ÉMISSIONS SANGUINES, LOCALES ET GÉNÉRALES. — BAINS
sources pour empêcher le travail inflammatoire, soit de s'étendre, soit de continuer ses ravages. »
Par malheur, il s'en faut de heaucoup qu'on soit toujours maître d'intervenir à temps pour appliquer d'une manière fructueuse aux aliénés paralytiques la médication qu'il semhlerait urgent de leur faire subir. Souvent les individus chez lesquels l'encéphalite chronique commence à se manifester éprouvent des sentiments de confiance, de force et de bienêtre qui les portent à se montrer récalcitrants contre ceux qui cherchent à les persuader qu'ils doivent se faire soigner, attendu que leur santé est déjà compromise. En général, il répugne beaucoup aussi aux parents de ces malades de joindre leurs efforts à ceux des médecins pour les déterminer à se soumettre sans délai à toutes les exigences d'un traitement assujettissant; il résulte de cette double circonstance que les sujets qui commencent à présenter les premiers signes de la périencéphalite chronique échappent presque constamment alors à toute espèce de médication et de soins. On rencontre presque toujours des difficultés plus sérieuses encore lorsqu'on se trouve dans la nécessité de proposer des mesures de séquestration dont les malades et les proches sentent bien plutôt les inconvénients que l'utilité; tout semhle donc, dans ce genre de maladie, conspirer contre l'exécution du plan de conduite qu'on aurait désiré appliquer de bonne heure, dans l'espoir d'arrêter ou d'entraver le développement de la paralysie générale avec lésion des fonctions intellectuelles.
« Voici, au demeurant, dit M. Calmeil, la manière dont il convient de procéder à l'égard du plus grand nombre des sujets atteints de périencéphalite chronique diffuse dont on croit devoir tenter la guérison.
» On devra presque toujours commencer par soustraire ces malades à leurs habitudes de famille pour leur procurer, soit dans une campagne agréable, soit dans une maison de santé hien tenue, une habitation commode, où les soucis des affaires, les préoccupations de la vie ne pourront plus les poursuivre et les troubler. On leur accordera une alimentation suffisante, mais non trop riche en viandes succulentes; on leur prescrira aussi des boissons délayantes, des boissons nitrées, et l'on continuera à remplir ensuite à leur égard les différentes indications qu'on sera à même de saisir au fur et à mesure qu'elles se présenteront.
» Pour peu que les aliénés paralytiques soient jeunes, robustes, sanguins, on se trouve presque nécessairement amené à leur prescrire, soit à des intervalles rapprochés, soit de temps à autre, des émissions sanguines ou locales, ou générales. Pour l'ordinaire , les saignées peu copieuses, mais renouvelées une fois ou deux par mois, leur sont plus
PURGATIFS. — EX0K»lapS-. — TARTRE STIISIK A HAUTES DOSES. 827
favorables que les saignées très abondantes. Les applications de sangsues laites soit à l'anus, soit à l'entrée des fosses nasales, soit sur les côtés de la nuque et des oreilles, suffisent parfois pour diminuer très vite la gêne qu'ils éprouvent dans la prononciation ; on doit donc attacher une grande importance à l'emploi des saignées locales dans le traitement de la périencéphalite diffuse. Les sangsues doivent être appliquées de préférence à la vulve, à l'extrémité du gros intestin, au nez, lorsqu'on se propose de rétablir l'écoulement des règles, l'écoulement des hémorrhoïdes, l'écoulement d'un ancien saignement de nez. L'application des ventouses scarifiées à la nuque tient aussi une place importante parmi les moyens auxquels on doit avoir recours pour diminuer l'activité de la circulation cérébrale dans beaucoup de cas de paralysie générale.
