‹ Traité des maladies mentaleChapitre 489 sur 500 · SYMPTÔMES, MARCHE, DÉVELOPPEMENT · texte numérisé non relu

SYMPTÔMES, MARCHE, DÉVELOPPEMENT

Les symptômes de cette affection, son développement, sa marche, sa terminaison, sont aujourd'hui des faits acquis à la science.

Il est certain que les phénomènes morbides qui caractérisent cette affection se distinguent de ceux qu'on observe dans toute autre maladie encéphalique avec lesquels on pourrait les confondre, et qu'il existe, en outre, une relation nécessaire entre les symptômes de l'affection et les altérations organiques du cerveau. La période d'incubation qui se signale le plus ordinairement par l'absence de sommeil, par la torpeur et l'apathie, souvent aussi par de violentes migraines accusées par les malades, se révèle aussi par des actes maladifs. Les paralysés entreprennent une foule de choses au-dessus de leurs forces et n'aboutissent qu'au trouble, à l'incohérence et au désordre des idées et des actes.

Us achètent des objets inutiles qui dépassent leurs ressources, et ne se font pas scrupule de dérober. Ils deviennent gais, expansifs, et en même temps ils pleurent facilement.

L'intelligence est constamment troublée au début, et la loi d'alternance dans la succession des phénomènes morbides du système nerveux fait que l'agitation maniaque succède à la dépression mélancolique. L'aliénation mentale connue sous le nom de paralysie générale peut, dit M. Aubanel, affecter, au début ou dans le cours de son développement, les formes maniaque, lypémaniaque, suicide.

Les malades ont une confiance illimitée dans leurs forces, ils se vantent de leur brillante santé, ils se disent riches, puissants, et promettent à tout le monde honneurs et dignités.

Aux diverses périodes de leur mal, ce délire des grandeurs alterne avec un véritable délire d'humilité. J'ai déjà signalé dans ma symptomatologie (page 490) que les paralysés tombent souvent dans la prostration, et qu'ils ont des craintes puériles, exagérées, ainsi que cela s'observe chez les hypochondriaques. J'en ai vu quelques-uns qui perdaient jusqu'au sentiment de leur personnalité. Us se croyaient réduits à un état tellement infime, qu'ils n'étaient plus, disaient-ils, que l'ombre d'eux-mêmes ; quelques-uns prétendaient être morts, et ne parlaient d'eux qu'à la troisième personne.

Les manifestations délirantes diffèrent selon les périodes, et, quoi qu'en aient dit plusieurs auteurs sur la distinction qu'il y a à établir entre les paralysés sans délire ou avec délire, je n'ai jamais vu cette maladie exister sans une altération de l'intelligence, qui consiste dans l'affaiblissement de la mémoire et du jugement, présentant les caractères delà démence.

« Au début incontestable de cette phlegmasie, la prononciation de ceux qui en éprouvent les premiers effets offre un commencement de gêne

Page 1