‹ Traité des maladies mentaleChapitre 440 sur 500 · THÉORIES SUR LA NATURE ET LE SIÈGE DE L'HYSTÉRIE · texte numérisé non relu

THÉORIES SUR LA NATURE ET LE SIÈGE DE L'HYSTÉRIE

une des moins importantes, et nous avons intérêt à bien spécifier le point de départ de cette grave vésanie.

« Les termes de mobilité, d'instabilité, de susceptibilité de l'encéphale, dit M. le docteur Briquet, sont évidemment trop généraux, et s'appliquent aussi bien aux névropathiques et aux hypochondriaques qu'aux hystériques. Il fallait donc particulariser, et c'est ce qu'a très judicieusement fait M. Forget, en disant que l'hystérie dépendait d'une susceptibilité spéciale, sans néanmoins indiquer en quoi consistait cette spécialité. Je pense que dans l'état actuel de mes connaissances, on peut arriver à faire cette indication. Il est de toute certitude :

» 1° Qu'il existe dans l'axe encéphalo-rachidien une division du système nerveux consacrée à recevoir les impressions affectives, c'est-à-dire l'action des causes qui, venues du dehors ou de l'intimité des organes , produisent le plaisir ou la douleur, tant physiques que psychiques ;

» 2° Que le degré de la susceptibilité de cette portion de l'encéphale est à peu près indépendant des degrés plus ou moins élevés de l'intelligence ;

» 3° Que la femme, pour remplir sa mission providentielle, devait présenter cette susceptibilité à un degré bien supérieur à celui de l'homme ;

» h" Que l'action sur l'encéphale des modificateurs produisant la douleur ou le plaisir provoque une sensation qui va le plus souvent jusqu'au degré de la passion ;

» 5° Que chaque sensation un peu vive ou chaque passion se manifeste à l'extérieur par des signes particuliers à chacune d'elles.

» Or, on a vu par l'analyse qui en a été faite dans le cours de cet ouvrage : 1° Que les causes prédisposantes de l'hystérie se réduisaient à augmenter l'impressionnabilité du système nerveux cérébral , soit en produisant un affaiblissement de la constitution, soit en augmentant directement l'irritabilité du système nerveux; 2° que les causes déterminantes, à leur tour, étaient toutes des agents qui diminuaient la force avec laquelle l'encéphale résiste aux impressions, ou qui produisaient euxmêmes ces impressions; 3" que les divers phénomènes morbides qui caractérisent l'hystérie n'étaient que la répétition d'un certain nombre des actes vitaux par lesquels se manifestent les passions; 4° que les manifestations suscitées par les impressions qui produisent la peine, la souffrance et la douleur, ou qui déterminent des sensations brusques et violentes, étaient presque les seules que reproduisent les troubles hystériques; 5° enfin, il a été constaté que les agents capables de produire la souffrance, tant physique que morale, étaient les seuls qui pussent produire l'hystérie.

» Il résulte de là qu'on peut considérer l'hystérie comme le produit

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de la souffrance de la portion de l'encéphale destinée à recevoir les impressions affectives et les sensations. Cette souffrance, provoquée par des causes physiques ou morales antipathiques à l'économie, se traduit à l'extérieur par les phénomènes propres à la manifestation des divers genres de souffrance, soit physique, soit morale, et ce sont ces phénomènes qui constituent le caractère de l'hystérie.

» Comme l'anatomie pathologique n'a encore constaté l'existence d'aucune trace matérielle de cette souffrance de l'encéphale, on peut dire que l'hystérie est une maladie consistant dans une névrose de la portion d'encéphale destinée à recevoir les impressions affectives et les sensations, névrose qui se traduit au dehors par des phénomènes analogues à ceux qui se produisent dans la manifestation des divers genres de souffrance.

» Tel est le fond de l'hystérie simple, de celle qui se réduit aux phénomènes fondamentaux et caractéristiques de cette maladie.

» Ainsi considérée, l'hystérie n'est qu'une manifestation passionnelle, et si la cause qui la produit est faible, ou n'a agi que pendant un laps de temps assez court, la maladie se borne à des troubles qui ne durent que peu de temps ; puis elle cesse, et tout rentre dans l'ordre, ainsi qu'on le voit chez les femmes impressionnables qu'une émotion morale a saisies. C'est là l'hystérie momentanée.

