TRAITEMENT DES ALIÉNATIONS IDIOPATHIQUES
de nouvelles études, poursuivies dans cette voie, pourront jeter un certain jour sur l'étiologie des congestions et des hémorrhagies des différentes parties de la tète (1). (Foville, Recherchés sur les tumeurs sanguines du pavillon de l'oreille, p. 21.)
§ V. — Du traitement des aliénations idiopathiques, et de la folie paralytique
en particulier.
En présence des complications si graves que nous offre la périencéphalite chronique diffuse, qui constitue la paralysie générale des aliénés (folie paralytique de M. le docteur Parchappe), la médecine se trouve nécessairement désarmée pour ce qui regarde au moins une cure radicale, et l'on ne peut recourir, dans la généralité des cas, qu'à un traitement palliatif. Mais, ainsi que- nous l'avons suffisamment démontré, la paralysie dite générale ou progressive des aliénés n'est pas précisément un fait pathologique isolé, quoique cette maladie forme un genre distinct. Elle se rattache le plus ordinairement à des causes préexistantes qu'il s'agit de combattre, et parmi ces causes la congestion cérébrale est à prendre en sérieuse considération.
« Lorsqu'on est appelé, dit M. Calmeil, à donner des soins à un sujet qu'on suppose menacé d'attaques congestives des centres nerveux encéphaliques, on doit déployer aussitôt toutes les ressources d'une médecine active pour tâcher de ramener à l'état de vitalité normal ou fonctionnel, et les éléments nerveux qui'constituentl'appareil encéphalique, et les capillaires qui leur distribuent le sang, et la massedu sang elle-même. On peut espérer d'atteindre à ce résultat, d'abord en ayant recours, sans retard, à l'usage des saignées, soit générales, soit locales ; en substituant l'usage des boissons délayantes, et surtout celui des boissons nitréesaux boissons stimulantes; en diminuant la quantité des aliments, en provoquant des superpurgations abondantes; ensuite, en soumettant pen-
(1) Au moment où j'écris ces lignes, je suis à même de constater à Marseille, dans l'asile dirigé par mon savant collègue et ami, M. le docteur Aubanel, que le nombre des paralysés généraux n'est guère inférieur à ce que nous constatons dans nos climats plus rigoureux. Sur 179 hommes aliénés admis à l'asile Saint-Pierre, du 1er janvier au 31 octobre 1859, il existait 28 paralysés, soit 1 sur 6,3. Sur 106 femmes reçues dans la même période, on comptait 1 2 paralysées, soit 1 sur 8,8. Le total des entrées a été de 285 malades dont 40 paralysés, soit I paralytique sur 7,1. Aujourd'hui, sur 787 malades, il existe 51 paralysés, soit 1 sur 15,43. Dans le compte rendu du service médical de 1841 à 1849, M. Aubanel a constaté 1 aliéné paralytique sur 7. La proportion des hommes a été plus du double, s oit 2 hommes 22, suri femme. (Compte rendu du service médical et administratif, par M. Aubanel, 1850.)
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dant un très long délai l'individu dont la circulation cérébrale a paru trop active aux règles d'un traitement hygiénique peu réparateur, et dont on ne lui permettra pas, autant que possible, de se jamais départir. S'il s'obstine à beaucoup manger, à vivre dans la mollesse, à faire usage d'aliments succulents, de vin capiteux, à boire avant et après ses repas un ou plusieurs verres de liqueurs chargées d'alcool, s'il néglige d'appliquer souvent des sangsues dans des endroits d'élection, à l'entrée des fosses nasales, aux tempes, sur les côtés de la nuque, à l'extrémité de l'anus, par exemple, il y a tout à parier qu'il succombera tôt ou tard à quelque fluxion sanguine des capillaires cérébraux. Plusieurs de ces malades sont frappés de congestion, soit à la fin d'un repas, où les vins et les spiritueux de toute sorte ont été prodigués, soit pendant l'acte vénérien.
» Du moment que l'existence d'une violente congestion encéphalique nous est révélée par l'apparition subite de phénomènes comateux profonds, avec ou sans phénomènes convulsifs, c'est aux saignées générales copieuses, et plusieurs fois renouvelées, que nous devons avoir immédiatement recours. L'application de topiques irritants, et même de vésicatoires aux extrémités, complète, avec l'application de larges ventouses scarifiées sur les côtés du cou, l'aperçu du traitement auquel on doit donner tout d'abord la préférence, au début des attaques d'encéphalite temporaire ou des congestions cérébrales inflammatoires.
