ÉTIOLOGIE , ETC. — INFLUENCE DE LA LITTÉRATURE
port que l'on peut foire son procès à une époque littéraire qui a poétisé des types maladifs, passionnés ou immoraux. Les exemples offerts aux masses dans ces cas ont agi avec assez de puissance sur les esprits pour entraîner un grand nombre d'individus dans le vertige de l'imitation.
On comprend qu'examinées à ce point de vue, les tendances littéraires d'une époque agissent comme causes prédisposantes non-seulement dans la classe ignorante de la société, mais plus particulièrement encore dans la classe instruite, et qu'il n'y a pas lieu de s'étonner si la fréquence des suicides est en raison directe de l'état de l'instruction. Ce que j'ai dit sous ce rapport dans mes Etudes cliniques me paraît être l'expression d'une vérité applicable à toutes les époques ; je demande au lecteur de citer mes propres paroles.
« Des types de souffrance tels queFaust, Manfred,ChildeHarold, Conrad, Lara, Werther, René, Oberman, d'après la réflexion d'un auteur de notre époque qui pour sa part a le plus contribué peut-être à poétiser des types maladifs (1), représentent des états intellectuels anormaux, des variétés de la douleur qui peuvent se traduire ainsi : Vertige de l'ambition intellectuelle, satiété par la débauche, dégoût de la vie sociale et besoin d'activité matérielle, tristesse du remords dans une âme qui a espéré trouver dans le crime le développement de sa force, rêverie dans l'impuissance, perpétuité du désir ébauché. Que de suicides n'a pas produits la personnification de Werther ! que de tendances mélancoliques la lecture d'Atala et de René n'a-t-elle pas enfantées! En admettant que l'étude de ces types ait son côté utile au point de vue de l'histoire, de la poésie et de la psychologie, il ne s'ensuit pas moins qu'une foule d'idées erronées qui ont alimenté l'esprit de la génération actuelle découlent de la personnification des caractères les plus faux, des passions les plus dangereuses, et dont l'idéal n'est souvent que le produit d'un cerveau malade. Ajoutons encore que dans cette espèce de croisade contre les idées vraies et les sentiments moraux, les arts, la musique et la scène dramatique ont prêté leur séduisant concours à la littérature. C'était, certes, plus qu'il n'en fallait pour faire dévier de leur véritable route des esprits prédisposés à contracter les maladies morales des héros que l'on présentait à leur admiration. Je n'en veux que le témoignage de l'auteur que j'ai cité, qui dit que le mal d'Oberman, ressenti jadis par un petit nombre d'organisations précoces,
enfants d'apprendre à lire ou à écrire, en raison de la faiblesse congénitale de leur cer veau. Une autre catégorie de ces enfants que je rattache aux dégénérés de l'espèce humaine apprennent à lire et à écrire, mais plus tard, sous l'influence du progrès de leur dégénérescence, ils oublient ce qu'ils ont appris, et cela d'une manière irrémédiable. (1) G. Sand.