‹ Traité des maladies mentaleChapitre 80 sur 500 · INFLUENCES CLIMATÉRIQUES , TELLUIUQUES ET HYGIÉNIQUES · texte numérisé non relu

INFLUENCES CLIMATÉRIQUES , TELLUIUQUES ET HYGIÉNIQUES

s'est répandu peu à peu depuis, et qu'au temps où nous sommes beaucoup peut-être en sont atteints, vu quon y remarque une multiplicité de maladies morales jusqu'alors inobservées et devenues contagieuses et mortelles (1 ) . »

Nous prenons acte de cette déclaration qui nous prouve que le cadre dans lequel on renfermait l'étude des maladies mentales demande à être élargi, et qu'il n'y a pas lieu de s'étonner si la nature de nos recherches nous engage à aborder les points les plus importants des grandes questions sociales qui sont agitées de nos jours et qui font la juste préoccupation de tous les hommes qui s'intéressent aux progrès de l'humanité.

§ VI. — Influences climatériques , telluriques et hygiéniques.

« La statistique, dit M. Guislain , constate une certaine influence des saisons sur le chiffre des admissions faites dans les établissements. On reçoit des malades à tous les mois de l'année, mais il est bien démontré que c'est au printemps et à l'entrée de l'été que les admissions sont le plus nombreuses.

» L'entrée de l'aliéné dans les établissements n'est pas, à proprement parler, ajoute ce savant praticien, le moment du développement de sa maladie ; celle-ci a le plus ordinairement sa période d'incubation ; bien souvent elle a duré un temps très long avant qu'on se résigne à faire entrer le malade dans un asile. Il en est de même des sorties. C'est ainsi que le plus grand nombre des départs a lieu à l'entrée de l'hiver, tandis que les guérisons se font déjà pressentir après les fortes chaleurs.... Évidemment il y a des rapports entre la chaleur atmosphérique et le trouble intellectuel.... Les vésanies périodiques se montrent particulièrement au printemps. ... La chaleur atmosphérique donne de l'agitation aux aliénés ; l'abaissement de la température les calme souvent. On ne rencontre cependant pas plus de cas d'aliénation dans les climats chauds que dans

les climats froids C'est une preuve que cet excitant porte plutôt sur la

prédisposition que sur la maladie elle-même (2). »

(1) Études cliniques, t. I, p. 302.

(2) Guislain, Leçons orales sur lesphrénopathies, t. II, p. 110. Le climat, nous ne cessons de le répéter, a une grande influence sur la production du suicide, témoin la fréquence de ce mal en Angleterre, causée, dit-on, par l'atmosphère surchargée d'humidité et de brouillards ; mais a-t-on réfléchi, ajoute ce grand observateur, que le suicide était inconnu dans la Grande-Bretagne, lorsque les Romains en faisaient la conquête, tandis qu'il était à cette époque fréquent en Italie? Les climats sont restés les mêmes, mais les mœurs, mais la civilisation, mais les idées ont changé ; et ce sont là les causes qui influent, puissamment sur la fréquence des maladies mentales. Les Hollandais ne vivent-ils pas sous un climat encore plus humide, aussi brumeux que celui d'Angleterre? Cependant le suicide est moins fréquent en Hollande qu'ailleurs. Le climat de Copenhague

9fl ÉTIOLOGIE , ETC. — INFLUENCE DE LA LUNE ET DES PLANETES.

On a énormément écrit sur les influences planétaires, sur celle de la lune surtout, mais nous demandons d'être dispensé d'entrer à ce propos dans des considérations particulières. Nous y verrions figurer les plus grands noms de la science sans qu'il nous soit possible, au milieu de tant d'opinions contradictoires, de nous arrêter avec certitude à un ensemble de laits parfaitement démontrés. Je ne nie pas les coïncidences établies par quelques auteurs entre l'explosion de certaines maladies nerveuses et les phases lunaires ; mais jusqu'à ce que l'observation ultérieure nous ait appris le rôle que joue la périodicité dans le retour de ces maladies, bien loin de voir des rapports essentiels entre telle affection et telle influence planétaire, nous n'y verrons qu'une simple coïncidence (1).

« L'influence de la lune et des planètes sur le développement des maladies a été pour les médecins, dit M. le professeur Cliomel, un fréquent sujet de discussion. Si ces astres n'ont aucune influence sur la température et l'humidité de l'air , ajoute cet auteur, il est très vraisemblable qu'ils n'en exercent aucune sur l'économie animale. Mais si, comme l'ont prétendu quelques physiciens, les tempêtes, la direction des vents étaient soumises aux phases lunaires, il serait possible que cet astre eût aussi une influence directe sur l'économie ; il serait démontré qu'il pourrait agir directement sur elle (2). »

Encore une fois, nous ne voulons pas nier d'une manière absolue les influences des agents météorologiques sur la santé physique et morale de l'homme, mais il nous serait difficile, dans l'état actuel de la science, de formuler d'une manière exacte les relations qu'il peut y avoir entre certaines névroses et les vents régnants, par exemple, et le plus ou moins d'électricité répandue dans l'atmosphère; et cependant ces influences existent. On sait que, sous l'empire du vent du midi qui passe sur les sables brûlants du désert, il résulte un anéantissement de toutes les facultés intellectuelles qui va parfois jusqu'à provoquer le suicide, et la statistique prouve que ce dernier phénomène est plus commun dans telle saison que dans telle autre. Le même fait se reproduit non-seulement

n'est pas changé, et cependant les morts volontaires y ont progressivement doublé depuis quarante ans... Je ne veux pas nier qu'un ciel nébuleux et sombre ne dispose aux idées tristes et mélancoliques, et ne puisse entrer pour quelque chose dans la production du suicide ; mais je pense, avec Esquirol, que l'autorité de Montesquieu en a imposé, et qu'on a répété son assertion sans y regarder assez.

(1) On peut, à ce sujet, consulter l'ouvrage de M. le docteur Foissac : De la météorologie dans ses rapports avec la science de l'homme, et principalement avec la médecine et l'hygiène publique. Paris, 1854. Voyez le chapitre xiv (t. Il), De l'influence des phases lunaires sur l'homme physique et l'homme moral.

(2) Chomcl, Éléments de pathologie générale, p. 56.

Page 1