DÉLIRE DES PERSÉCUTIONS
Délire des persécutions. — En parlant de la folie hystérique, j'ai dit que cette névrose pouvait parcourir ses phases les plus extraordinaires, sans que la compromission des facultés intellectuelles ou affectives en devienne la conséquence forcée. L'hystérie à l'état larvé, si je puis m'exprimer ainsi, offre bien plus de dangers pour le libre exercice des facultés; j'en ai cité de nombreux exemples. La même réflexion peut s'appliquer à l'hypochondrie. Pour s'en convaincre, il suffit d'examiner à quel point le tempérament des individus au délire prédominant des persécutions est sous l'influence de cet état névropathique, si connu sous le nom d'hypochondrie.
Dans l'hypochondrie simple, nous avons vu que les malades étaient exclusivement préoccupés des intérêts de leur santé, qu'ils croient incessamment compromise. Dans le délire des persécutions, nous observerons que les aliénés sont bien plus tourmentés par l'idée qu'on en veut à leur existence, à leur honneur, à leur réputation, à tout ce qui touche, en un mot, aux intérêts les plus précieux de l'ordre intellectuel et moral.
Les situations pathologiques de ce genre sont on ne peut plus communes. Je ne dis pas que les personnes du monde soient toujours aptes à les rapporter à leur véritable origine, mais il n'en est pas moins certain que c'est là le phénomène morbide sur lequel ils appellent de prime abord l'attention des médecins. D'un autre côté, comme c'est dans l'intimité de la vie domestique que le fait a pris naissance, ils ont été les premiers à s'inquiéter des changements étranges qu'ils ont remarqués dans les idées et dans les actes de leurs parents malades.
avec les caractères réels de leur affection. Ils savent se contenir jusqu'à un certain point et pendant un certain temps , se contentant de faire souffrir au delà de toute expression leur entourage immédiat. J'ai en ce moment un fait de ce genre sous les yeux. Des personnes étrangères à la famille d'une malade font , à propos de cette dernière , une enquête pour la faire sortir de notre asile. Ils prétendent que madame M... n'est pas aliénée. Elle répond en effet avec calme et lucidité aux personnes dont elle reçoit la visite; elle écrit des lettres on ne peut plus raisonnables. Cela est vrai, mais quels sont ses actes dans l'intérieur de sa famille? Je vais en donner le résumé. Madame M... ne laisse pas un moment de repos à son mari, à ses enfants, à ses domestiques. Elle se relève la nuit pour chercher dans ses matières fécales les vers innombrables qu'elle dit avoir dans le corps. Elle se presse la peau pour les faire sortir. A table, elle se découvre et plonge ses mains dans les parties les plus secrètes du corps pour retirer des vers. Elle a des accès de gloutonnerie, boit avec excès, va raconter à ses voisins des choses absurdes, ridicules, fausses. Elle a des exacerbations nerveuses, des colères indicibles, hideuses ; passe des nuits entières sans dormir, se souille de ses excréments et manifeste des tendances érotiques. L'intelligence est, du reste, affaiblie... Le père de madame M..., une tante, sont morts aliénés. Et l'on ne pourra pas donner à une situation pareille le nom de folie hypochondriaque ! Après s'être maintenue quelque temps calme à Saint- ■yon, madame M.... se montre déjà ce qu'elle est, immonde et délirante en ses actes.