TENDANCES AU SUICIDE. — SUSPENSION DES FACULTÉS
chondriaques , me saisir violemment la main , et me dire : « Tenez , sentez mon larynx, il se bouche, je vais étouffer ; palpez mes intestins, ils me brûlent, je suis empoisonné : ce sont les domestiques dont vous m'avez entouré qui m'ont joué ce tour. » Ce malheureux général était tour à tour en proie au délire spécial des hypocliondriaques et au délire des persécutions, ou plutôt cette seconde variété de folie n'était que la conséquence de la première. Lorsque des étrangers arrivaient, il descendait au salon, se mêlait à la conversation, parlait avec une grande lucidité de politique, de science et de guerre, car c'était un homme très instruit, et personne ne se doutait de sa folie. Mais moi, qui le connaissais, je savais interpréter dans leur véritable sens ses gestes et ses tics particuliers. Il cherchait, en faisant des grimaces, en agitant ses bras d'une certaine façon, en retenant sa respiration, à éviter les miasmes funestes que les étrangers délégués par ses ennemis lui envoyaient. A un signe de ma part, il se levait, me suivait dans sa chambre, où j'étaisde nouveau témoin des paroxysmes les plus violents. Ce malade se jetait aux genoux de ses domestiques pour implorer de leur pitié une mort qu'il n'osait pas se donner. 11 finit par tomber dans la démence la plus complète : son père était mort aliéné.
Voilà des exemples, et je pourrais en citer à l'infini, où l'élément hypochondriaque a persisté dans la phase de transformation de cette névrose, et n'a pas été masqué complètement par un délire de seconde formation. Mais, d'un autre côté, j'ai déjà fait remarquer qu'il n'est pas nécessaire que les préoccupations excessives;, à propos de la santé physique, dominent la situation, pour que l'on soit en droit d'attribuer à la névrose hypochondriaque la folie si connue au jourd'hui sous le nom de délire des persécutions. Plus, au contraire, l'hypochondrie est fortement caractérisée, plus on est en droit de supposer qu'elle absorbe à son profit les préoccupations maladives des patients. La transition au délire des persécutions s'opère bien plus fréquemment chez les individus dont l'hypochondrie est larvée, et qui ont le tempérament propre aux individus qui soutirent de cette névrose ; c'est pareillement ce que nous avons vu dans l'hystérie. Dans nos asiles, les malades au délire prédominant des persécutions forment incontestablement, après ceux qui sont affectés de maladies cérébrales idiopathiques [congestions périodiques , encéphalite , — perencéphalite chronique, etc.) , la catégorie la plus nombreuse. Nous pouvons les diviser en plusieurs classes, selon la période plus ou moins avancée de leur maladie, ou selon les complications qui surgissent.
1 ° Anéantissement, suspension des forces intellectuelles des malades.
— Stupeur. — stupidité. — La crainte perpétuelle dans laquelle vivent les individus absorbés par leurs préoccupations maladives peut non-