» L'usage des bains tempérés et prolongés, les applications fréquemment réitérées d'eau froide sur le visage et sur la tête, tant pendant la durée que pendant l'intervalle des bains, sont presque toujours conseillés et employés avec quelques avantages dans le traitement de la périencéphalite chronique diffuse. La durée des bains peut être prolongée pendant trois, quatre, cinq heures, lorsque l'état inflammatoire du cerveau est accompagné de pétulance maniaque ou de fureur; les effets de la douche peuvent être tentés aussi avec quelques chances de réussite sur les malades de cette dernière catégorie.
» Les bains d'allusion frais, les bains sulfureux, tous les bains qui agissent en appelant une réaction circulatoire prompte vers la surface du corps, sont prescrits de préférence par la plupart des médecins, dans la forme lypémaniaque de la périencéphalite chronique. Les pédiluves chauds et sinapisés, les pédiluves aiguisés avec l'acide chlorhydrique, sont aussi fréquemment employés par eux dans tous les cas du même genre.
» Les médicaments qui exercent une action révulsive sur le canal alimentaire sont d'un usage à peu près général dans le traitement de la paralysie générale incomplète ; les boissons émétisées, les préparations d'aloès ou de jalap, l'huile de ricin, le calomélas, procurent quelquefois aux malades qui ont recours à leur emploi un soulagement des plus prompts. L'aloès et le calomélas peuvent être prescrits jusqu'à trois fois en une semaine sans aucun inconvénient pour la muqueuse intestinale; il en est de même de l'émétique à la dose de 2 à 5 centigrammes. Les purgations très actives ne doivent être administrées qu'à des intervalles éloignés , et les jours où l'on n'impose pas l'usage du bain au malade.
» L'activité du traitement dit antiphlogistique doit se ralentir lorsqu'on s'aperçoit que la perte de la mémoire, l'oblitération des facultés intellectuelles, la gêne de la parole tendent à augmenter, malgré tous les efforts
828 MÉDICATION TONIQUE, RECONSTITUTIVE.
qu'on a déployés pour empêcher le travail de la périencéphalite chronique de s'emparer de nouvelles régions. Dans cette période, on a coutume d'appliquer à la nuque des malades, soit des sétons, soit des vésicatoires, soit des cautères ; on emploie volontiers aussi de prime abord ces différents exutoires lorsqu'on a à combattre un cas d'encéphalite qui s'annonce par la manifestation de la démence et par une apparence d'anémie.
» Il n'y a plus de nécessité à insister sur le traitement curatif de la périencéphalite chronique ; on doit même se hâter d'y renoncer aussitôt qu'on a acquis la conviction qu'à un simple état d'injection de la substance cérébrale ont dû succéder, ou l'infiltration aqueuse, ou le ramollissement et la disgrégation de la substance nerveuse, sur ceux que cette phlegmasie a frappés. 11 est néanmoins des cas où l'on n'est pas maître de suspendre complètement l'application des moyens de traitement ; de ce nombre sont ceux où l'exaltation furieuse tend sans cesse à se raviver, ceux où les aliénés paralytiques sont sans cesse menacés de nouvelles fluxions congestives: mais l'expérience enseigne bien vite aux médecins la règle de conduite qui est applicable à chacune des nuances, à chacun des cas de périencéphalite chronique qu'ils ont sous les yeux et contre lesquels ils ont à lutter. » (Calmeil, ouvr. cit., t. I, p. 286 et suiv.)
Quelques médecins se sont élevés contre les saignées générales dans cette forme d'affection, et ont préconisé le tartre stibié à haute dose. 11 y a évidemment ici une distinction à faire, et qui repose sur la nature du tempérament des malades. Les individus prédisposés à la périencéphalite ou atteints de cette affection ne sont pas tous, il s'en faut, doués d'un tempérament sanguin (1). Nous avons vu dans l'étude des causes de cette affection que les passions tristes, oppressives, la misère, les excès alcooliques, les excès même intellectuels (2), prédisposent à cet état congestionnaire qui est plutôt alors l'effet de l'anémie, de l'appauvrissement du sang, que d'un excès de richesse dans ses principes constitutifs. Il est évident que dans les cas de ce genre la saignée serait chose compromettante, et je me suis toujours mieux trouvé, dans ma pratique particulière, de la médication reconstitutive. Le traitement par les iodures
(1) La plupart des femmes paralysées que nous avons à l'asile de Saint-Yon sont d'un tempérament lymphatique, cachectique et d'une nature érotique. On sait, du reste, que la paralysie générale incomplète (folie paralytique) atteint dans de grandes proportions les fdles publiques.
