MÉDICATION FOURNIE PAU L'EXAMEN DES ORGANES MALADES
guérisous s'opérer sous l'influence des crises physiques dont je vais dire quelques mots dans un instant.
Ces considérations sur l'influence des agents moraux, comme élément curatif, m ont un peu éloigné des indications thérapeutiques qui s'adressent directement aux fonctions physiques de l'hypochondriaque. Lorsque l'hypochondrie est simple, c'est-à-dire qu'il n'existe pas de transformation d'un délire spécial, soit des persécutions, soit de croyance à des destinées surnaturelles chez ces malades, je n'hésite pas à employer l'hydrothérapie dont j'ai toujours retiré de bons effets. J'ai déjà cité un cas de ce genre où la médecine reconstitutive chez un malade réfractaire à toute médication , et qui avait abusé de drogues de toute espèce , a été suivie d'un plein succès; j'y renvoie le lecteur (page 603 : M. B..., homme dons la force de l'âge, etc.) Je n'ai jamais vu un cas d'hypochondrie invétérée aussi promptement modifié par l'hydrothérapie.
Pour ce qui est d'une médication physique plus directe, je me dispense d'entrer dans des détails avec des médecins qui savent maintenant, par tout ce que j'ai dit dans la partie étiologique de cet ouvrage, qu'une foule d'états hypochondriaques avec prédominance d'idées tristes, oppressives, peuvent être en corrélation avec des maladies spéciales de l'organisme : affections utérines, troubles des fonctions digestives, arrêt du flux hémnrrlundcd, de la menstruation; affections du co'ur, pertes séminales, rétrocession d'exanthèmes, ■présence de vers intestinaux, etc. Dans tous les cas de ce genre, il est clair que le diagnostic seul des causes de l'état mental devra éclairer le traitement du médecin. Je pourrais citer des exemples sans nombre où un diagnostic certain, positif, a remédié à des situations intellectuelles qui semblaient jusqu'alors au-dessus des ressources de l'art.
Sous le titre (Vllgpochondrie, aphonie et pertes séminales déterminées par1 un rétrécissement organique de l'urèthre, et guéries par la dilatation de
les autres. Les malades refusant souvent de manger, ce n'est qu'avec la plus grande difficulté que l'on parvient alors à leur faire avaler quelques liquides. J'ai guéri par ce moyen un militaire qui, sous l'influence de la menace d'être mis au cachot, se précipita du rempart de la ville où il était en garnison. Je n'ai jamais vu un cas plus prononcé de stupeur. Comme je supposai d'abord que cet état tenait à une congestion cérébrale, je pratiquai une saignée et appliquai des sangsues derrière les oreilles. Mais la médication antipblogistique ne me réussit pas. Je me trouvai très bien, au contraire, des purgatifs (caloïiiel à haute dose, jusqu'à salivation), vésieatoires volants, tantôt sur une région du corps, tantôt sur une autre; frictions avec la pommade d'Autenrieth sur la tète, préliininairement rasée. J'emploie aussi communément, dans ce cas, les affusions froides. Mais la réaction s'établissant avec beaucoup de difficulté chez ces aliénés stupides, il faut y aider par des frictions, par des bains de vapeur, et par tous les moyens propres à rappeler la circulation et la chaleur à la périphérie.
GUÉRISON d'hYPOCHONDRIIÎ PAR LA CAUTÉRISATION DE l'oRÈTHRE. 767
l'obstnele, M. le docteur Hubert Valleroux a publié dans les A anales méûfàops ij 'c/io logiques un cas des plus intéressants qui est la confirmation d u prin cipeque j'avance. . M. de S.. ., âgé de soixante ans , bien constitué et qui n'avait jamais t'ait d'excès vénériens ni contracté de maladie de ce genre, en était réduit auxderniers degrés d'une hypochondrie qui était en rapport avec des pertes séminales nocturnes. L'aplionie, dont le malade fut ultérieurement atteint, vint encore augmenter ses perplexités en lui faisant croire qu'il avait une maladie du larynx. M. Hubert Valleroux, quoique convaincu que le point de départ de tous les accidents était dans le canal de l'urèthre, commença à traiter l'aphonie avec des vapeurs balsamiques qlli lui réussissent dans certaines aphonies simples. Il employa aussi un gargarisme astringent et les pilules d'aloès comme révulsif. Le malade se trouva si bien de ces remèdes, qu'il se crut guéri; mais, à la suite d'une promenade en voiture, il y eut une nouvelle pollution et un redoublement de tous les accidents physiques et moraux.
