DANS LES FOLIES HYSTÉRIQUE, ÉPILEPTIQUE, H Y POCHONDRIAQUE
des autres systèmes de l'économie, il a été facile de se rendre compte des perturbations de l'ordre intellectuel, physique et moral, qui ont pu en être la conséquence.
J'ai remarqué que la folie épileptique était en proportions égales dans les deux sexes ; quant à la folie hypochondriaque, elle se rencontre incontestablement dans de plus grandes proportions chez l'homme que chez la femme, quoique cette dernière soit loin d'en être exempte. Il est donc bien inexact de dire que l'hystérie est l'hypochondrie de la femme. Ces deux névroses sont deux entités morbides parfaitement distinctes.
Les folies hystérique, épileptique, hypochondriaque, ne sauraient être confondues avec d'autres variétés d'aliénation, et il est toujours facile de les distinguer entre elles. Le diagnostic s'établit non -seulement par la différence des manifestations délirantes, par le contraste des mœurs, des habitudes, du caractère, qui existent entre ces diverses catégories, mais aussi par les dissemblances entre les troubles des fonctions nerveuses.
La violence du délire des hystériques , dans quelques circonstances, a pu faire supposer une encéphalite, mais l'erreur ne peut être de longue durée. Le cessation de l'état délirant est le plus ordinairement aussi instantanée que son apparition. Il est des cas cependant où le délire avec agitation peut avoir une durée considérable (spatium. longius recipiens), mais le caractère de cette agitation maniaque est tout à fait différent de ce que l'on voit dans l'intoxication alcoolique, par exemple, et dans les différentes affections cérébrales idiopathiques. Il suffit parfois d'éthériser les malades pour faire cesser les accidents et provoquer des crises qui dégagent l'hystérie du trouble momentané des facultés intellectuelles. Cette névrose apparaît alors avec les caractères qui lui sont propres : succession de pleurs et de rires, suffocations, sensations d'une boule qui monte de l'épigastre au larynx , avec manifestation de paroles niaises, futiles et d'actes désordonnés qui sont propres aux hystériques. Je me suis quelquefois servi de ce moyen d'investigation dans des cas difficiles d'expertise médico-légale (1)- Le délire épileptique est toujours précédé ou suivi de crises convulsives ; il n'en est pas de même pour la folie hystérique, qui paraît exister d'une manière plus indépendante de la névrose qui lui a fourni les premiers éléments de son activité. Quant à la folie hypochondriaque, les transformations sont plus lentes à s'opérer; la nature des tendances maladives chez ces sortes d'aliénés les porte également au suicide et à l'homicide, cela est vrai ; mais je n'ai jamais observé la même instantanéité dans l'apparition et la disparition des accès. La douleur,
(1) De l'éthérisalion dans la folie, au point de vue du diagnostic et de la médecine légale, par le docteur Morel [Archives générales de médecine, février 185-i).
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avec ses manifestations les plus diverses, se produit pareillement dans les transformations morbides que présentent ces trois névroses essentielles. Toutefois on n'observe pas, dans l'épilepsie et l'hypochondrie, le cortège aussi complet des sensations douloureuses, ainsi que les différentes perturbations de l'ordre intellectuel physique et moral que l'on rencontre dans l'hystérie et dans ses complications diverses.
Les actes délirants chez les hystériques ont généralement un caractère moins dangereux que chez les épileptiques et chez les délirants par persécution (hypochondrie transformée). Le suicide et l'homicide sont plus spécialement une des conséquences de ces dernières vésanies. Les hystériques ont plus de tendance à commettre des actes ridicules, désordonnés, excentriques. Le vol, l'incendie, sont des manifestations qui apparaissent le plus souvent chez ces malades. Ce n'est pas que, dans les transformations diverses de la névrose hystérique, il ne se produise aussi des actes dangereux, tels que le suicide et l'homicide, des délires furieux avec production des instincts les plus dangereux et les plus dépravés ; j'en ai cité de nombreux exemples. Je rappellerai aussi, malgré quelques observations que j'ai données de succubes et d'incubes, que les délires érotiques sont rares chez nos aliénées hystériques. Enfin, les manifestations morbides si complexes de cette névrose se rencontrent avec le caractère de l'endémicité, bien plus facilement que pour l'épilepsie et l'hypochondrie. L'histoire de certaines folies épidémiques religieuses nous révèle, sous ce rapport, un des côtés les plus intéressants de l'étude des aberrations de l'esprit humain.
Je n'aborderai qu'avec la plus grande circonspection l'étude du siège de ces différentes névroses et des lésions qu'ont présentées les individus qui ont succombé dans des crises hystériques , épileptiques, ou dans le marasme de l'hypochondrie. Des questions de ce genre ne peuvent être élucidées convenablement que dans des monographies spéciales, et le but de cet ouvrage est plutôt de traiter des folies hystérique, épileptique, hypochondriaque, que des névroses qui donnent naissance à ces vésanies. Il importe cependant de faire ressortir à quel point les théories scientifiques ont influencé le traitement de ces diverses névroses et celui de leurs complications. Je ne m'attacherai en ce moment qu'à l'hystérie. L'esprit qui me guide dans ces courtes recherches indiquera assez que les théories n'ont de valeur à mes yeux que lorsqu'elles peuvent nous amener à des indications plus rigoureuses et plus rationnelles, au point de vue du traitement.
Lorsque l'hystérie, par exemple, était considérée comme une affection essentielle de l'utérus, on conçoit que les idées thérapeutiques ont dû