» Dans les cas où la perte de connaissance et les autres phénomènes graves, causés par la violence de l'afflux sanguin dans les capillaires encépbaliques, tendraient à persister pendant douze, vingt-quatre, trente heures et même au delà, on devrait conseiller l'application de nouvelles ventouses scarifiées à la nuque, l'application de vessies remplies de glace pilée sur la tète, l'usage des boissons émétisées, l'usage des lavements fortement purgatifs. On doit encore se tenir sur ses gardes, lors même que les individus naguère congestionnés ont commencé à recouvrer depuis quelque temps l'usage de leurs sens, à se servir de nouveau de leurs membres, à reprendre l'exercice de leurs facultés mentales, car l'explosion d'un délire plus ou moins complet, plus ou moins difficile à réprimer, succède très souvent alors, comme chacun sait, aux accidents de la période comateuse.
» Si l'on avait à lutter contre des phénomènes de ce dernier genre, qui seraient rendus plus inquiétants encore par la persistance d'une gène manifeste dans l'exercice delà parole, on devrait insister plus que jamais sur l'emploi des topiques réfrigérants appliqués sur le crâne, sur l'usage abondant des boissons émétisées ou nitrées, sur l'administration des lave-
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monts irritants. L'usage fréquemment renouvelé des bains tiédes doit être compris aussi parmi les moyens dont on retire le plus d'avantage, pendant toute la période où il est permis de supposer que la turgescence des capillaires cérébraux n'est encore qu'en voie de diminution. L'application des soins hygiéniques qu'on impose aux sujets menacés d'attaques d'encéphalite temporaire peut seule diminuer les chances d'une rechute, quand une fois on a échappé au danger de pareilles attaques. Jamais donc cette importante vérité ne doit être perdue une seconde de vue par les médecins. » (Calmeil, ouvr. cit., t. 1, p. 22 et suiv.)
Ces préceptes sont incontestablement d'une sagesse extrême, et il est bien certain que le médecin pourra enregistrer plus d'un succès, lorsqu'il aura affaire à des malades assez dociles pour suivre ses prescriptions. J'en ai cité un cas remarquable à propos du traitement antiphlogistique préventif dans la période d'invasion (page 591) (1).
Voyons maintenant ce qu'il est utile de faire dans cet état que M. Calmeil a désigné sous le nom de périencéphalite chronique à l'état simple paralysie générale incomplète) ; car dans la périencéphalite chronique diffuse à l'état de complication, il n'y a malheureusement autre chose à tenter que d'entourer les malades des soins hygiéniques et prophylactiques qui peuvent modérer leurs accès et les aider à prolonger leur misérable existence. Je ne puis mieux faire encore que de citer l'expérience et les conseils du savant médecin de Charenton.
<( La périencéphalite chronique diffuse doit être classée parmi les affections graves du système nerveux, par la raison qu'elle intéresse presque toujours, dès son début, un assez grand nombre d'emplacements, tant sur une moitié de l'encéphale que sur l'autre, et qu'elle a bien plus de tendance à se propager aux circonvolutions, aux différentes régions qu'elle avait d'abord épargnées, qu'à céder aux différents moyens de traitement qu'on croit devoir lui opposer. Sa gravité est augmentée encore par la violence des attaques à forme apoplectique ou à forme convulsive qui viennent presque constamment surprendre les malades à toutes les périodes de leur phlegmasie, et par l'importance des désordres qui sont comme des conséquences forcées de la répétition de ces recrudescences; car on arrive finalement, et comme fatalement, à un moment où l'intelligence, la raison et les fonctions locomotives des sujets que l'on
(1) Parmi les moyens propres à prévenir les accidents qui sont la suite des tendances à la congestion, je me rappelle, dans le temps, la grande confiance que quelques médecins semblaient avoir dans les ventouses Junod. Ce mode de traitement a eu, comme beaucoup d'autres, sa vogue momentanée. Dans le tome II (p. 320) des Annales médico-psychologiques, M. le docteur Cerise cite un cas où ces ventouses lui ont rendu un grand service.