(2) La paralysie générale frappe très souvent les hommes occupés de travaux intellectuels. Mais il faut bien avouer que les excès qu'ils font dans ce genre sont accompagnés de singuliers écarts de régime. Trop souvent ils cherchent à raviver leurs forces intellectuelles affaiblies par des excitants qui ne leur procurent qu'une suractivité momentanée et très compromettante pour les fonctions encéphaliques.
TKAll'tMliNT DE LA MÉNINGITE, DE L'A!'. ACI1MT1S. 829
associés aux. ferrugineux et au quinquina m'a souvent rençlu service dans de pareilles circonstances. J'ai donné (page 627) diverses formules qui peuvent être employées avec avantage.
Une jeune fille de vingt-cinq à vingt-six ans, Marie X..., qui avait exercé la profession de modiste et de demoiselle de comptoir dans un café, nous était arrivée dans un état qui ne pouvait laisser aucun doute sur cette affection que M. Calmeil désigne sous le nom de périencéphalite chronique diffuse à forme insidieuse [paralysie générale incomplète). Il existait chez elle un léger tremblement de la langue et un mouvement ondulatoire des lèvres quand elle parlait. La marche, sans être précisément embarrassée, était lourde, et la malade trébuchait facilement. Il n'existait, du reste, aucune inégalité dans les pupilles, et la sensibilité tactile paraissait plutôt exagérée que diminuée. Elle n'avait d'autre délire que de se croire bien portante et appelée à un avenir brillant ; elle devait débuter comme jeune première d'opéra et se donnait des talents qu'elle était loin de posséder. Cette fille, d'un tempérament lymphatique, était lourde, indolente, apathique, et tomba progressivement dans un état de stupeur. Une violente attaque congestive qu'elle eut sur ces entrefaites nécessita plusieurs applications de sangsues derrière les oreilles, et la situation se compliqua d'un état maniaque violent, avec manifestation plus marquée dans les idées de grandeurs. Une première rémission de deux mois fut suivie de nouvelles attaques congestives avec convulsions. La malade nous paraissait dans un état désespéré, et l'on observait chez elle ce grincement des dents particulier aux paralysés arrivés à la troisième période de leur affection.
Après une violente agitation qui ne dura pas moins de six semaines, et qui fut combattue par quelques émissions sanguines et le calomel à haute dose, notre paralysée linit cependant par se calmer, mais elle était stupide et hébétée. Une profonde décoloration de la peau et un état œdémateux des membres inférieurs annonçaient une cachexie que nous essayâmes de combattre par des toniques et par la médication reconstitutive. La malade prit journellement trois des pilules de la formule suivante : iodure de potassium, lgr,20 ; bromure de fer, lBr,80 ; poudre d'armoise, 2 grammes. Nous la soumîmes à un régime gras, à l'usage du vin de Bordeaux, et nous eûmes la satisfaction de voir les forces renaître et l'intelligence se fortifier. Le tremblement des membres, qui avait atteint des proportions au point de rendre la marche presque impossible, disparut complètement. Marie X... devint une des ménagères les plus actives de l'asile; l'exercice normal le ses facultés intellectuelles et affectives lui permit d'envisager sa modeste position sous son véritable côté. Elle n'a-
830 RÉfRtGÉRATiON DES TEGUMENTS DU CRANE.
vait plus qu'un désir, c'était de retourner vers sa mère, pauvre paysanne du pays de Caux, qu'elle avait abandonnée pour mener dans les villes une existence dissolue. Après un an d'épreuve, nous fimes droit à sa demande, et depuis près d'un an que cette malade est sortie, j'ai pu avoir l'assurance que sa santé était pai'faitement conservée (1).
