‹ Traité des maladies mentaleChapitre 433 sur 500 · DES DÉLIRANTS PAU PERSÉCUTION · texte numérisé non relu

DES DÉLIRANTS PAU PERSÉCUTION

certains phénomènes pathologiques qui se reliaient, non-seulement à la situation maladive de cette dame, mais encore au milieu dans lequel se passait son existence (1).

On peut se demander si, dans l'évolution du délire des persécutions, l'élément hypochondriaque proprement dit prédomine, ou si cet élément est masqué par la nature du délire. Je répondrai que j'ai vu, dans beaucoup de circonstances, marcher de front l'hypochondrie qui se nourrit des appréciations les plus fausses à propos d'une maladie corporelle imaginaire, et cette autre hypochondrie d'une nature plus intellectuelle^ si je puis m'exprimer ainsi, où les malades ne rêvent que trames ourdies contre eux, que machinations funestes ayant pour but de compromettre leur repos et leur honneur. J'ai connu un hypochondriaque qui remplissait des fonctions importantes, et dont le premier soin, en se levant, était d'observer ses urines, d'examiner au microscope ses déjections, et, après ces premières investigations, de procéder à l'analyse des aliments qu'on lui apportait pour voir s'ils ne renfermaient aucune substance délétère. Avant de se rendre à la chaire qu'il occupait dans le haut enseignement, cet hypochondriaque parcourait la ville en différents sens afin de dépister ses ennemis; il coudoyait en passant les personnes qui lui étaient suspectes, et crachait pour ne pas absorber les miasmes funestes qu'on lui envoyait. 11 prononçait des paroles cabalistiques, faisait des gestes bizarres pour déjouer les projets funestes de ses ennemis, et surtout pour tromper la police, acharnée à sa perte, disait-il. En l'entendant professer, personne n'aurait pu soupçonner une pareille maladie. Lorsqu'il rentrait le soir, il se barricadait chez lui, vivait avec des aliments qu'il achetait tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre, pour mettre à néant les complots de ses empoisonneurs ; il se relevait la nuit pour faire des ablutions et se livrer à d'autres actes excentriques.

Chez un hypochondriaque affecté d'une légère maladie du larynx, qui prit bientôt dans son imagination des proportions énormes, il s'organisa ultérieurement un délire des persécutions, avec tendance des plus irrésistibles au suicide. Ce malade était un militaire occupant un grade élevé, et qui était persuadé qu'il était déshonoré aux yeux de ses soldats, et qu'il allait passer à un conseil de guerre. Je l'ai vu, dans un château où il vivait relégué, se barricader dans sa chambre, prêter l'oreille aux pas des gendarmes qui montaient l'escalier pour s'emparer de sa personne ; puis ensuite, dominé par les sensations maladives des hypo-

(1) Voyez, à propos des tics particuliers des hypochondriaques : Influence des névroses sur les fondions phonétiques, p. 301 de cet ouvrage; il s'agit du mutisme qu'affectent quelquefois les délirants par persécution, ainsi que certaines femmes hystériques.

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