MÉTHODE A SUIVRE DANS L'ÉTUDE DE LA FOLIE
pas moins vrai de dire que la connaissance de tous les éléments qui de près ou de loin concourent à créer la maladie, est la meilleure initiation à l'étude de la pathogénie. Citons quelques exemples propres à faire ressortir combien il est important d'interpréter dans leur véritable esprit les causes des maladies mentales.
Si nous consultons les statistiques, nous voyons figurer l'ivrognerie parmi les causes physiques de l'aliénation. Sans doute, si l'on ne fait attention qu'au mode d'après lequel opère une substance ébriante, on pourra ranger les excès d'alcool parmi les intoxications ; la folie sera alors le produit d'une cause physique : mais si l'on fait observer que l'ivrognerie est un phénomène complexe, et que les uns s'enivrent par l'eifet de l'habitude et les autres pour s'étourdir sur un chagrin violent ; que dans diverses circonstances il existe chez les individus accusés d'ivrognerie une véritable tendance maladive due à quelque affection cérébrale préexistante, à quelque influence héréditaire de mauvaise nature, on verra immédiatement que l'étiologie ne nous éclaire qu'à la condition de nous mettre sur la voie des éléments pathogéniques de la maladie.
Parmi ces éléments, les plus importants à étudier sont la disposition des individus à contracter telle maladie plutôt que telle autre, et ceci , comme le fait très bien remarquer M. le docteur Grisinger, ne s'applique pas seulement à la pathologie mentale, mais à la médecine en général. Par exemple, on sait que le tétanos peut être la conséquence d'une blessure ou d'une déchirure de nos tissus, et il s'en faut que toutes les personnes qui ont été exposées à des accidents de ce genre contractent cette terrible maladie. Les affections vermineuses de beaucoup d'enfants sont loin d'engendrer chez tous les convulsions du jeune âge. La grossesse, la lactation , les suites de couches sont pour un certain nombre de femmes des causes évidentes de troubles de la raison , mais combien d'autres ne supportent-elles pas heureusement ces épreuves? Une quantité d'individus s'exposent volontairement à toutes les causes que nous savons avoir une intluence incontestable sur la manifestation normale des facultés intellectuelles, et ils échappent néanmoins à l'aliénation. Ne voit-on pas pareillement, dans les temps d'épidémies, des personnes affronter tous les dangers du fléau , et d'autres, malgré les plus minutieuses précautions, devenir les victimes du mal ?
Si l'on pense avoir expliqué tous ces faits en alléguant une certaine disposition du sijsteme nerveux, on n'a mis qu'un mot vide de sens à la place d'une chose inconnue ; mais si l'on est bien édifié sur la valeur des causes éloignées ou prochaines des maladies, l'esprit se rattache à un ensemble d'éléments pathogéniques dont la connaissance éclaire le diagnostic, jus-