Après bien des oppositions de sa part, le malade finit par se laisser sonder. « J'introduisis alors dans le canal, dit M. Hubert Valleroux, une bougie exploratrice n° h. Elle parvint sans le moindre obstacle et sans presque causer de douleurs, jusqu'à \k centimètres de profondeur ; mais là se trouvait un obstacle qu'elle ne put franchir. Une seconde bougie, n° '2, pénétra ensuite presque jusque dans la vessie; mais je dois faire remarquer que son contact, une fois le rétrécissement passé, devenait douloureux dans le reste du trajet.
» J'avais donc à traiter un rétrécissement organique de l'urèthre siégeant au niveau du ligament sous-pubien. Ce rétrécissement était proba blement la cause de tous les accidents que le malade avait éprouvés depuis cinq ans; j'espérais les faire cesser en enlevant Y épine qui, selon moi, leur servait de point de départ. J'étais convaincu que l'engorgement, peu considérable d'ailleurs delà prostate, l'irritabilité du canalet les pesanteurs éprouvées à l'anus, céderaient au traitement que j'allais entreprendre.
» Le succès a justitié complètement les prévisions de la théorie. Des bougies de gomme élastique ont été introduites tous les deux jours ; deux cautérisations légères ont été pratiquées, et le malade put recevoir aisément des bougies n° 10. L'appétit, la gaieté et les forces sont revenus chez M. de S.... 11 a repris toutes ses habitudes, il se sent, pour me servir de ses expressions, aussi fort, aussi libre d'intelligence qu'à l'âge de quarante-cinq ans (I). » (Annales médiço-psychologiques, t. II, p. 324.)
(1) Les exemples de prostration, de mélancolie, d'hypoehondrie , etc., déterminées par des pertes séminales, sont assez communs dans la science. Ce qu'il est plus rare de rencontrer, ce sont les pertes séminales provoquées par un rétrécissement organique de
768 SITOl'flOBlE.— ALIMENTATION FORCÉE.
Sitophobic; alimentation forcée, sonde œsophagienne, emploi de
l'électricité. — Le refus de prendre de la nourriture complique souvent d'une manière très grave la situation de quelques aliénés hypochondriaques ou mélancoliques. Avant de discuter la valeur de Y alimentât ion forcée, il est utile de résumer les causes de l'obstination incroyable de quelques malades qui ne veulent céder ni à la prière ni aux instances du médecin ou de leurs proches, et que ces derniers se voient alors dans la nécessité d'isoler dans des asiles d'aliénés.
1° La cause de la sitophobie peut avoir son point de départ dans un état çongestif ou hypérémique du cerveau, et, dans ce cas, une déplétion sanguine générale ou locale, au moyen de sangsues derrière les oreilles, peut modifier la situation. J'ai vu plus d'une fois les efforts tentés pour faire manger les malades de cette catégorie être suivis des plus funestes conséquences.
2° L'état saburral de la langue indique une perturbation des fonctions digestives que l'on peut faire cesser au moyen d'un purgatif ou d'un éméto-cathartique.
3° Le refus de prendre de la nourriture dépend parfois des innombrables caprices ou fantaisies des malades, ainsi que cela se voit chez les hystériques qui mangent en cachette. Dans d'autres complications de cette névrose, l'impossibilité est réelle, et l'on a vu de ces malades se soutenir pendant un temps infini, pendant des mois, des années, avec une alimentation qui, dans d'autres circonstances de santé, aurait infailliblement déterminé la mort par inanition.
k° Enfin, dans le plus grand nombre des cas, la répulsion pour ainsi dire invincible des malades tient à leurs idées systématiques, et surtout à des craintes d'empoisonnement. Dans d'autres circonstances, le motif qui les domine est la volonté de se suicider par ce moyen.
Avant d'employer les moyens de contrainte, je me suis toujours bien trouvé de suivre les indications thérapeutiques qui découlent des motifs ci-dessus énoncés. 11 ne faut en général recourir à la force, à la contrainte que lorsque l'on a épuisé toutes les ressources du traitement physique et du traitement moral. Un jeune hypochondriaque dont j'avais la direction médicale refusait obstinément de manger depuis plusieurs jours. Je le conduisis dans un des restaurants les plus fréquentés de la capitale et fis servira dîner pour nous deux. Comme il restait immobile et silencieux
l'urèthre et prévenues par la guérison de celui-ci. Le résultat le plus ordinaire des rétrécissements organiques de l'urèthre, et surtout de ceux qui siègent au niveau de la symphyse des pubis, c'est d'apporter à l'érection, et puis ensuite à l'émission du sperme, un obstacle souvent insurmontable. (Hubert Valleroux, art. cit.)