‹ Traité des maladies mentaleChapitre 53 sur 500 · INTERPRÉTATION ERRONÉE DES FAITS MALADIES · texte numérisé non relu

INTERPRÉTATION ERRONÉE DES FAITS MALADIES

cans, les fléaux de tous genres, les guerres sans pitié, les exterminations,

ne sont pas également supportés par ceux qui en sont les victimes

L'horripilation qui saisit les hommes dans les jours d'angoisse, clans les temps de crise, et qui les rend comme insensés, enivre pour longtemps les imaginations.

Ces causes d'une nature si terrifiante et en même temps si oppressive révélaient fréquemment et périodiquement leur action dans les siècles passés, non pas seulement d'une manière isolée, mais d'une manière pour ainsi dire collective. C'est ce qui nous porte à donner le nom d'épidémies intellectuelles à certaines perturbations étranges du système nerveux dont les auteurs nous ont laissé la description, et où nous voyons figurer les lésions du mouvement et de la sensibilité, ainsi que les propulsions à des actes entachés de déraison ou de folie. . . .

Ces anomalies dans les fonctions du système nerveux sont-elles propres à une époque plutôt qu'à telle autre? En d'autres termes, par la raison qu'elles se sont produites dans des siècles dits d'ignorance, et sous l'influence de causes qui ne sévissent plus avec la même activité, doiventelles être effacées à tout jamais du cadre nosologique des affections nerveuses? Nous ne le pensons pas.

Les phénomènes anormaux que l'on observe dans les épidémies intellectuelles tiennent, non-seulement à un ordre de causes qui agissent de la même manière toutes les fois qu'elles sont mises en action, mais ils dépendent encore d'un ordre de faits qui se rattachent à la vie intime du système nerveux.

La propagation de certains de ces'phénomènes par voie imitative est un de ces faits intimes que nous voyons se produire dans toutes les épidémies d'affections convulsives telles que le tarentisme (chorée, danse de Saint- Guy), l'hystérie, l'épilepsie et d'autres névroses.

Tout se lie, s'enchaîne et se commande dans l'évolution pathologique des lésions propres au système nerveux. L'histoire des temps passés éclaire sous ce rapport celle des temps présents, et il n'est pas d'épidémie intellectuelle ancienne dont on ne puisse aujourd'hui retrouver les types individuels sous une forme isolée ou sporadique. Bien mieux, en examinant ce qui se passe encore d'anormal dans certains pays et dans l'épanouissement le plus complet de notre civilisation, il nous est facile de reconstituer l'histoire névropathique des temps anciens. Mais avant de citer quelques faits qui nous prouvent jusqu'à quel point l'histoire actuelle de la pathogénie des troubles du système nerveux se rattache à son passé, il est bon de nous entendre sur la valeur du mot épidémie intellectuelle.

Lorsque nous appliquons le mot épidémie à ces perturbations étranges

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du système nerveux qui atteignent des fractions plus ou moins considérables du corps social, nous ne voulons pas conclure de là à l'existence de la folie chez tous les individus victimes d'un état de surexcitation temporaire ou chronique. Nous constatons seulement un fait qui dans la plupart des cas déjoue les prévisions de la sagesse la plus ordinaire, et suscite dans la partie saine de la société des appréciations et des jugements contraires en tous points à la manière dont ces faits devraient être interprétés.

Or, c'est précisément ce qui arriva, à très peu d'exceptions près, dans le cours du moyen âge et pendant les xv% xvf et xviic siècles, ainsi que nous l'avons constaté. Il était alors impossible de regarder comme reflet d'une maladie tous les actes prétendus d'anthropophagie imputés dans le xvc siècle aux aliénés du pays de Vaud et de la haute Allemagne. Les affections hystéropathiques et convulsives, les hallucinations sensoriales, ne se dégageaient pas avec assez d'évidence de l'état mental d'une foule de lycanthropes, d'hypochondriaques et de jeunes tilles vouées à la vie contemplative pour faire échapper ces malades ou ces hallucinés au crime de la démonolàtrie et de la sorcellerie. Et alors même que l'élément religieux n'intervenait pas dans la question , on interprétait d'une manière fausse tout ce qui avait trait à la pathologie des affections nerveuses. La choréomanie épidémique des xme et xivc siècles, et le tarentisme de la Pouille, qui n'était qu'une variété de cette singulière affection convulsive, en sont des exemples.

Le vampirisme, cette singulière maladie, entretenue surtout par les hallucinations de la vue et du toucher, survenues le plus souvent pendant le sommeil, et susceptibles d'affecter un certain nombre de sujets appartenant à la même famille ou à la même contrée ; le vampirisme, dis-je, était pareillement attribué à une tout autre cause que celle dont il provenait en réalité.

« L'idée que les vivants étaient exposés à être molestés par les morts était accréditée parmi les populations de la Pologne, de la Hongrie et de la Moravie, comme les idées relatives au sabbat étaient inculquées dans les imaginations méridionales ; et à tout bout de champ les illusions de la sensibilité semblent prouver aux populations hyperboréennes la possibilité des revenants, comme elles avaient semblé confirmer parmi nous l'existence de la sorcellerie. La démonopathie a été cause que des milliers de sujets ont expiré dans les plus affreux tourments. La spectropathie a été cause que la tombe des morts a été mille fois profanée (1). »

D'un autre côté, on n'appréciait pas davantage à sa juste valeur l'in-

(I) Calmeil, omît, cit., t. II, p. 121.

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