‹ Traité des maladies mentaleChapitre 83 sur 500 · INFLUENCES TELLURIQUES. — INTOXICATION MIASMATIQUE · texte numérisé non relu

INFLUENCES TELLURIQUES. — INTOXICATION MIASMATIQUE

facultés intellectuelles qui deviendrait impossible dans des circonstances atmosphériques déterminées, si celles-ci devaient se prolonger, mais la vie même des individus ne saurait durer dans de pareilles conditions.

Lorsque, au contraire, les causes permanentes ne sont pas de nature à briser violemment tous les liens de l'existence, le tempérament des individus finit par s'adapter au milieu dans lequel ils vivent, et les modifications que subit alors l'espèce humaine forment les caractères distinctifs des races.

influences telluriques. — Sans vouloir empiéter sur le domaine de l'anthropologie, nous devons faire ressortir combien il importe d'étudier les influences telluriques, si l'on veut se faire une idée de la différence des tempéraments individuels et des causes générales de dégradation intellectuelle, physique et morale de l'espèce humaine. J'aidù aborder ce sujet dans mon Traité des dégénérescences ; et après avoir fait le tableau des misères physiques et morales qui accablent les habitants des contrées où sévissent certaines influences telluriques, celles des miasmes marécageux, par exemple, il ne m'a pas été difficile de démontrer que les conditions dégénératrices variaient selon l'intensité des éléments intoxicants. « L'action de ceS éléments est aigué ou chronique. Dans le premier cas se développent ces états morbides qui , depuis la simple névrose connue sous le nom de fièvre intermittente, atteignent parfois les proportions formidables de ces fièvres qui sont le plus haut degré de l'intoxication miasmatique, et que l'on désigne sous les noms de peste, choléra, fièvre jaune, vomito, fièvre des jungles, etc., etc. Dans le deuxième cas, il arrive que les tempéraments finissent par s'adapter à un milieu intoxicant, et les individus obligés de vivre dans ce milieu délétère subissent, dans leur personne et dans celle de leurs descendants, des dégénérescences successives. L'existence du fébricitant acclimaté se continue dans certaines conditions qui ne représentent ni l'état de santé parfaite, ni le danger d'une mort imminente; il végète plutôt qu'il ne vit, et l'état dégénératif, qui est la conséquence d'une profonde altération des fonctions nerveuses, idéalise un type qui, résumant, tant au point de vue physique qu'au point de vue moral, les phénomènes pathologiques qui s'enchaînent et se commandent réciproquement, nous place vis-à-vis de conditions incurables.

» La cachexie et le rabougrissement des individus, les engorgements des principaux viscères, et surtout de la rate, la langueur et l'inertie de toutes les fonctions, l'aggravation des maladies ordinaires, les lésions complexes qui ne peuvent s'expliquer que par l'atonie et le peu de réaction du système nerveux, et finalement la durée moindre de l'existence, sont, au point de vue physique, les caractères dégénératifs des races palu-

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déennes. La torpeur de l'intelligence, l'apathie, une sorte d'hébétude qui, dans certaines circonstances, va jusqu'à l'idiotisme, et dans tous les cas jusqu'à l'indifférence la plus grande, révèlent le même élément dégénératif -dans la sphère des fonctions intellectuelles et affectives (1). »

Cette description générale est de nature à faire ressortir l'état de dégradation physique et morale qui, sous toutes les latitudes, frappe les populations soumises à l'action des causes dégénératrices. Je n'ai trouvé sous ce rapport aucune exception. Il n'existe pas, dans les conditions climatériques, d'immunité contre la folie, et c'est en vain que quelques auteurs ont voulu déduire de la fréquence moins grande de l'aliénation chez les différentes variétés de la race nègre, des conclusions opposées à cette loi générale. Dans son travail sur le climat et les maladies du Brésil par M. le docteur Sigaud, je remarque que l'hypochondrie et la mélancolie religieuse sont fréquentes dans les campagnes, et que l'idiotisme, le délire des ivrognes, la manie provenant de la suppression de la sueur, de diverses névralgies, du flux hémorrhoïdal , que tous ces états compliqués d'épilepsie et de tendance au suicide, sont les vésanies les plus fréquentes. Bien loin que les nègres y jouissent d'aucune immunité sous ce rapport , ils sont de plus sujets au suicide , et dans des proportions plus fortes peut-être que les Européens.

Mais, si l'étude des influences climatériques ne peut se séparer de celle des influences de l'ordre moral, il n'en est pas de même quand on ne s'occupe que des conditions telluriques; celles-ci sont fixes, invariables, et il n'y a que les circonstances déduites d'une bonne hygiène réparatrice qui peuvent, jusqu'à un certain point, contre-balancer les conséquences de l'intoxication due à la constitution géologique du sol. Qu'on lise dans Hippocrate ou dans les auteurs modernes les effets funestes des eaux dormantes et des marais, et l'on verra les mêmes résultats pathologiques se reproduire dans tous les climats et sous toutes les latitudes. « Les femmes, dans les contrées marécageuses, sont sujettes aux œdèmes et à la leucophlegmasie, dit le père de la médecine ; elles conçoivent difficilement, et leur accouchement est laborieux. Les nouveau-nés sont gros et boursouflés, mais pendant leur nourriture ils maigrissent et deviennent chétifs. .. Le flux qui suit les couches ne se fait pas d'une manière avantageuse ; les enfants sont atteints de hernies, les hommes le sont de varices et de plaies aux jambes : de sorte que la longévité est impossible avec de pareilles conditions; la vieillesse arrive avant le temps. » [Des airs, des eaux et des lieux.)

(1) Traite des dégénérescences, § 1, p. 621 : Tableau physique et moral des habitants des contrées marécageuses ; pathologie comparée.

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