TRAITEMENT DE LA POLIE HYPOCHONDRIAQUE
a bien voulu m 'envoyer , on ne signala plus, au mois d'avril, que de petites attaques fébriles, mais les accès d'épilepsie avaient disparu, et le malade sortit en septembre 1857, parfaitement guéri.
Traitement de la folie hypochondriaque. — 11 faut que les idées sur
les véritables causes de la folie hypochondriaque soient encore bien peu répandues, pour que dans le monde médical ou non médical on attribue une certaine créance à des histoires que j'ai presque boute de rapporter, et qui se trouvent néanmoins consignées dans les ouvrages médicaux les plus recommandables. Alexandre de Tralles, si l'on en croit les auteurs, guérit une femme qui croyait avoir avalé un serpent, en jetant un serpent dans le vase en même temps qu'elle vomissait. Zacutus raconte qu'un jeune homme qui se croyait damné fut guéri par l'introduction dans son appartement d'un homme déguisé sous la forme d'un ange qui lui annonça que ses péchés étaient remis... Ambroise Paré guérit un malade qui croyait avoir des grenouilles en plaçant quelques-uns de ces batraciens dans son vase de nuit. .. Un démoniaque refuse toute nourriture parce qu'il se croit mort. Forestus parvient à le faire manger en lui présentant un autre mort qui assura au malade que les gens de l'autre monde mangeaient très bien !... Qui ne connaît le moyen ingénieux employé par Philotinus pour guérir un homme qui n'avait plus de tête, en lui faisant porter un bonnet de plomb dont la pesanteur l'avertit enfin de son erreur (1). (Voyez Esquirol, t. I, p. hlh, De la hjpémanie ou mélancolie.)
Avouerai-je que l'on est parfois comme irrésistiblement entraîné à suivre ces sortes de malades dans l'interprétation fausse qu'ils donnent à leurs sensations maladives (voy. Interprétations erronées de sensations douloureuses internes, p. 328), et aies traiter par des moyens qui, j# regrette de le dire, ne sont souvent guère plus raisonnables que les fausses convictions de ces sortes de malades. Une aliénée de notre asile me pour-
(1 ) Les journaux de médecine ont cité, il y a quelques années, le fait d'un jeune hypochondriaque qui croyait avoir un nez démesurément long, qui faisait son désespoir et qui était l'unique objet de sa folie hypochondriaque ■ M. le docteur Cerise, auquel M. Orfda avait adressé ce malade, lui proposa l'ablation de la partie exagérée de son nez, ce qu'il accepta avec empressement. On discuta en présence d'autres médecins, et aussi sérieusement que possible, les divers procédés opératoires ; on prit les mesures de Vorganc hypertrophié, mais on remit à une autre époque l'opération, vu certains phénomènes maladifs qui étaient une contre-indication d'aviser dans le moment même à la cure radicale que l'on faisait entrevoir à ce jeune hypochondriaque. On put ainsi, en remettant continuellement l'opération, faire subir dans l'intervalle au jeune malade un traitement général qui le guérit et emporta avec lui l'idée délirante qui se rattachait aux interprétations erronées de sensations douloureuses internes, si communes chez ces natures névropathiques.
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suivait incessamment de ses invectives pour l'avoir empoisonnée, et me suppliait en même temps de lui ouvrir l'estomac, afin d'en extraire le liquide qui faisait son mal. J'acceptai un jour sa proposition, et, malgré ses cris (car ces aliénés reculent parfois devant l'exécution simulée des moyens extrêmes qu'ils proposent), je la lis placer et maintenir de force sur un lit . On lui banda les yeux et on lui appliqua des ventouses scarifiées sur la région épigastrique. La crainte et la douleur arrachèrent de grands cris à la malade ; elle resta persuadée pendant quelques jours que \esang noir qu'on lui avait tiré contenait le poison qui taisait son tourment. Il y eut de la sédation ; mais quant à la guérison absolue, je ne fus pas plus heureux que Pinel, qui, pendant qu'il était médecin à Bicêtre, lit simuler un tribunal qui jugea un mélancolique dont le délire exclusif consistait à se croire coupable. Ce stratagème réussit, dit Esquirol ; mais le succès fut de courte durée, par l'imprudence d'un indiscret qui dit à ce même homme qu'on l'avait joué (1).
Moyens de l'ordre intellectuel et moral ; emploi de la crainte , de la terreur; substitution d'une passion à une autre. — « Une émotion
vive, forte ou imprévue, une surprise, la crainte, la terreur, ont eu leurs succès, dit Esquirol. On connaît l'axiome de Lorry : « Spasmo spasmus solvitur.... » On a eu recours, ajoute encore Esquirol, à des moyens plus ou moins ingénieux pour briser les convictions, pour rompre la chaîne des idées bizarres; mille circonstances peuvent fournir au médecin et faire naître dans son esprit des indications de thérapeutique intellectuelle.
