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PRÉOCCUPATIONS DELIRANTES CONCERNANT LA SANTÉ

teur Leuret, « comme un vase qui se remplit goutte à goutte, et dont toutes les gouttes sont des torrents de maux ». On ne veut pas le croire, mais il ne faut pas le contredire, et il doit mourir d'une mort terrible.

2° Un hypochondriaque, âgé de vingt-quatre ans à peine, pour lequel je fus appelé par M. le docteur Hélot, médecin en chef de l'Hospice général de Rouen, son médecin ordinaire, présentait un état qui différait peu de celui que décrit M. le docteur Leuret. Lorsque je vis pour la première fois le malade, je crus avoir affaire à un phthisique très avancé. On ne peut se faire une idée de l'état de marasme et d'émaciation dans lequel était plongé ce malheureux. Il nous reçut assis sur son lit, et répondit avec lucidité à toutes nos questions. Après quelques instants, il nous pria de sortir, parce que notre présence allait déterminer chez lui une crise nerveuse. En effet, son regard était devenu lixe, il faisait claquer sa langue contre le voile du palais, ce qui était, nous disait-on, le symptôme précurseur de ses accès.

Ce malade avait des tics étranges et des habitudes d'hygiène extraordinaires et désastreuses : il croyait son existence compromise s'il ne tenait pas son pénis dans la main ; il se découvrait pour tempérer Y ardeur du feu intérieur qui le consumait , et ne gardait aucune réserve devant sa mère et sa sœur. Sur sa table étaient accumulés une foule de médicaments, de sirops et d'aliments, entre lesquels il choisissait tantôt une chose, tantôt une autre. Quelquefois il faisait des abstinences prolongées et dans d'autres circonstances il se jetait avec une voracité dégoûtante sur les aliments qu'il engloutissait. Cent fois par jour, il appelait sa mère, sa sœur, pour leur raconter ses douleurs, leur intimer des ordres, et puis les chassait de sa présence. Ces malheureuses femmes étaient les victimes des excentricités maladives de cet hypochondriaque. Dans ses exacerbations nerveuses, il se précipitait dans leurs bras et surexcitait à tel point leur impressionnabilité nerveuse, qu'elles étaient devenues hystériques et avaient des convulsions. Cette terrible affection, dont les premiers symptômes remontaient à lage de dix ans, vient de se terminer par la mort la plus triste. Jamais il ne nous a été possible de déterminer la mère de ce malheureux à le placer dans un asile d'aliénés. Cependant, malgré la lucidité apparente de ces malades à propos des choses ordinaires de la vie, quel nom donner à une situation pareille, si on lui refuse celui de folie hypochondriaque (1)?

(1) Dans quelques circonstances, le? familles qui ont le malheur d'avoir un hypochondriaque de cette catégorie se décident à le placer dans une maison de santé ; mais il arrive que des parents ou même des étrangers blâment leur conduite , vu que les hypochoridriaques dont il s'agit ne se révèlent pas également en présence de tout le monde

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