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QUE FAUT-IL ENTENDRE PAR ÉPIDÉMIES INTELLECTUELLES

humides et infects où ils sont renfermés, mais nos hospices ne sont pas même un refuge pour la pitié et la commisération qu'excite partout aujourd'hui une pareille infortune. Les réformes opérées en France par Pinel attestent la vérité de nos assertions, et cependant, comme je le disais, la science médicale s'enrichissait tous le jours de faits nouveaux. Une branche nouvelle, l'anatomie pathologique, A'enait, sous le nom si justement célèbre de Théophile Bonet (1), réclamer sa place légitime au foyer de la science de l'homme. Le fameux répertoire intitulé : Sepulcretum, seu anatomica practica, inaugurait, malgré les emprunts faits à Fernel, Baillou, Sennert, Plater, une ère de progrès qu'il est impossible de contester. A la publication de ces recherches se rattachaient des espérances dont il serait souverainement injuste de ne pas tenir compte aujourd'hui, quoique les nombreux et importants travaux des anatomo-pathologistes modernes soient bien loin encore de soulever le voile qui recouvre la pathogénie des affections nerveuses.

§ III. — Récapitulation des faits concernant les épidémies intellectuelles des siècles passés. Interprétation des phénomènes morbides du système nerveux. Transition à l'époque moderne.

11 est trois ordres de faits qui se tiennent d'une manière indissoluble dans l'histoire de la médecine, ce sont les doctrines médicales, les affections épidémiques, et l'influence des doctrines sur le traitement des maladies.

Mais par la raison que ces trois ordres de faits ont entre eux des relations intimes, il est difficile de les examiner séparément sans tenir compte de l'action réciproque qu'ils exercent les uns sur les autres.

L'histoire des doctrines médicales en aliénation dont nous avons donné un aperçu est la preuve de ce que nous avançons. En effet, il nous a été impossible de suivre l'évolution historique de ces doctrines sans mentionner l'état général des esprits, toujours plus ou moins influencés à l'époque dont nous parlons par les croyances religieuses dans certains cas, par les erreurs et les préjugés dans d'autres circonstances, enfin par les épidémies et les autres grandes catastrophes qui souvent alors affligèrent l'humanité.

L'apparition de ces fléaux né se lie que trop souvent à la production de la terreur et de la misère, aux préoccupations du présent et aux craintes de l'avenir, ainsi que cela se voyait si fréquemment dans le moyen âge. C'est un fait, dit M. de Ballanche, que les grandes catastrophes du globe laissent d'ineffaçables empreintes dans l'esprit des peuples; que les épouvantes produites par les tremblements de terre, les inondations, les vol-

(1) Bonet naquit à Genève, en 1620, et mourut en 1699.

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