ÉTIOLOGIE. — INFLUENCE DE L'AGE
en convulsions et perdit immédiatement l'usage de la parole, qu'elle n'a plus recouvrée depuis. Son état mental se signala par des exacerbations d'une telle nature que l'on fut obligé de placer cette petite maniaque à l'asile de Saint- Yon, où elle est pour le quartier qu'elle habite un sujet incessant de trouble et d'agitation. Son existence est la réalisation d'un mouvement perpétuel et purement en rapport avec ses instincts maladifs. Son bonheur semble consister à détruire et à déchirer ce qui lui tombe sous la main, et à tourmenter les aliénées adultes. Depuis quelques mois, cette petite malade a des accès épileptiques dont l'intensité dépasse tout ce que l'on peut imaginer, et qui nous donnent la raison de son irritabilité et de ses tendances malfaisantes.
J'ai eu lieu d'observer un fait parfaitement semblable chez un enfant du sexe masculin ; seulement, je n'ai pas remarqué chez lui d'accès épileptiques. C'est à 1 âge de cinq ans que, sous l'influence d'une vive frayeur, il tomba en convulsion, et perdit aussi l'usage de la parole. Pendant trois ans que je pus suivre l'existence de cet enfant à l'asile dont j'étais le médecin, il ne cessa de se signaler par une turbulence continuelle et par des exacerbations maniaques que l'on ne remarque pas ordinairement dans un âge aussi tendre. Il est rare que des affections de ce genre ne soient pas fatales chez les enfants, et ils finissent ordinairement par tomber dans un état d'idiotisme irrémédiable.
L'idiotie et l'imbécillité congénitales se rencontrent malheureusement avec une fréquence très grande clans le jeune âge, mais la génération de ces tristes infirmités dépend de causes que je n'ai pas à examiner en ce moment. Je terminerai seulement ce que j'ai à dire sur la prédisposition à cette époque de la vie par une réflexion que je livre aux parents et aux éducateurs de la jeunesse.
On se tromperait grandement si l'on supposait qu'en raison de son âge, l'enfance échappe complètement à l'influence de certaines causes dont l'action se fait ressentir plus vivement dans la jeunesse et l'âge mûr. L'histoire des épidémies intellectuelles nous apprend que l'enfance n'est pas soustraite à ces phénomènes nerveux anormaux produits par l'exaltation des sentiments.
« La statistique nous démontre, dit M. le docteur Lisle, que le nombre des suicides est sept fois plus considérable aujourd'hui qu'il y a trente ans chez les enfants âgés de moins de seize ans, et douze fois plus chez les jeunes gens (1). » Le savant Casper fait remarquer que depuis un demisiècle le nombre des suicides de jeunes gens a augmenté en Prusse d'une
(I) Liste, ouvr. cit., p. 84.