USAGE DE LA VIANDE CRUE. — ÉLECTRICITÉ, EAUADISATTON, ETC
sont transitoires, je le sais, et disparaissent sans emploi d'un traitement spécial. Dans d'autres circonstances, il sont plus permanents et dépendent de causes qui ont profondément altéré la constitution des malades. Je n'ai jamais compris que certaines paralysies et hyperesthésies, que certains états chloroliques avec vomissements , marasme , émaciation générale, puissent être guéris avec les ferrugineux, le quinquina, l'iode, et d'autres médicaments toniques ou reconstitutifs , lorsque les hystériques ne peuvent digérer leur nourriture et qu'elles la vomissent. Dans les cas de ce genre, et la malade dont j'indique le traitement en était un exemple, je suis exclusivement préoccupé de l'idée de pouvoir rétablir la vitalité des fonctions digestives au moyen d'une nourriture que les hystériques puissent supporter et absorber.
Je me suis bien trouvé alors d'employer la viande crue. C'est là encore un de ces médicaments dont l'usage peut être réalisé dans les familles les plus pauvres. La viande est hachée ; on la saupoudre de sel, de poivre ; on l'arrose avec du jus de citron, et on l'étend entre deux morceaux de pain. J'ai vu des hystériques qui rejetaient toute espèce d'aliments, conserver de la viande ainsi préparée, et qui, bien loin de leur causer de la répugnance, leur semblait préférable à toute autre nourriture (1).
Dans les cas d'hyperesthésie des membres inférieurs, j'ai eu recours avec succès, chez la jeune malade en question, à l'enveloppement au moyen d'un bandage mouillé [sudation locale). La faradisation de la peau, faite au moyen des courants électriques que donnent les appareils de MM. Duchenne (de Boulogne), Morin etLegendre, est encore un traitement qui parfois réussit. Pour suivre le conseil de M. Briquet, on s'arrange pour que le courant pénètre dans l'épaisseur de la peau sans aller plus profondément, en opérant à l'aide de deux pinceaux métalliques, ou d'une éponge mouillée et d'un pinceau qu'on promène pendant une, deux et au plus trois minutes, sur toute l'étendue du lieu où siège la douleur, et en ne cessant que quand on est assuré que l'hyperesthésie est dissipée. Le passage du courant à travers la peau s'accompagne d'une série d'étincelles électriques, parties de l'extrémité des fils du pinceau. Ces étincelles provoquent bientôt de la rougeur et de la chaleur à l'endroit faradisé , et surtout il se produit une douleur tellement vive, qu'il serait impossible de la supporter au delà de quelques minutes. « Assez souvent, ajoute M. Briquet, une seule faradisation suffit pour enlever la douleur; quelquefois il en
(1) Je me suis bien trouvé, dans qtelques circonstances, de la phospholêine de M. le docteur Baud. Prendre une cuillerée à bouche ou deux dans du chocolat ou du lait.
7^0 MÉDICATION TOMQÛE. — QUINQUINA. FElt, IODE.
faut deux, le môme jour, et si, à la seconde, on n'a pas réussi à modifier la douleur, il faut renoncer au traitement. » [Loc. cit., p. 668.)
Pour en revenir à la malade qui forme le sujet de ces indications, je dus m'en tenir , tout en combattant les accidents intercurrents, l'émoptysie, la toux, les vomissements, l'hyperesthésie, à reconstituer son tempérament, à combattre l'anémie, la chlorose , les vomissements. Je m'adressai d'abord aux fonctions digestives, dont je cherchai à réveiller l'activité. Ce n'est qu'après ce premier résultat obtenu qu'il me fut possible de recourir aux sels d'iode et de fer, aux préparations toniques, telles que le quinquina. En règle générale, ce n'est qu'à cette période de reconstitution que ces médicaments spéciaux agissent selon leur nature propre, et s'assimilent à l'économie. En dehors des principes hygiéniques que je pose, je ne regarde les nombreux agents spécifiques dans l'hystérie que comme des palliatifs qui ne remédient pas essentiellement à la situation, et qui n'ont d'utilité réelle que dans l'hystérie simple.
Dans nos asiles le traitement si difficile de la folie hystérique se complète par les exercices corporels et intellectuels, par la régularité de l'existence et par l'appel énergique qui est fait en temps opportun à toutes les forces morales des malades. On connaît maintenant l'impressionnabilité extrême de ces êtres souffrants, et les crises morales ont peutêtre chez eux plus d'avantages que les crises de l'ordre physique. Je vais en donner la raison dans un instant, à propos des crises chez les épileptiques et les hypochondriaques. Toujours est-il que cette jeune malade qui nous était arrivée dans un état pitoyable, tant au point de vue physique qu'au point de vue intellectuel, sortit de l'asile complètement guérie, après deux ans de traitement. Je ne veux pas m'appuyer exclusivement sur ce fait pour déduire un pronostic trop favorable dans des situations analogues. Je sais, par expérience, combien la guérison radicale des névroses elles-mêmes, et, à plus forte raison, des névroses transformées, est chose difficile. 11 y a lieu d'espérer toutefois que les succès seront plus nombreux et plus certains, lorsqu'un diagnostic plus sûr et plus éclairé nous aura appris à remonter aux causes spéciales qui déterminent des phénomènes morbides si complexes ; lorsque, d'un autre côté, la vulgarisation des moyens hydrothérapiques nous aura convaincu que la reconstitution du tempérament de ces malades par les moyens hygiéniques est la meilleure condition de leur rétablissement complet. On l'a vu, du reste, par l'exemple cité, et j'insiste sur ce point, que les médicaments les plus actifs, les plus héroïques même, restent sans efficacité, sont plus nuisibles qu'utiles, lorsque le tempérament des malades n'est pas disposé à les tolérer.