‹ Traité des maladies mentaleChapitre 76 sur 500 · DÉPRAVATION DES MOEURS. — ÉDUCATION VICIEUSE · texte numérisé non relu

DÉPRAVATION DES MOEURS. — ÉDUCATION VICIEUSE

des idées spéculatives et des innovations dangereuses. La religion n'intervient que comme cérémonial dans les actes les plus solennels de la vie; elle n'apporte plus aux malheureux ses consolations et ses espérances. La morale religieuse ne guide plus la raison dans le sentier étroit et difficile de la vie. Le froid égoïsme a desséché toutes les sources du sentiment ; il n'y a plus d'affections domestiques, ni de respect, ni d'amour, ni d'autorité... Chacun vit pour soi ; personne ne forme plus de ces sages combinaisons qui lient à la génération future la génération présente. »

Tout en faisant la part des nombreuses exceptions que comporte une appréciation aussi succincte de l'état général des esprits, on ne saurait nier que les influences désorganisatrices qui agissent d'une manière progressive et continue sur l'intelligence et les sentiments d'un peuple ne soient de nature à amener les résultats les plus désastreux. D'ailleurs, le plus ou moins d'efficacité de ces causes dépendra du plus ou moins de dépravation existant dans les diverses couches sociales. La dissolution dans les mœurs, si on l'examine au triple point de vue de ses conséquences hygiéniques, intellectuelles et morales, en d'autres termes, en ce qui touche aux intérêts les plus immédiats du corps, de l'esprit et du cœur, me fera émettre dans le cours de cet ouvrage des réflexions que je livre d'avance et sans arrière-pensée au jugement des hommes impartiaux, des vrais amis de l'humanité.

Je ne crains pas que les idées que j'aurai à émettre m'exposent à l'accusation de dénigrer mon époque et de ne pas rendre un hommage assez complet au siècle des lumières; mais, si j'avais besoin d'une justification, j'en appellerais aux opinions que j'ai exposées dans mon Traité des dégénérescences . Je ne suis mû par aucune idée systématique hostile, et l'on peut voir déjà, par ce qui précède, que je me suis fait le champion le plus décidé de l'influence régénératrice exercée par la civilisation. Toutefois on ne saurait nier qu'au sein de cette civilisation, dont nous avons le droit d'être fiers, la dissolution dans les mœurs ne constitue des causes actives de dégénérescence intellectuelle, physique et morale, et que des fractions plus ou moins considérables du corps social ne soient exposées à contracter des affections dont le germe fatal se transmet aux générations à venir, et développe chez celles-ci des types d'une dégradation progressive.

Ainsi considérée, l'aliénation mentale prend, on le voit, des proportions énormes. Les recherches qu'elle provoque n'atteignent plus seulement l'étude de ces délires systématiques désignés sous le nom de folie, et que les personnes étrangères à la science reconnaissent à la bizarrerie des idées et à l'excentricité des actes du plus grand nombre des aliénés; mais elles comprennent encore la connaissance de ces états

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