Toutefois, en dehors des cas de débilité extraordinaire que je cite, il est certain que les saignées générales ou locales ne devront pas être épargnées lorsque le sujet pourra les supporter, et lorsque l'affection sera franchement inflammatoire. Les saignées copieuses, dit M. Calmcil, et il fait surtout allusion clans ce cas à la méningite proprement dite, à Fàrachnitis, constituent, de l'aveu de tous les médecins, les ressources les plus importantes de la médication, dans le traitement des diverses phlegmasies aiguës des méninges et de la substance corticale. Chez les sujets robustes et récemment atteints, l'aspect démentique, ajoute M. Calmeil, n'exclut aucunement l'application des émissions sanguines abondantes. Suivant MM. Martinet et Parent, la saignée est le moyen puissant sur lequel il est permis décompter dans le traitement de l'arachnitis, et elle est principalement utile, au moment de l'invasion, sur les sujets chez lesquels on remarque des symptômes de pléthore et de congestion. D'après ces auteurs, l'action de la saignée est toujours d'autant plus marquée et plus sensible, qu'elle est faite par une plus large ouverture, qui opère en peu de temps une déplétion subite et amène un état de syncope. Nous avons eu, disent ces médecins, plusieurs fois l'occasion de vérifier l'avantage que l'on pouvait obtenir de cette espèce de défaillance, qui a fait cesser comme par enchantement des céphalalgies atroces, accompagnées de divers accidents qui tous pouvaient faire craindre l'invasion prochaine de l'arachnitis, si déjà elles n'en caractérisaient pas l'existence. [Recherches sur l'inflammation de l'arachnoïde. Paris, 1821, p. 112.)
Suivant M. le professeur Bouillaud, pour retirer, soit de la saignée, soit de l'application des sangsues, tout le succès qu'on a le droit d'en attendre, il ne faut pas en être avare. « Il arrive souvent, dit-il, qu'après une première évacuation sanguine, la maladie ne présente aucune amélioration
(1) Ce qui me fit porter un pronostic favorable, c'est que la figure de la malade avait perdu ce cachet d'hébétude et de niaise satisfaction si commun chez les paralysés généraux. Les muscles de la face avaient repris de la vie et du mouvement, la marche n'était plus lourde ni embarrassée, et tous les mouvements étaient réguliers et harmoniques. D'un autre côté, les lettres que la malade écrivait avaientaussi une signification symptomatique qui n'était pas sans valeur. Non-seulement les idées qu'elle exprimait étaient saines et lucides, mais on n'observait plus dans le tracé des lignes aucune irrégularité ni enchevêtrement et oubli de lettres ou de mots.
EMPLOI DE LA GLACE:. — INDICATIONS. — CO.N'filÉ-ÎXDlCATIONS. 831
sensible, tandis qu'une seconde, une troisième, une quatrième saignée est suivie d'un soulagement considérable. Il est égalemeut certain, dit-il, qu'une émission sanguine trop peu abondante ne fait souvent qu'augmenter le mal, tandis que, plus copieuse, elle eût opéré une détente considérable et une diminution soudaine des symptômes. » [Traité clinique et physiologique de l'encéphalite. Paris, 1815, p. 316.)
Réfrigération des téguments du eràue ; application de. glace sur
la tête. — « La réfrigération des téguments du crâne par des applications permanentes de glace ou d'eau froide sur la tête, dit encore M. le doc teur Calmeil, est presque constamment employée depuis longtemps, partout, dans le traitement des périencéphalites diffuses du mode aigu. Les réflexions qui ont été faites au sujet de l'efficacité ou de l'inefficacité des déplétions sanguines, suivant la place où l'on y a recours, pour combattre de pareilles phlegmasies, nous semblent parfaitement applicables à la médication réfrigérante, dont il vient d'être question. L'action des topiques réfrigérants nous a paru agir d'une manière favorable, tant que le travail inflammatoire n'était pas encore parvenu à la période de stase globulaire, que le nombre des capillaires congestionnés devait être passablement restreint ; il parait accélérer la dépression des forces, lorsque la surface d'un très grand nombre de conduits vasculaires est ou humectée ou couverte par une couche plus ou moins abondante de blastème d'extravasation.
