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FOLIE HYPOCHONDRIAQUE. — DÉLIRE DES PERSÉCUTIONS

§ IV. — Du délire des idées et des actes qui est la conséquence de l'bypoehondrie

{folie hypochondriaque , délire des persécutions).

Folie hypochondriaque. — Nous avons vu, dans l'étude de la folie hystérique, que cette névrose peut exister avec ses complications les plus extraordinaires : hyperesthésie, anesthésie, paralysie, spasmes, convulsions, extase, catalepsie, sans que, néanmoins, l'individu puisse être considéré comme aliéné. Dans la plupart des cas de folie hystérique, il peut arriver au contraire que l'hystérie soit larvée, et c'est alors surtout que prédominent les manifestations délirantes de l'intelligence, les perversions extraordinaires des sentiments, et les actes excentriques, désordonnés, dont j'ai parlé. La même réflexion peut s'appliquer à la folie hypochondriaque.

L'hypochondrie, cette aberration des facultés intellectuelles , cette singulière névrose cérébrale qui porte l'individu à s'occuper sans cesse de ses sensations, réelles ou imaginaires, et, à les considérer comme autant de maladies graves (1), peut exister dans sa forme la plus absolue, sans que cependant l'individu qui en est affecté soit le plus ordinairement considéré comme aliéné dans le sens général que nous avons appliqué à la folie; il suffit pour cela qu'il ne donne pas aux sensations internes qu'il éprouve une interprétation se rapportant à des faits d'un ordre improbable ou surnaturel, et qu'il ne soit pas dominé par la tendance au suicide. Je ne veux pas préjuger en ce moment la justesse de cette appréciation, également partagée dans un grand nombre de cas, par les médecins et les parents des malades. Nous allons être fixés dans un instant sur l'idée qu'il est juste de se faire des hypochondriaques, exclusivement préoccupés des intérêts de leur santé physique.

Les malades de cette catégorie, dont l'intelligence est absorbée par les intérêts de leur santé physique, font, il est vrai, le désespoir de leurs médecins et de leurs familles ; mais, encore une fois, tant qu'ils raisonnent avec justesse sur les choses ordinaires de la vie, tant qu'ils ne se croient pas l'objet de persécutions imaginaires , qu'ils ne font pas des tentatives de suicide, que, par suite d'une réaction maladive dont j'ai parlé (2), ils ne se croient pas appelés à remplir des rôles extraordinaires, on ne les considère pas comme aliénés.

(1) Définition des auteurs du Compendium de médecine.

(2) Pour bien comprendre cette situation délirante extraordinaire, il est indispensable que le lecteur relise l'observation d'un aliéné hypochondriaque, également porté au

70i IDEE yU IL FAIT SE FAME DE LA FOLIE HYI'UCHOÎsDRIAQUE.

Je partage assez généralement cette manière de voir, car s'il fallait appliquer le terme de folie aux Innombrables appréciations maladives, des hypochondriaques dans la vie ordinaire, le nombre des aliénés serait infini. Toutefois on ne pourrait nier qu'en dehors du délire proprement dit des persécutions avec tendance au suicide et compromission bien réelle des facultés, il existe des malades qui, par le seul fait de leur affection nerveuse, en arrivent à une telle annihilation de leurs forces intellectuelles, à un tel état d'hébétement et de marasme, que le terme de folie hypochoridriaque convient à leur état. L'isolement, que je prescris dans les cas de ce genre, ne peut être considéré comme une extension trop grande donnée à l'interprétation de la loi sur les aliénés, et chacun peut être juge de la question, en présence de deux observations que je vais citer, dont l'une appartient à M. Leuret, et dont l'autre est tirée de ma pratique particulière.

1° Uniquement préoccupé de l'idée d'éviter toute sensation désagréable, le malheureux hypochondriaque dont JM. Leuret dépeint les douleurs dans ses Fragments psychologiques, a renoncé à la vie de famille. Pour que l'administration de sa fortune lui donnât le moins de soin possible, il n'a conservé de son héritage aucune propriété foncière, et il a placé son argent en rentes sur l'Etat. Les plus agréables voyages, les devoirs de l'amitié, font surgir chez lui des tourments inconnus chez les autres. Son repos, le soin le plus exclusif de sa santé, sont les seules préoccupations de sa triste existence. Travailler et lire exigent l'attention, et l'attention l'activité ; il est resté oisif. Que faire alors? ajoute son observateur. S'ennuyer et dormir. Il n'a plus le courage de se déshabiller ; il ne laisse pénétrer dans sa chambre qu'un demi-jour. La langue n'a pas de termes pour dire ses tourments; il y a un mur d'airain entre le monde et lui. Il n'est plus qu'un squelette, sa tête n'a que la charpente osseuse; Une sait plus distinguer les odeurs, ce qu'il mange n'a plus de saveur; il respire comme un soufflet. S'il marche, il lui parait qu'il a des jambes de coton ; s'il repose, tout le gêne, son fauteuil, sa table, son tabouret, ses habits ; s'il veut dormir, il n'a qu'un demi-sommeil, pendant lequel sa maladie continue, s'aggrave et le poursuit. Chaque jour apporte pour lui de nouveaux tourments: il est, selon l'expression pittoresque du doc-

suicide, à l'homicide, et qui a finalement comparu devant les assises pour un fait d'incendie avec préméditation (p. 420 de cet ouvrage).

Je dois aussi, de toute nécessité, renvoyer à ce que j'ai dit dans la pathologie générale des sensations internes chez les aliénés ; interprétations erronées des sensations douloureuses internes. — Transition aux illusions et aux hallucinations, 5$ vu, p. 328. — Spécimen du langage propre aux hypochondriaques, \>. 431.

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