‹ Traité des maladies mentaleChapitre 453 sur 500 · METHODE EMPIRIQUE. — MAGNÉTISME. 7 M · texte numérisé non relu

METHODE EMPIRIQUE. — MAGNÉTISME. 7 M

Moyens tic l'ordre essentiellement empirique. Magnétisme. —

J'aurais voulu me dispenser de parler du magnétisme ; mais, en présence de certaines modifications extraordinaires, de véritables guérisons obtenues par ce moyen , alors que tous les autres remèdes étaient restés inefficaces, je ne puis m'em pêcher de dire avec M. le docteur Ridard : « Pourquoi donc l'homme,, sur lequel l'électricité, le galvanisme, ont une influence incontestable, ne serait-il pas susceptible, dans des circonstances particulières, de recevoir d'un autre homme un ébranlement, une modification telle qu'il en résulte certains phénomènes dont l'ensemble constitue le magnétisme animal? » [Questions relatives au magnétisme animal, dans Annales médieo-psijehologiques, t. II, p. 16/t.)

Je me garderai d'entrer dans l'historique des discussions qu'a fait naître le magnétisme animal. Des médecins, plus compétents que je ne puis l'être, et qui se sont servis avec succès du magnétisme dans des circonstances déterminées, ont évité d'aborder cette question; j'imiterai leur réserve, et me contenterai de citer quelques faits où le magnétisme a eu une action incontestable (1).

1° Hystéro-cntaiepsic. — Je ne puis donner d'autre nom à la maladie décrite dans l'observation si intéressante de M. le docteur Puel [Mémoires de l'Académie impériale de médecine. 1856, t. XX, p. khh), et que relate M. le docteur Jules Falretdans un excellent travail sur la catalepsie [Archives générales de médecine, août 1857'). Je vais citer, d'après ce médecin, cette observation, avec le regret de l'abréger beaucoup.

Tous les moyens avaient été mis en usage chez cette dame, âgée de quarante-cinq ans, et qui, depuis nombre d'années, éprouvait tous les tourments des hystériques : douleur très vive au creux de l'estomac et dans le dos, toux sèche et fréquente, roideur clans les mouvements et particulièrement dans ceux du cou. Ce malaise persistait plusieurs heures, et ne se dissipait souvent qu'au milieu de la nuit. Un jour, vers cinq heures, les douleurs devinrent si intolérables, que la malade s'évanouit

(I) Sous le titre de : Affection hystérique se répétant plusieurs fois chaque jour ; six ans et demi de durée ; singulière guérison, M . le docteur Cerise raconte comment, au moyen d'accès artificiels produits par le magnétisme, il parvint à guérir une hystérie des plus complexes et contre laquelle tous les autres remèdes avaient échoué. Cet éminent praticien, qui serait si à même de traiter cette question au point de vue médical, se contente d'ajouter : « Je n'entrerai à ce sujet dans aucune explication ; je n'en connais pas de possible. Ce qui m'a frappé dans cette observation, c'est d'abord l'action que j'ai exercée par le simple contact des pouces sur une personne malade, en provoquant artificiellement des accès propres à son affection; c'est ensuite la suspension, au moyen de ces accès artificiels, très rarement provoqués, des attaques qui se produisaient d'ellesmêmes si fréquemment. » (Annales médico-psychologiques, t. II, p. 327.)

742 cuÉRfsON d'un état hystéro-cataleptique.

pendant une demi-heure. Le lendemain, nouvel accès avec perte de connaissance plus longue; la malade est roide et immobile; dès qu'on la touche, les muscles se contractent avec plus de violence... Le sulfate de quinine et le valérianate de zinc furent employés contre ces accès périodiques et semblèrent redoubler les souffrances: faiblesses et dépérissement inouïs; depuis six semaines la malade ne prenait presque pas d'aliments. Les phénomènes les plus douloureux de la situation étaient les contractions musculaires générales. Mais je me hâte d'arriver aux circonstances qui amenèrent progressivement M. Puel à découvrir un moyen de soulager cette hystéro-cataleptique pendant ses attaques.

Un soir, la malade était sans connaissance; M. Puel tenait la main gauche dans la sienne et faisait avec la main droite de légères frictions le long du bras, lorsque tout à coup il sentit la main s'entrouvrir et les doigts s'allonger par un mouvement lent et régulier; il redoubla les frictions, et, en quelques minutes, il eut la satisfaction de rendre au bras une souplesse telle, qu'après avoir été soulevé, il retomba sur le lit comme un corps inerte. Il crut avoir amené la fin de l'attaque ; mais la malade était toujours sans connaissance, et tous les muscles du corps, excepté ceux du bras gauche, étaient restés dans la contraction. Il s'empressa de faire des frictions analogues sur le bras droit , les jambes, le cou, le tronc, et obtint le relâchement complet des muscles ; enfin il toucha légèrement les orbiculaires, et la malade recouvra sa complète connaissance.

Ce résultat merveilleux et inattendu pouvait paraître fortuit; mais le lendemain et les jours suivants, il obtint également, et avec la plus grande facilité, le relâchement complet des muscles et le retour de l'intelligence et du sentiment. A partir de ce moment, dit M. Jules Falret, M. Puel varia ses expériences de mille façons, de manière à arriver à la guérison complète de la malade (1). Ajoutons qu'aux frictions manuelles sur le trajet des muscles, M. Puel ajouta ultérieurement la belladone à fin—

(1) Voici un de ces résultats. Ce n'est qu'après avoir opéré le relâchement des autres muscles du corps, que M. Puel touche les paupières pour faire recouvrer connaissance à la malade et mettre lin à l'accès ; mais il peut également relâcher les muscles des paupières, sans faire cesser les contractions des autres muscles ; restituer ainsi à la malade la plénitude de son intelligence, sans lui rendre la liberté de ses mouvements, ce qui permet à celle-ci d'être témoin de sa propre attaque de catalepsie. Chez la plupart des malades, la perte de connaissance survient en même temps que l'immobilité générale. Chez madame D , les contractions musculaires se développent successivement, précèdent toujours la perte de sentiment, et persistent quelquefois après que l'on a fait recouvrer connaissance à la malade. « Ces faits démontrent, dit M. Puel, que le principe, quel qu'il soit, qui produit la contraction musculaire, est indépendant de celui qui préside aux fonctions sensori'aïës et intellectuelles. »

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