» Suivant l'assertion de MM. Martinet et Parent, le froid est un moyen dont on peut retirer les plus grands avantages : son action est presque toujours constante et pour ainsi dire instantanée; elle est agréable à la plupart des sujets ; elle leur rend la connaissance, elle les soulage, et fait disparaître momentanément l'assoupissement, en même temps qu'elle calme la céphalalgie; elle diminue encore sensiblement la rougeur et la chaleur du visage et tous les symptômes de congestion. C'est alors qu'on voit les malades revenir à eux-mêmes, et rendre compte de ce qu'ils éprouvent; mais si l'on discontinue l'application du froid, ils retombent dans leur premier état. M. Senn estime qu'on peut tirer de bons effets des topiques réfrigérants dans le traitement des méningites aiguës, pourvu qu'on y ait recours tout de suite après les premières saignées, et si l'on favorise leur action par l'application des révulsifs sur les extrémités inférieures ; mais il répugne à l'application de la glace sur le crâne, et donne le conseil de lui préférer les applications d'eau froide, dont on maintient la température à quatre ou cinq degrés au-dessus de zéro, en commençant par des applications d'eau à quinze degrés et même à vingt.
» M. Gendrin croit qu'on abuse souventde l'emploi continué des toni
8j2 effets physiologiques et thérapeutiques du flioid.
ques réfrigéra nts dans les phlegmasies de l'encéphale. Il est convaincu, par tous les faits qu'il a été à même d'observer, qu'il n'est guère de moyens plus dangereux et plus difficiles à mettre en usage que le froid appliqué localement dans ce genre d'affections. D'après ses remarques, l'action de la glace sur la tête produit immédiatement un sentiment de froid qui soulage d'abord les malades en faisant cesser la douleur ardente qu'ils ressentent à la tête, mais ce soulagement est ordinairement de peu de durée. ïl ne tarde pas à être suivi d'un sentiment d'engourdissement et de froid dans la tête, qui est quelquefois porté au point que les malades demandent à grands cris que la glace leur soit ôtée. Dès que ce sentiment d'engourdissement sur la tête commence à se faire sentir, le pouls diminue de fréquence et de force, ej la température, non pas de la tète seulement, mais de toute la peau du corps, s'abaisse. Si l'on insiste sur l'application de la glace, le malade ne tarde pas à devenir insensible à la douleur qu'il ressentait à la tête ; il tombe dans un véritable état de collapsus, dans lequel le pouls est serré, petit et ordinairement très fréquent ; la respiration devient lente et anxieuse, les lèvres se décolorent, les mouvements des membres sont faibles et -lents. Le topique alors produit un effet ordinairement fâcheux et souvent funeste. La réaction ne peut s'obtenir qu'avec une très grande difficulté, et à force de frictions, de topiques stimulants portés sur les extrémités.
» M. Gendrin ne condamne pas cependant d'une manière absolue l'application du froid sur la tête, mais il estime qu'il y a toujours de l'avantage à ne la maintenir que peu de temps, et à laisser ensuite la réaction s'opérer facilement et lentement, sauf à revenir à une nouvelle application, lorsque les accidents cérébraux tendront à revenir à leur intensité première. Il croit, comme la plupart des autres praticiens, que l'application de la glace sur le crâne est surtout indiquée dans la première période phlegmasique , lorsque la maladie débute avec véhémence, en s' accompagnant d'un mouvement fiuxionnaire intense vers la tète. On est parfaitement fondé à affirmer que le froid local ne réussit pas à tous les malades dans les affections aiguës et diffuses des méninges et du cerveau; plusieurs médecins militaires ont été conduits à renoncer à son emploi dans certains cas de méningite épidémique grave. Nous croyons néanmoins qu'on se priverait d'un agent thérapeutique important, en répudiant complètement l'emploi du froid dans les phlegmasies des centres nerveux intracràniens.
