‹ Traité des maladies mentaleChapitre 54 sur 500 · INTERPRÉTATION ERRONÉE DES FAITS MALADIES · texte numérisé non relu

INTERPRÉTATION ERRONÉE DES FAITS MALADIES

fluence de certaines causes naturelles, comme l'invasion des grandes épidémies, les famines, l'usage d'une nourriture altérée. On ignorait à quel point ces éléments agissent d'une manière dépressive sur le tempérament des individus, et quels troubles ils apportent dans la manifestation des fonctions nerveuses. Comment donc s'étonner si certaines formes de maladies mentales, y compris le suicide, régnaient souvent d'une façon endémique et avec une intensité d'autant plus grande que l'imagination des peuples était merveilleusement disposée à rapporter tous ces phénomènes à des influences surnaturelles.

Toutefois, malgré les progrès de nos connaissances, nous avons émis l'idée qu'il n'est pas d'épidémie intellectuelle ancienne dont on ne puisse retrouver aujourd'hui quelque trace dans des manifestations névropathiques isolées ou sporadiques. Cela est parfaitement vrai : mais quelle différence dans les conséquences générales que les phénomènes nerveux observés de nos jours peuvent entraîner à leur suite ! Les faits épidémiques que l'on peut encore rencontrer se circonscrivent dans des foyers déterminés. Les interprétations erronées qu'une foule de personnes seraient tentées de leur donner sont bien vite rectifiées par les progrès de la science et par la maturité de la raison générale. Il y a donc bien moins de danger que ces états se répandent et se propagent par l'imitation.

Nous observons journellement des affections hystériques, hypochondriaques, convulsives, sous leurs formes les plus variées, et nous savons faire la part de ce qui est folie proprement dite ou entraînement du système nerveux. Il nous est facile enfin de rapporter les effets les plus extraordinaires à leurs véritables causes, -et la fourberie a bien peu de chances aujourd'hui de bénéficier sur l'esprit d'erreur, de superstition et de mensonge, moins encore d'entraîner l'humanité dans les excès qui ont fait tant de victimes au moyen âge.

Sans doute, nous aurons plus d'une occasion de relier par leur communauté d'origine les faits actuels aux faits passés, mais ce sera pour nous un nouveau témoignage de la solidarité qui, à toutes les époques de l'humanité, rattache entre eux les phénomènes pathologiques propres au système nerveux. Il sera plus facile aussi de comprendre la manifestation de ces phénomènes , et d'asseoir le diagnostic et le traitement des maladies mentales sur une base plus sûre et plus solide.

Les doctrines médicales dont j'ai fait l'exposé nous serviront de transition naturelle aux opinions qui ont cours dans les temps modernes. Il était bien légitime de rendre à nos devanciers la justice qu'ils méritent, et de faire ressortir en quoi leurs travaux ont préparé l'avènement de l'époque actuelle.

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