DE LA FRÉQUENCE DE L'HÉRÉDITÉ.— OPINIONS DES AUTEURS
« C'est pour la même raison, dit le docteur Griesinger(l), que l'aliénation a été plus fréquemment remarquée chez les israélites de quelques contrées, et que dans l'établissement d'York exclusivement destiné aux quakers, on a calculé que cette cause figurait pour le tiers des admissions. »
Dans les asiles où l'on ne reçoit que des affections aiguës, je m'explique facilement que l'hérédité n'atteigne pas un chiffre aussi élevé. La filiation des individus aliénés avec leurs ascendants s'établit dans ce cas par le caractère plus ou moins excentrique ou irritable des individus, leur moralité, leur manière de vivre, par certaines maladies autres que l'aliénation bien plus encore que par la folie proprement dite. Il n'en est pas de même dans les asiles où l'on reçoit les épileptiques, les idiots, les imbéciles , les incurables de toutes les catégories. L'hérédité apparait alors dans des proportions plus considérables, et cette circonstance suffi* rait déjà à elle seule pour expliquer les différences qui existent entre les statistiques des médecins.
2" Ce qu'il importe de remarquer, dit M. le docteur Guislain, c'est que la transmission n'est pas toujours directe; c'est que le père d'un aliéné peut ne pas avoir été atteint, tandis que le grand-père, une tante, un oncle, un cousin, peuvent avoir offert les symptômes de cette affection. A ce point de vue d'évaluation que l'on ne doit pas négliger, il est évident que telle statistique qui ne comprendra que les ascendants directs, fournira moins de cas d'hérédité que telle autre statistique où l'on tient compte des éléments collatéraux.
3° Des auteurs modernes, MM. Griesinger, Moreau (de Tours), Guislain et différents aliénistes, ont insisté sur l'importance qu'il y avait à faire entrer dans la statistique des affections héréditaires, non-seulement les aliénations des parents, mais les maladies nerveusesdont ils étaientatteints. Combien de fois, en effet, n'avons-nous pas vu l'épilepsie, l'hy.-térie ou l'hypochondrie des ascendants, produire les formes les plus variées des égarements de la raison chez les descendants? On observe ordinairement alors dans la famille, comme chez l'individu, un enchaînement de phénomènes pathologiques qui se commandent et s'engendrent d'une manière successive. C'est un ascendant qui n'avait qu'un caractère excentrique et désordonné ; son fils s'est fait remarquer par des tendances hypochondriaques très prononcées, et ce n'est que chez l'arrière-petit-fils que s'est développée la mélancolie avec suicide.
Si nous poursuivons plus loin cet enchaînement de transmissions héréditaires de mauvaise nature, nous voyons l'imbécillité ou l'idiotie
(1) Ouvr. cit., p. 113, § Hérédité.