» L'application momentanée et convenablement renouvelée du froid sur toute la périphérie du corps compte des partisans sinon nombreux, au moins très contiants dans le traitement des inflammations cérébro-
EFFETS PHYSIOLOGIQUES Eï TUÉHAPEoTlQ'JËS DU FROID. 833
méningées du mode aigu. C'est surtout en répondant dans un intervalle de six à sept minutes depuis quinze jusqu'à vingt seaux d'eau sur la tête des malades et sur toute la surface de leurs téguments, qu'on a coutume d'opérer, lorsqu'on désire produire un abaissement prompt dans la température générale. L'eau dont on se sert en pareil cas doit être versée d'une manière rapide, sous forme de nappe et maintenue à 15 ou 16 degrés centigrades. Dès que l'affusion est administrée, les malades qu'on avait soumis à son action sont essuyés avec des linges chauds, et replacés dans leur lit. Lorsque l'affusion a semblé suivie d'un effet favorable, on peut y revenir une seconde fois avant la lin de la journée, ou le lendemain d'une première application; mais on ne se décide à agir de la sorte qu'autant que l'effet réactif qui suit ordinairement l'emploi du bain d'affusion n'a été ni trop faible ni trop violent.
» Dans les hôpitaux où l'on possède un certain nombre de baignoires munies de couvercles métalliques percés à jour, et où l'on peut déposer d'avance à côté de chaque baignoire une certaine quantité d'eau froide, l'administration des bains d'affusion peut être accomplie sans difficulté. Il n'en est pas toujours ainsi dans la pratique ordinaire, où l'on ne dispose pas toujours des ustensiles nécessaires au succès d'une pareille opération ; il ne faut donc pas s'étonner si l'emploi des bains d'affusion a été moins souvent tenté en ville que l'application du froid sur la tète, et si la valeur du traitement paroles affusions demande encore à être expérimentée.
» Nous avons souvent recours à l'emploi des bains d'affusion dans les périencéphalites aiguës à formes insidieuses. Ils sont en général bien supportés par le plus grand nombre des malades ; il est rare qu'ils soient suivis d'une débilitation sensible ; nous inclinons à croire qu'ils exercent une influence favorable sur les conditions de l'innervation et de la calorification, mais nous confessons que nous ne sommes rien moins que fixé sur leur mode d'action, attendu que nous ne les avons jamais prescrits qu'après l'emploi des émissions sanguines et de différents autres moyens de traitement considérés comme énergiques.
» Les affusions ne peuvent être que difficilement appliquées lorsqu'on a affaire à des malades violents, à des malades plongés dans le coma, en proie à des convulsions, à des sujets roidis par le tétanos; elles ne peuvent pas convenir à certains enfants, auxquels elles causent le plus grand effroi ; elles ne peuvent pas convenir aux sujets qui souffrent beaucoup de la tête et auxquels les moindres secousses arrachent des cris de douleur; elles pourraient devenir funestes aux individus qui sont affectés de phlegmasies des plèvres, du poumon ou des articulations ,
83i EMPLOI 13U FROID. — UA1NS D'iMMEllSlON DANS LARACHNITIS.
mais les cas que nous venons d enumérer ne se rencontrent que de temps en temps, et peut-être pourra-t-on tirer un parti avantageux des affusions dans un certain nombre d'autres cas, lorsque la périencéphalitc affectera d'autres formes.
»Nous ne croyons pas nous tromper en émettant l'opinion que le bain d'immersion, qui est partout d'une administration facile, exerce à peu près le même mode d'action sur les téguments, sur la sensibilité et sur la calorification que le bain d'affusion. Il suffit, pour administrer convenablement le bain d'immersion, de soulever un malade sur un drap tendu et de plonger ce drap avec l'individu auquel il sert de support cinq ou sixfois de suite dans une baignoire à moitié remplie d'eau fraicbe. Dès que ce malade a été essuyé, réchauffé et replacé dans son lit, les effets favorables, s'ils doivent se produire, ne tardent pas à se rendre appréciables. Nous prescrivons parfois l'immersion pour combattre l'anesthésie et la torpeur morale.
