‹ Traité des maladies mentaleChapitre 491 sur 500 · DÉLIRE DES GRANDEURS DANS D'AUTRES MALADIES · texte numérisé non relu

DÉLIRE DES GRANDEURS DANS D'AUTRES MALADIES

aberrations de l'ordre intellectuel et de celles que l'on observe dans la paralysie générale. Autant le délire de la première catégorie de malades est systématique, coordonné, résistant, autant celui des aliénés paralysés est empreint d'un caractère d'exagération niaise, autant il est mobile et illogique, si je puis m'exprimer ainsi.

« Ce malade était roi, dieu, pape la veille; le lendemain il est ministre, gros négociant, millionnaire, etc. Toutes ces qualités se résument même à la fois sur sa tête, sans qu'il en tire des conséquences sérieuses. Tant d'élévation, de richesses ne l'empêchent pas de vivre insouciant dans un asile, d'accepter bénévolement la contradiction sur ses titres, de se constituer en opposition avec lui-même, en avouant l'obscurité de son origine, la faiblesse de ses ressources, la médiocrité de sa condition. Les convictions du monomaniaque sont plus simples, plus fermes, plus impérieuses. Se croit-il général, par exemple, il parle et agit dans le sens de sa croyance. 11 revêt les insignes de son grade, et se rend dans un régiment pour intimer ses ordres, ou chez les autorités pour s'entendre avec elles relativement aux mesures auxquelles il doit concourir. Dieu le garde de confesser ce qu'il est en réalité, il invente au contraire toutes sortes de fables pour donner le change à cet égard, ne reculant pas même devant les imputations les plus calomnieuses envers les êtres qu'il devrait le plus vénérer. Ses parents, qu'il n'a pas honte de renier, ne sont, suivant lui, que ses nourriciers, ou bien il s'enorgueillit de descendre d'un'célèbre personnage dont sa mère aurait été la maîtresse. » ( Delasiauve, ouvr. cit., p. 617.)

Que de fois ne voyons-nous pas les malades de cette dernière catégorie se moquer des millions dont s'affublent nos paralysés, rire de leurs cheveux d'or, de leurs dents d'ivoire ou de diamants, de leur corps transparent, radieux, diaphane, de leur beauté ang clique, de leurs aptitudes surnaturelles, de leurs rapports avec la divinité ou avec de grands personnages, et les prendre en pitié lorsqu'ils se fourrent dans les poches les chiffons et autres saletés auxquelles ils attachent un prix infini. Rien de si facile d'ailleurs que de faire renoncer, momentanément au moins, les paralysés à leur délire des grandeurs. Ils avoueront, pour peu qu'on les presse, qu'ils ne sont que des malheureux, des infirmes. Ils remettent à un autre temps la réalisation de leurs espérances. Demain ils feront ceci ou cela. Demain ils sortiront, on viendra les chercher. Ils acceptent tel ou tel chiffre dont ils se départent rarement. Ils ont trois millions et quelques francs ; ils ont dix-huit ou dix-neuf ans, lorsqu'ils en ont cinquante ou plus; ils se- marient demain, dans huit jours, etc. Toutes leurs manifestations délirantes, en un mot, sont frappées au coin de la niaiserie, de la

Page 1