‹ Traité des maladies mentaleChapitre 84 sur 500 · TERRAINS ALLUVIONNAIRES, SILICEUX, ARGILEUX, ETC · texte numérisé non relu

TERRAINS ALLUVIONNAIRES, SILICEUX, ARGILEUX, ETC

J'ai divisé en plusieurs catégories les sols dont l'étude est indispensable au médecin hygiéniste qui veut se rendre compte de l'influence exercée par ces terrains et par leurs produits sur la santé des habitants. Les sols alluvionnaires, sablonneux ou siliceux, argileux, marécageux et crétacés offrent dans leur formation respective des éléments qui agissent d'une manière fixe et invariable sur la constitution de tous les êtres organisés. C'est à l'étude de la constitution géologique du sol que se rattache la dégénérescence si connue sous le nom de crétinisme, et j'en parlerai d'une manière spéciale à propos des maladies produites par les agents intoxicants (1).

Les causes prédisposantes qui se déduisent de la nourriture insuffisante ou exclusive ne sont pas moins actives que les causes climatériques et telluriques. Ces ^trois ordres de causes générales sont même dans des relations si intimes, que l'on ne peut les séparer les unes des autres.. Te ne pourrais, sans me répéter, entrer dans tous les détails que comporte ce vaste sujet. Je suis obligé de renvoyer le lecteur à mes études antérieures. Il verra non-seulement à quel point une nourriture insuffisante ou exclusive agit sur le tempérament des races humaines, mais il trouvera dans ces recherches un côté pathologique qui intéresse à un haut degré nos études sur la manifestation des maladies mentales. Il se convaincra que l'influence des années de famine, l'altération des produits alimentaires, leur insuffisance même ou leur exclusivisme, ne produisent pas uniquement la scrofule et le rachitisme, mais déterminent encore chez les individus une foule d'affections nerveuses dues à l'appauvrissement du sang. Ces affections sont par elles-mêmes les générateurs les plus puissants des maladies mentales, et l'on comprend combien l'étude des causes morales serait incomplète si on la détachait de cet ensemble d'influences physiques qui agissent d'une manière si puissante sur les phénomènes de la nutrition (2).

§ VII. — Age. îîe la folie chez les enfants.

Age. — Des perturbations mentales chez les enfants. — Si l'aliénation est une maladie purement morale, le produit exclusif des passions qui bouleversent le cœur humain, des chagrins qui à une certaine période de la vie rendent l'existence si triste à un grand nombre d'individus, il est in-

(1) Voyez, dans le Traite des dégénérescences, § 2, p. 626, Des rapports qui existent entre les différentes constitutions géologiques du sol et les maladies épidémiques, ainsi que les dégénérescences dans les espèces animales.

(2) Traité des dégénérescences, chap. vu, p. 531 : De la dégénérescence de l'espèce par suite de l'insuffisance ou de l'altération des substances alimentaires.

100 ÉTIOLOGIE. — INKI.ltEXOE DE l'aGE.

contestable que la folie serait, rarement observée dans la première enfance. Malheureusement , des faits trop nombreux confirment que l'âgé n'est pas un préservatif absolu contre la folie, et si les cas d'aliénation se montrent généralement plus communs de trente à quarante ans, il n'est pas un médecin d'aliénés qui ne puisse citer de véritables perturbations intellectuelles chez des enfants de six à quinze ans ; le suicide est même loin d'être rare à cette période de la vie.

C'est une délicate et importante question que celle de la folie chez les enfants ; la pédagogie et la médecine légale sont également intéressées à obtenir sous ce rapport des solutions satisfaisantes, et c'est principalement dans le chapitre des maladies mentales héréditaires que j'aurai soin de faire une large part aux différentes formes de vésanies qui peuvent exister chez les enfants. Je dois m'en tenir plus exclusivement ici à l'influence des causes qui déterminent, à une certaine époque de la vie, telle perturbation plutôt que telle autre dans la sphère de l'intelligence et des sentiments. Voyons, en attendant, ce que nous apprend la statistique sur la fréquence relativement plus grande de l'aliénation selon les âges.

M. le docteur Guislain , cet aliéniste si sagace et si expérimenté, affirme qu'avant l'âge de puberté les cas de phrénopathie sont rares, en défalquant, bien entendu, les cas d'idiotisme et d'imbécillité. « A compter de 17 ans, dit M. Guislain , l'aliénation mentale devient une maladie propre au genre humain, et se manifeste depuis cette période de la vie jusqu'à la plus haute vieillesse. Les admissions ont lieu, dans les tableaux étiologiques, de la manière suivante. De 10 à 20 ans, on remarque quelques cas isolés , de 20 à 30 ans, ces cadres se remplissent tout d'un coup ; de 30 à kti ans, il y a affluence, il y a foule; de U0 à 50 ans, le chiffre décroît, mais il rappelle celui de 20 à 30.

» Chez les femmes de 50 à 60 ans, il y a recrudescence dans les entrées ; puis les admissions vont en diminuant. Cependant il n'est pas rare de rencontrer un accroissement d'entrées de 40 à 50 ans.

» Il résulterait d'un relevé fait de tous les établissements d'aliénés en Angleterre, que c'est de 30 à 50 ans que l'on compte le plus d'aliénés, et que c'est la série de 30 à U0 qui l'emporte sur celle de 20 à 30; mais la période de k() à 50 est supérieure à celle de 20 à 30.

v Le plus grand nombre d'aliénations mentales primitives se produisent de 30 à /i0 ans. C'est l'âge des grands soucis domestiques ; pour le sexe, c'est surtout la période de 30 à 50 ans qui est la plus critique de la vie et qui l'expose plus que l'homme aux maladies du moral.

» Suivant l'estimation de M. Parchappe, pour l'homme ce serait de 30 à b0, et pour la femme de l\Q à 50. Les calculs correspondent à l'évalua-

Page 1