» Parmi les écrivains qui accordent une grande confiance au bain d'allusion générale dans le traitement de l'arachnitis aiguë, on doit surtout citer Martinet et Parent, qui avaient longtemps suivi la pratique de Récamier à l'IIôtel-Dieu de Paris. M. Gendrin a produit, de son côté, quelques faits qui semblent parler en faveur du mode d'action des affusions froides dans quelques-uns des cas où l'inflammation s'est emparée de la périphérie du cerveau, et l'on pourrait rassembler plusieurs autres faits analogues. Mais Senn s'élève avec force contre l'emploi des affusions dans les phlegmasies méningées de l'enfance, et M. Charpentier assure qu'il a pu constater par lui-même les mauvais effets des allusions générales chez les jeunes sujets.
» Le bain rendu émollient par l'addition d'une certaine quantité de son ou de mucilage, administré tiède et convenablement répété, n'est pas prescrit aussi souvent qu'il devrait l'être, surtout dans certaines formes insidieuses ou phrénétiques de la périencéphalite aiguë. En général, l'emploi de ce moyen contribue à diminuer vite l'intensité de la chaleur cutanée, de la rougeur de la face, sur laquelle on a soin de pratiquer des lotions d'eau froide répétées pendant toute la durée du bain ; presque toujours aussi il calme la pétulance des mouvements et la violence de l'exaltation. On est sans doute contraint de renoncer à l'emploi du bain lorsqu'on a affaire à des malades plongés dans le coma, à des sujets qui seraient incapables de se tenir convenablement dans les baignoires ; mais lorsque l'administration du bain n'est pas rendue impossible par des circonstances exceptionnelles, on est fondé à en attendre des résultats avantageux, soit au début, soit pendant les paroxysmes, soit peu-
DUA&TKJUES. — EXUl'fyijp, — YÉSICATOlUES. — M0XA. 835
dant la convalescence de beaucoup d'affections délirantes. »(Calmeil, ottvr. cit., t. II, p. 690 et suiv.)
C'est également dans la période aiguë des affections encéphaliques que quelques médecins, en Angleterre surtout, accordent une grande confiance aux purgatifs, aux drastiques en particulier. « Dans toutes les formes de la maladie, dit Abercrombie, les purgatifs actifs semblent être les remèdes dont on retire les résultats les plus satisfaisants. Quoiqu'il ne faille jamais négliger de recourir à la saignée dans les premières périodes de la maladie, mon expérience m'a prouvé qu'un plus grand nombre de succès ont été obtenus, dans les affections cérébrales de l'apparence la plus alarmante, par l'usage des purgatifs très violents que par tout autre moyen de traitement. »
Les vésicatoires, les exutoires (sétons, cautères, moxas) ont été conseillés, soit dans les affections aiguës, soit surtout dans les affections chroniques de l'encéphale. Beaucoup de médecins, M. Guersant entre autres, traitent les méningites, chez les enfants surtout, par l'emploi des vésicatoires sur la tète. Malgré les insuccès de ces moyens dans les périodes chroniques, je me suis cependant bien trouvé des exutoires à la nuque chez les individus qui avaient des raptus congestionnaires périodiques à la tète, ainsi que chez les malades avec prédominance d'état de dépression mélancolique et de stupidité. J'ai renoncé depuis longtemps à la cautérisation de la nuque par l'application d'un disque de fer rougi. Les succès qui ont été publiés, par suite de ce traitement, dans l'encéphalite chronique, ne se sont malheureusement pas confirmés, et l'on ajoute une souffrance de plus à celles qu'éprouve le malade.
