurs accès, ils n'éprouvent pas ordinairement les préoccupations douloureuses des mélancoliques, et leur imagination n'est pas distraite par les mille et mille fantaisies des maniaques. Je retranche nécessairement de ce tableau les épileptiques atteints de manie chronique, et qui sont dans un état de délire continuel ; certains autres qui sont dans la démence ou clans la stupidité; ceux enfin qui sont d'un caractère tellement misanthropique et atrabilaire, qu'ils vivent seuls, ne communiquent avec personne, se promènent solitairement et se réfugient dans la sécheresse de leurs sentiments égoïstiques.

L'épilepsie, ont dit les auteurs, se relie à toutes les formes des maladies mentales. Cela peut être vrai dans les premiers temps delà maladie; mais, à mesure que l'élément épileptique prédomine, nous voyons les tendances et les idées de ces malades offrir des analogies frappantes.

On les voit, dit Arétée, plongés dans la torpeur et l'abattement de l'esprit, fuyant la vue et la société des hommes : «< Torpent, abjecti anîmo, mœsti , hominum aspectum et çonsuetudinem vitantcs. » Cette réflexion s'applique avec justesse à l'existence de ces malades dans le monde, mais la vie en commun imprime à leur manière de sentir et de -penser un cachet particulier. J'ai été bien des fois surpris de voir l'indifférence avec laquelle, arrivés à une certaine période, ils parlaient de leur maladie. Ils semblent ne plus en éprouver autant de honte; ils n'en comprennent pas la gravité. Ils demandent souvent leur sortie, et si on les rappelle au sentiment de leur infirmité et de leur faiblesse, ils réagissent contre de pareilles idées, estiment qu'ils sont forts et vigoureux, capables de travaux intellectuels et manuels les plus difficiles. Ils demandent d'être mis à

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