(1) Voyez ce que j'ai dit à propos de l'intervention de l'élément moral dansle traitement des grands médecins de l'antiquité, et l'influence exercée par les prêtres-médecins qui ont précédé la période hippocralique (p. 20 et suiv. de cet ouvrage). D'un autre côté, tous les médecins qui ont écrit sur les maladies nerveuses ont cité des laits de guérison, soit durable, soit temporaire, obtenus par les seules influences de l'ordre moral ou surnaturel. Pour citer un dernier exemple de ces guérisons dues à un subterfuge dans le genre de ceux que j'ai déjà relatés, je renvoie au répertoire des observations inédites des Annales médico-psychologiques (t. II, p. 48i) : on y trouve une très intéressante observation publiée par M. le docteur Charcellay, professeur de clinique à l'école de médecine de Tours. Il s'agit d'une jeune femme impressionnable qui, après une neuvième couche, fut prise d'un véritable délire hypochondriaque. Elle attribuait les douleurs et fourmillements qu'elle éprouvait dans l'estomac à l'introduction de trois araignées qu'elle aurait avalées en se désaltérant un jour de moisson. Il fallut, pour la contenter, pratiquer plus de deux cents incisions dans le dos et lui faire croire que l'on extrayait des araignées. Un vomitif qui lui avait été donné n'avait pu la convaincre, quoique l'on eût placé trois araignées dans le vase. Ces animaux avaient pu faire des petits, comme disait la malade. Il y eut, ultérieurement, des tendances au suicide, de la fièvre et d'autres accidents, cependant cette aliénée finit par guérir. Elle récidiva néanmoins, guérit une seconde fois, mais elle resta très souffrante et très impressionnable.
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J'ai vu la substitution d'une passion à une autre guérir la lypémanie, en s'adressant à l'amour-propre, en l'irritant, en l'exaltant ; j'ai fait taire des terreurs imaginaires ; j'ai vu l'amour prendre la place du délire chez deux ou trois jeunes lypémaniaques de la Salpètrière. » (Esquirol, art. cit., page 475.)
Il y a deux éléments à examiner dans cette question très importante ; je dois y insister, parce qu'avant d'appeler le médecin, les familles ont épuisé tous les moyens de la thérapeutique morale, qui consiste à combattre les idées déraisonnables de leurs parents hypochondriaques, tantôt par la persuasion du raisonnement, tantôt par l'appel énergique qu'ils adressent aux sentiments des malades, en faisant intervenir leurs femmes, leurs enfants et tout ce qu'ils ont de plus cher au monde. Combien de fois aussi n'a-t-on pas recours à l'autorité religieuse, lorsque la maladie, envahissant la sphère intellectuelle, se complique de scrupules et de craintes de damnation (1).
Je suis loin de prétendre que ces moyens ne puissent avoir de bons résultats et ne soient de nature à enrayer parfois la marche de l'affection; il faudrait autrement désespérer des influences réciproques du physique et du moral chez l'homme. Mais le mal peut avoir atteint des proportions plus considérables qu'on ne pense, et la fixité du raisonnement dans le sens de l'idée maladive prédominante ne sert souvent qu'à masquer l'affaiblissement général des facultés.
J'admets d'avance que dans ce traitement moral initial il faille renoncer aux bons effets que l'on croyait pouvoir retirer autrefois de la crainte, de la terreur, comme étaient les bains de suprise, et qui ne pouvaient qu'aggraver la situation des hypochondriaques. Toutefois , je dois m'élever contre la fatale condescendance qui porte les parents à favoriser jusqu'à un certain point l'enchaînement réciproque et le développement successif des idées délirantes de leurs malades. Ils arrivent à ce résultat en n'opposant pas assez d'énergie à l'organisation primitive de leur délire, en les suivant avec trop de complaisance sur le terrain de leurs conceptions fausses, ridicules, exagérées, et en rejetant bien loin l'idée que ces malheureux émettent d'eux-mêmes que leur pensée se perd, qu'ils
(1) Les guérisons que l'un rapporte et que l'on attribue à l'influence religieuse méritent d'être constatées. J'ai fait bien des tentatives, j'ai appelé à mou aide beaucoup et de bien respectables ecclésiastiques, mais rarement ai-je obtenu des succès. Un liomnie se désespère pour n'avoir pas obtenu une place ; il se croit déshonoré lui et sa famille : l'assistance religieuse pourra le guérir en faisant diversion à ses idées dominantes, en le persuadant de la vanité des choses d'ici-bas. Mais un démoniaque ne cède point aux conseils d'un ecclésiastique (Esquirol, t. 1, p. 472).