Je me suis déjà étendu sur les contre-indications de l'opium dans les cas d'exacerbation maniaque avec symptômes de congestion à la tète. Toutefois il existe dans les cas de périencéphalite chronique diffuse des états d'exacerbation qui sont, ainsi que nous l'avons vu, communes chez les individus affaiblis, anémiques ; je ne redoute pas alors d'employer les opiacés, et j'ai à me louer aussi des médicaments ditfusibles, tels que l'éther dans les états spasmodiques sans congestion, et l'acétate d'ammoniaque (esprit de Mindererus), à la dose de 2 ou 3 grammes dans une potion (1). Ce médicament est d'autant mieux indiqué, que beaucoup d'états encéphaliques sont dus à des excès alcooliques, et que le résultat de ces excès est souvent une irritabilité très grande, alors môme que les malades sont depuis longtemps soustraits à l'influence pernicieuse de l'alcool.
(L) Voyez, sur ce sujet, un excellent travail de M. le docteur Carrière, dans les Annales médico-psychologiques, t. Vit, p. 205 : Considérations sur l'action thérapeutique de l'acétate d'ammoniaque.
836 OPIACÉS. — MÉDICATION DIFÏX'SIBLE.— PROSOSftu.
Je sais par ma propre expérience combien il est difficile de guérir radicalement l'état des malades dans la période confirmée d'encéphalite chronique diffuse avec altération delà substance corticale. Mais quand je n'aurais fait que fixer l'attention sur l'efficacité du traitement prophylactique et hygiénique, je m'estimerais encore très heureux. Les conseils que les médecins spécialistes peuvent donner sous ce rapport à leurs confrères sont d'autant plus précieux, que l'expérience de tous les jours leur apprend à quel point l'hérédité joue un rôle considérable dans la pathogénie de ces affections. Nous constatons que beaucoup de nos malades atteints d'affections cérébrales idiopathiques comptent dans leur ascendance des parents hypochondriaques, épileptiques, hystériques, ou ayant succombé à des attaques congestives ou apoplectiques du cerveau.
Enfin, quoique les résultats que l'on obtient soient loin d'être toujours favorables, je dirai avec M. Calmeil, juge si compétent dans le traitement de ces affections, « qu'on a obtenu un succès d'une importance réelle, lorsque par hasard on voit cesser d'une manière complète, une fois sur cent, les premiers symptômes d'une périencéphalite chronique confirmée. On ne laisse pas non plus de s'estimer heureux du succès qu'on a réalisé lorsque, dans d'autres cas, les conceptions délirantes qu'on avait à combattre cessentde se reproduire, que les malades qu'on avait à soigner se rattachent à leurs anciennes habitudes de raison, qu'ils sont redevenus assez dociles pour se laisser diriger, pour observer une certaine tenue dans leur langage et dans leurs actions. Mais on n'est pas autorisé à considérer la plupart de ceux chez lesquels les anciennes manifestations maladives ont en partie cessé d'exister comme entièrement débarrassés de leur phlegmasie. Presque toujours leur intelligence continue à pécher par quelque côté ; ils conservent d'habitude, clans leurs mouvements, un reste de gaucherie de mauvais augure, et le plus souvent après six, dix, quinze mois de mieux relatif, ils finissent par subir des recrudescences inflammatoires irrémédiables.
» On ne saurait néammoins attacher trop de prix aux améliorations relatives dont il vient d'être question . Elles sont importantes à ce point de vue, qu'on a à se féliciter d'avoir procuré à un certain nombre de sujets quelques années d'existence et de demi-raison , sur lesquelles ils n'auraient pas dû compter, si l'assistance de la médecine leur eût fait défaut. Elles sont consolantes sous cet autre rapport, qu'elles permettent d'espérer qu'on pourra parvenir quelque jour à faire disparaître, au moins sur quelques paralytiques, jusqu'aux dernières traces de l'inflammation chronique diffuse. » (Calmeil, t. II, p. 715.) (I).
(1) La naturj vient aussi en aide à ces malheureux malades par des crises salutaires.
SECONDE PAPxTIE.