TENDANCE A LA MANIFESTATION DU DÉLIRE RELIGIEUX
l'épreuve. On leur recommande le repos et la tranquillité, ils bravent vos conseils ; et quand une attaque vient les punir de leur indocilité, ils éprouvent un moment de prostration et de honte, mais les sentiments oppressifs disparaissent bientôt pour faire place à des espérances toujours tristement déçues, et pour les laisser de nouveau en proie à toutes les exigences de leur amour-propre et de leur vanité. Peut-être trouveronsnous dans ces dispositions spéciales les causes du petit nombre de suicides des épileptiques dans les asiles. Sur les nombreux malades que j'ai observés, je n'ai vu ces tendances bien prononcées que chez un seul, qui dans les intermittences jouissait de l'intégrité de sa raison. Ajoutons encore que cet épileptique était en proie à des chagrins moraux bien réels, et qu'il avait tenté de se suicider avant de venir à l'asile. Une autre fois, une de nos épileptiques les plus remarquables par son irascibilité et sa méchanceté a voulu se suicider en notre présence. Convaincue, malgré ses dénégations, d'avoir violemment frappé des malades, elle fut condamnée à recevoir la douche. Sa colère atteignit bientôt son dernier degré de paroxysme; elle prit un morceau de verre qu'elle tenait caché, et en se l'enfonçant dans le cou, elle s'ouvrit la veine jugulaire. Les soins les plus empressés préservèrent cette malade des dangers ultérieurs; mais elle ne fut pas corrigée. Je n'ai pas connu de type plus frappant de ce caractère épileptique irritable, perfide, menteur, qui se signale par la manifestation des meilleurs sentiments, par la religion poussée à l'excès, par les protestations les plus vives de zèle, de dévouement, et qui, à côté de tout cela, combine avec une astuce infinie les actes les plus pervers.
J'ai déjà eu occasion de parler de la mélancolie religieuse des épileptiques au début de leur affection ; et je ne puis me dispenser de faire ressortir, sous ce rapport, les tendances de ceux que nous observons dans notre asile. Un de nos jeunes épileptiques dont la maladie a été amenée en partie par les excès les plus déplorables, se livre aujourd'hui à des pratiques d'un ascétisme on ne peut plus rigoureux. L'émotivité de plusieurs autres est pareillement dirigée dans la sphère des pratiques religieuses les plus exagérées. Je me suis demandé souvent si les dispositions puisées dans le milieu où ces malades ont vécu antérieurement ne sont pas pour beaucoup dans les faits que je cite. Toutefois, je suis resté convaincu que la névrose épileptique influe sur les manifestations intellectuelles dont je parle, et cette opinion est d'autant moins paradoxale, que les habitudes solitaires les plus honteuses ne s'adjoignent que trop souvent à cette religiosité mahdive.
Arétée dit à propos de cette affection : « Interdùm doloves ciet ; interdum mentem in fururem adigit. » Et comment en serait-il autrement? Si