LA CALENTURE (ENCÉPHALITE DES NAVIGATEURS
pour l'aliénation en général, mais pour beaucoup d'autres névroses et d'affections chroniques de l'organisme (1).
Cette influence est tellement incontestable, que dans des circonstances déterminées, elle n'agit plus seulement comme cause prédisposante générale, mais comme cause efficace dans la production de délires instantanés et souvent terribles dans leurs conséquences. Ceci ne peut être ignoré des médecins dont les études sur les perturbations du système nerveux ne doivent exclure la connaissance d'aucune des manifestations anormales dues à l'action du monde physique.
On sait que sous l'influence de la chaleur des tropiques, les marins sont soumis à une affection singulière appelée la calenture, et qui consiste dans le désir immodéré et même irrésistible de se jeter à la mer.
« Toutefois cet entraînement impérieux ne peut être donné, dit M. le docteur Falret , comme l'expression d'un penchant au suicide , mais comme le résultat des illusions et des hallucinations qu'éprouvent les malades. En effet, la mer leur apparaît comme une plaine semée de gazon et émaillée de fleurs; ils sont avides d'aller déployer leurs mouvements dans des campagnes fertiles, fraîches et arrosées, auxquelles leur imagination prête encore l'ombrage et les parfums des bosquets les plus délicieux.... Encore une fois, ajoute ce savant médecin, nous ne voyons dans ces phénomènes aucun indice de la volonté de se délivrer d'une existence importune, quoique, au rapport des observateurs, ces malades aient tous besoin de la surveillance la plus active. Ils sont infatigables à chercher l'occasion de s'élancer du bâtiment, comme il est très commun, du reste, de voir les frénétiques vouloir s'échapper de leur lit et se précipiter par les croisées. La résistance qu'on oppose aux uns et aux autres contribue à provoquer des vociférations, des menaces, des actes violents et quelquefois un délire furieux.... La calenture n'est autre chose que Yaracknite ou Y encéphalite des navigateurs, quoiqu'on ait signalé quelques cas exceptionnels de calenture sans fièvre (2), »
Les Américains et les Anglais désignent encore sous la dénomination the horrors, un phénomène nerveux dù probablement à la même cause, bien que le fait ait lieu dans la saison d'hiver, mais il s'agit de remarquer
(1) Quant à ce qui regarde l'état physiologique et moral des malades renfermés dans les asiles , nous savons par expérience que tout changement de temps amène généralement une recrudescence dans leur agitation. La lune peut aussi agir par la modification apportée à la lumière. On sait qu'une lumière trop éclatante est peu favorable à la sédation des phénomènes nerveux, car, encore une fois, la nullité des effets chimiques ou calorifiques de la lune a été parfaitement démontrée.
(2) Falret, Du délire. Paris, 1839, p. 21.