» Mais si la cause productrice a plus d'énergie, si son action se fait sentir, soit d'une manière continue, s,oit avec des retours fréquents, la susceptibilité de la portion affective de l'encéphale ira croissant graduellement : d'abord l'encéphale ne réagira que faiblement, et il ne le fera d'une manière prononcée que quand de nouvelles causes de souffrances viendront à agir. Cet état constitue l'hystérie légère, celle qui cède par le simple éloignement des causes de perturbation.

» Si, au contraire, les causes continuent à agir pendant longtemps, comme cela se voit chez des enfants maltraités, chez des femmes malheureuses dans leur ménage, chez les sujets en proie à de profonds chagrins ou bien à une préoccupation continuelle de l'esprit, la susceptibilité morbide de la portion affective de l'encéphale arrivera à un degré élevé, et alors cette portion d'encéphale exercera constamment et continuellement sa réaction ; celle-ci pourra s'étendre à tous les organes qui servent de moyens de manifestations de cette réaction. Or, comme presque tous les organes principaux peuvent devenir le théâtre de ces manifestations, il en résultera qu'à ce degré tous les organes de l'économie pourront être troublés. E:en plus, il arrivera un moment où la susceptibilité morbide sera portée à son mmmm par l'intensité et par

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la durée de la souffrance occasionnée par les agents hystérifiques, et alors les réactions qu'elle exercera ne suivront plus le type normal. Les actes qui constituent les manifestations passionnelles seront augmentés, annihilés ou pervertis. La portion affective de l'encéphale deviendra, qu'on me passe le mot, presque folle; ses réactions ne seront plus normalement dirigées, et alors elles se manifesteront par les actes que l'âge, la constitution, l'habitude, ont rendus familiers aux malades, ou bien ces manifestations, au lieu d'être celles des passions tristes, seront, celles des passions gaies.

» Ce n'est pas tout. En butte à des réactions presque continuelles, les organes qui en seront le siège finiront par se troubler, leur sensibilité s'exaltera, il y surviendra des névroses ou des phlegmasies qui, à leur tour, venant compliquer la scène, arriveront eux aussi à être des centres d'une réaction qui s'étendra plus ou moins loin. Si c'est l'encéphale qui est principalement influencé, on verra se produire la variété infinie de troubles cérébraux, le coma, la catalepsie, le délire, l'extase, etc., qu'on sait accompagner si fréquemment l'hystérie. Si c'est l'estomac, on verra arriver tous les troubles de la gastralgie, puis ceux de la gastrite, les vomissements, le soda, le pyrosis, l'anorexie, la dyspepsie, et par suite le défaut de nutrition. Si c'est l'utérus, il surviendra clans cet organe des douleurs, des écoulements, puis la métrite et toutes ses conséquences. Il en sera de même pour le cœur, pour les poumons et pour les appareils musculaires.

» Le degré de susceptibilité de la portion affective de l'encéphale produit par l'hérédité ou par l'organisation, l'action des causes prédisposantes, détermineront le degré d'activité que devra avoir la cause déterminante pour donner lieu à l'hystérie.

» Ainsi, des sujets très prédisposés deviendront hystériques pour la cause la plus légère. L'affaiblissement que produisent les longues maladies, les affections graves, les traitements débilitants, le défaut d'alimentation seront l'une des plus puissantes de ces prédispositions ; elles le seront quelquefois à un point tel que l'hystérie aparu, dans quelques-uns de ces cas, se produire sans causes déterminantes, c'est-à-dire sans que des causes accidentelles aient agi d'une manière sensible. Mais, en scrutant avec soin les cas de ce genre, on finira toujours par reconnaître l'existence d'une de ces causes, ou par trouver dans la souffrance et le malaise intérieur qui suivent les états de débilité la raison suffisante de l'apparition de l'hystérie.

» Cette théorie, qui fait de l'encéphale le siège de l'hystérie, ne repousse pas l'admission des cas dans lesquels la souffrance physique et prolongée, partant d'un organe malade, vient, par son action sur l'encéphale, exciter

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