TROUBLES GÉNÉRAUX ET SPÉCIAUX DES FONCTIONS NERVEUSES
toujours des autres, et que tout mouvement suppose une impression qui le détermine. (Cabanis, Histoire physiologique des sensations ; 2e mémoire § iv, Du traité des rapports du physique et du moral de l'homme.)
Malheureusement, dans le délire des persécutions que je décris, les idées sombres et les sentiments funestes se font plus souvent jour que les idées riantes et les sentiments agréables. Et, lors même que les malades en sont arrivés à cet état de contentement et de satisfaction vaniteuse qui est le propre des idées systématiques de grandeur, ils n'ont réussi à se placer d'une manière fixe et irrémédiable sur le piédestal de leur folie qu'à la condition de passer par toutes les péripéties du délire des persécutions. Ils ont, le plus souvent, éprouvé toutes les souffrances des hypochondriaques. J'ai décrit les troubles, les perversions de leurs fonctions sensoriales; j'ai fait voir que la surexcitation extrême du système nerveux, la répétition incessante des mêmes sensations douloureuses, avaient déterminé l'insomnie, suscité des visions effrayantes et produit les spasmes, les convulsions, l'anesthésie, l'hyperesthésie, etc. Ces infortunés ont attenté à leur propre existence ; ils ont mille fois désiré la mort quand ils n'ont pas eu le courage de se la donner. Ils ont vécu dans des apprébensions horribles, et leur existence a réalisé ces rêves affreux où nous croyons avoir commis quelque crime ignoble ou porté une atteinte irrémédiable à notre honneur. Enfin, pour compléter ce triste tableau, ils ont trempé leurs mains homicides dans le sang de leurs meilleurs amis, de leurs parents, de leurs propres enfants; parfois les victimes de leur système délirant ont été des inconnus, ou tout au moins des êtres indifférents qui ne les avaient jamais offensés.
Lorsque tous ces actes ont été commis sous l'influence d'un délire aigu, dans ces situations extrêmes où l'hallucination se substitue à la spontanéité, à la réflexion, à la liberté de l'être doué de raison, il est encore possible que la guérison puisse s'effectuer. Ce pronostic heureux a encore lieu lorsque le phénomène hallucinatoire est en rapport avec une lésion organique accessible aux ressources de l'art, avec une cause que l'on peut combattre ou éviter. Il n'en est plus de même lorsque le délire des persécutions a subi les transformations diverses dont j'ai parlé, et jamais la folie ne se présente avec des conditions d'incurabilité plus grande que dans ces états intellectuels que l'on a désignés sous les noms de monomanie, délire partiel, folie morale délire des actes, manie raisonnante, etc.
J'ai résumé tous ces faits dans une observation particulière; j'y renvoie le lecteur afin que l'ensemble des phénomènes morbides propres au délire des persécutions revienne en sa mémoire. [Observation d'un aliéné hypochondriaque également porté au suicide, à l'homicide, aux excès
CliiïZ LES DÉLIRANTS l'Ail PEIlStCU HUN. 717
vénériens et bachiques, et qui a finalement comparu devant les assises pour un fait d'homicide avec préméditation, p. U'ïi). Voyez aussi : Penchants à l'homicide, monomanie homicide d'Esquirol, p. £i05. Meurtres commis par des fous hallucinés, p. 361 etsuiv. Un aliéné confié â mes soins, etc.)
Voilà ce que j'avais à dire sur l'origine, la marche et la terminaison du délire des persécutions. Je pourrais ajouter que le suicide, l'homicide, les terreurs, les craintes excessives, les hallucinations d'une nature terrifiante, sont pareillement l'expression symptomatique d'autres lésions organiques que celles qui donnent naissance au délire des persécutions chez les hypochondriaques. Mais, pour ne pas me répéter, je préfère renvoyer le lecteur aux différentes parties de cet ouvrage où j'ai décrit ces phénomènes morbides étrangers à l'hypochondrie proprement dite, ainsi que toutes les sensations maladives qui sont la conséquence forcée de cette névrose et qui déterminent des actes délirants d'une nature si étrange et si dangereuse (1).
§ V. — Coordination des phénomènes pathologiques dans les folies hystérique, épileptique , hypochondriaque. Diagnostic différentiel. Théorie. Anatomie pathologique. Pronostic.
Nous allons, dans un court résumé, établir la coordination des faits pathologiques concernant les folies hystérique, épileptique, hypochondriaque. Ce sera pour nous une occasion de dire quelques mots du pro-
(I) Maladies du cœur; hypertrophie ; actes dangereux qui en sont la conséquence, p. 160. — Influence de la pellagre; suicide, p. 147. — Tendances mélancoliques; suicide en rapport avec l'onanisme, les pertes séminales, p. 180. — Interprétation maladive des sensations douloureuses chez les hypochondriaques, p. 315. — Suicide résultat de V exaltation de la sensibilité, p. 316. — Délire des persécutions, p. 325. — Sensations internes chez les hypochondriaques ; transition aux hallucinations, p. 328 et suiv. — Le suicide considéré comme symptôme d'une maladie principale, p. 402. — l'hénomènes maladifs de la période prodromique, p. 464 et suiv. — Des transformations dans le délire des aliénés, p. 482. -- Observation d'un halluciné hypochondriaque racontée par lui-même ; un jeune homme de vingt-huit ans, p. 342 et suiv. — Enfin, la description des folies héréditaire, alcoolique, épileptique, hystérique, nous ont appris les circonstances fatales dans lesquelles s'opéraient une foule de suicides, d'homicides, de vols, d'incendies et d'actes dangereux. Seulement, il est bon de faire remarquer que ces actes sont transitoires et disparaissent avec leur cause génératrice. Dans le délire des persécutions, au contraire, et dans ses transformations diverses, ils ont un caractère plus permanent. Ils dépendent d'un système délirant qui fait partie de la nature de l'aliénation. Leur caractère est périodique. La plupart de ces délirants systématiques en sont arrivés à un état incurable, irréductible, lorsque surtout ils puisent l'énergie de leurs convictions erronées dans l'élément héréditaire. Finalement, ils ont des crises où leur délire est comme suspendu, mais ils récidivent facilement.