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INSTRUCTION DANS SES RAPPORTS AVEC LE SUICIDE

« En effet, les enfants apprennent dans les écoles primaires, la lecture, l écriture, l'orthographe, un peu de calcul, de géographie et d'histoire ; quelquefois un peu de musique, et puis c'est tout. Rarement, bien rarement s'occupe-t-on de former leur cœur à mesure qu'on développe leur esprit. De leurs devoirs et de leurs droits comme hommes et comme citoyens, il n'en est nullement question]; que des exemples pernicieux développent en eux des instincts mauvais, et pervertissent leurs caractères, on ne s'en inquiète guère ; c'est, dit-on, l'affaire de la religion et de l'éducation religieuse. Que sous l'influence d'une instruction aussi incomplète et d'une éducation vicieuse ou à peu près nulle, toute foi s'éteigne en eux ou prenne la forme de superstitions ridicules, que le jugement se fausse, que la raison s'égare, que le sentiment du bien et du juste languisse ou prenne une direction vicieuse , qu'importe ! la société ne s'est-elle pas acquittée envers eux, en leur donnant cette instruction première que nous avons indiquée plus haut (1)? »

Je ne nie pas la justesse de la plupart de ces observations, mais je ne pense pas que la société doive être exclusivement responsable de ce fait que l'instruction primaire donnée dans les écoles ne réponde pas sur tous les points aux besoins essentiels de la vie humaine, car en réalité cette instruction ne peut réaliser que ce qu'on lui demande. Il est un autre milieu dans lequel l'enfant se complète quant à son éducation morale et religieuse, et ce milieu est celui de la famille. Or, si je pouvais entrer ici dans tous les détails de cette vie de famille, chez les classes ouvrières surtout, si je reproduisais le tableau que j'ai donné dans mes Dégénérescences, on verrait quels funestes obstacles apportent à l'instruction intellectuelle et morale des enfants le travail trop précoce des fabriques, le manque d'un exemple qui les soutienne, les encourage et les moralise, la misère enfin avec ses compagnes inséparables, la promiscuité des sexes, l'onanisme, l'ivrognerie, etc. (2). Dans ces tristes conditions, les fruits d'une première éducation se perdent d'une manière irrémédiable ; la possibilité de développer les germes de l'instruction déposée dans l'intelligence des enfants s'évanouit complètement ; il ne leur reste qu'une funeste appétence pour les lectures qui achèvent de les corrompre, pour les spectacles où le sensualisme trouvera son aliment le plus naturel (3). C'est sous ce rap-

(1) Lisle, ouvr. cit., p. 8.

(2) Traité des dégénérescences, chap. vu, § 3, Des conditions intellectuelles, physiques et morales des ouvriers des fabriques dans leurs rapports avec les dégénérescences ; des causes dégénératrices chez les enfants, p. 644 à 664.

(3) Dans les statistiques si nombreuses que l'on a faites sur le plus ou moins de diffusion de l'instruction, je ne vois pas que l'on ait tenu compte de l'impossibilité où sont les

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