‹ Traité des maladies mentaleChapitre 51 sur 500 · TH. WILLIS. — SES THÉORIES ET SON TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TH. WILLIS. — SES THÉORIES ET SON TRAITEMENT

accidents cérébraux ; on peut saigner au bras, à la jugulaire, au pied, ouvrir la temporale, appliquer des sangsues à l'anus. On peut revenir plusieurs l'ois, si les forces le permettent, à une évacuation sanguine. Les émétiques doivent être administrés à des doses considérables; les substances minérales, le tartre stibié, par exemple, méritent la préférence sur les autres médicaments de ce genre (1).

« Il est à remarquer, dit le savant médecin de Cbarenton, que Willis ne conseille point l'emploi du bain ou des applications réfrigérantes dans le traitement de la manie. Cette omission a du influer longtemps et d'une manière fâcheuse sur la pratique du commun des médecins. Ne peut-on pas supposer encore que l'importance qu'il attache à la fréquence et à l'abondance des saignées a dû contribuer à accréditer l'opinion qu'on ne pouvait jamais soustraire assez de sang aux furieux, et que les médecins auxquels Pinel a adressé le reproche de produire de fréquentes démences en saignant les maniaques à outrance se laissaient influencer en agissant de la sorte par l'autorité de Willis? Cette supposition me parait tout à fait fondée, dit M. Calmeil. Willis prétend aussi qu'on doit chercher à maintenir les maniaques dans les limites des convenances et du devoir, et à réprimer le tumulte de leurs actes en agissant sur leur âme par voie d'intimidation, en les entourant de gardiens dont l'aspect suffise pour les jeter dans la terreur ; qu'on ne doit épargner pour atteindre ce but, ni les menaces, ni les chaînes, ni les coups, attendu que les souffrances et les tortures agissent plus efficacement pour réprimer l'élan de la fureur que les substances médicamenteuses. On n'ignore pas qu'un personnage couronné ne pardonna jamais à Willis de l'avoir fait frapper par ses serviteurs, au fort de ses accès de manie (2). »

Nous sommes loin, on le voit, de l'époque des grands maîtres de l'antiquité, Caelius Aurelianus, Arétée, et des autres dont nous avons vanté les recommandations si sages et si humaines. Si les connaissances des médecins des xvr, xvue et xvme siècles sont plus étendues, nous ne voyons pas la douceur et les soins de l'hygiène la plus vulgaire faire partie du traitement moral et physique des aliénés. La crainte et l'intimidation sont au contraire à l'ordre du jour ; les violences les plus brutales s'exercent, non-seulement à l'égard de ces malheureux dans les prisons et les cachots

(1) Nous sommes loin de condamner d'une manière absolue la saignée, ce que nous aurons à en dire dans la partie de la thérapeutique générale en sera la preuve. Tout en reconnaissant l'abus qui a été fait de la saignée, nous pensons que les médecins modernes sont peut-être portés à trop négliger cette indication thérapeutique.

(2) Calmeil, ouvr. cit., 1. 1, p. 405. — Thomas Willis naquit en 1621, dans le comté de Wilt, et mourut à Londres, en 1G75,

Page 1