‹ Traité des maladies mentaleChapitre 97 sur 500 · DE LA NÉVRALGIE ET DE LA FIÈVRE INTERMITTENTE · texte numérisé non relu

DE LA NÉVRALGIE ET DE LA FIÈVRE INTERMITTENTE

§ VI. — Oc l'état névralgique et de la fièvre intermittente, considérés comme cause de délire et de folie.

Existe-t-il encore d'autres névroses que l'on pourrait ranger parmi les causes de l'aliénation mentale? Je répondrai à ceci que depuis la plus simple névralgie jusqu'à la névrose la mieux confirmée, on a signalé des états douloureux avec manifestation de délire, soit dans les paroxysmes, soit dans les périodes de rémittence de la névralgie. C'est ainsi que Brodie raconte l'histoire d'une dame qui souffrit longtemps d'une crampe du muscle sterno-cléido-masloïdien. Cette douleur cessa tout à coup, et la malade tomba dans la mélancolie. La réapparition de la douleur, qui dura longtemps encore, fit cesser les accidents. Le même auteur rapporte aussi l'observation d'un individu chez lequel un délire des mieux organisés coïncidait avec un état névralgique de la région vertébrale (1).

M. le docteur Griesinger pense que dans beaucoup de cas de délires attribués par les auteurs à la goutte et au rhumatisme, il est juste de faire la part des névralgies spinales qui, d'après cet auteur, alternent avec les affections ci-dessus désignées. Dans les Archives générales de médecine (février 18/i3), M. le docteur Girard, professeur adjoint à l'école de Montpellier, cite un cas remarquable d'affection de la moelle épinière qui coïncida pareillement avec un délire des mieux caractérisés. Les principaux phénomènes éprouvés par le malade furent des accès répétés de vomissements, la constipation , les douleurs aiguës dans toute l'étendue de l'abdomen , la douleur du genou et de l'épaule droite, une exaltation notable de la sensibilité générale, et enfin le délire. « Le malade reconnaissait les personnes qui étaient autour de lui , et il suivait une idée avec une incroyable persévérance. Il croyait avoir commis un suicide involontaire, et j'ai assisté à toute l'action ; j'ai pu noter le moment où l'accident est arrivé, la venue du commissaire de police, lés réponses qu'il faisait, l'interrogatoire du juge dans toute la séance de la cour d'assises, son plaidoyer. Eh bien ! dans les moments de la plus vive agitation , quand je m'approchais de lui , il me reconnaissait, répondait à mes questions, mais ses réponses se ressentaient de l'état particulier de ses idées. Je ne parvins à calmer son agitation qu'en lui affirmant qu'il était acquitté... Cet état dura en s'aggravant jusqu'au jour où il mourut, après avoir recouvré sa connaissance trois heures à peu près avant le moment fatal. »

J'ai pareillement signalé le retour de la raison quelques moments avant

(l) Lectures on Certain Local Nervous Affections. London, 1837, p. 8.

î 28 étIulogie. — Fièvres interm montes.

la mort chez un aliéné affligé d'un ramollissement de la moelle épinière. Seulement, il ne m'a pas été possible de constater si l'affection de la moelle était postérieure à l'aliénation , ou si elle avait déterminé cette maladie.

Fièvres intermittentes. — Les rapports du délire avec la fièvre intermittente, malgré le silence de presque tous les monographes français sur celte cause de folie, ne peuvent être mieux établis que par ce passage de Sydenham : « Je ne saurais m'empéclier de parler d'un symptôme important, qui, bien loin de céder aux purgatifs, pas même à la saignée, devient au contraire plus violent par ces remèdes. C'est une sorte de manie particulière, laquelle vient quelquefois après les fièvres intermittentes qui ont duré fort longtemps, et surtout après les fièvres quartes » (Trad. de Baumes.)

M. le docteur Baillarger, dans une Note sur la folie à la suite des fièvres intermittentes, lue à la Société de médecine de Paris, s'appuie avec raison sur ce passage de l'illustre médecin anglais pour réveiller l'attention des médecins sur un point étiologique aussi important. L'auteur cite à ce propos deux observations dont voici le résumé.

1° Un jeune homme âgé de vingt-cinq ans entrait à peine en convalescence d'une lièvre qui avait duré six semaines, lorsque la folie éclata tout à coup après quelques jours d'une céphalalgie très intense. On eut recours, sans succès, aux saignées générales, aux applications de sangsues et aux bains, et M. B. . fut conduit à Charenton , offrant tous les symptômes de la variété de folie décrite par Georget sous le nom de stupidité.

2" Une femme âgée de quarante-quatre ans avait eu à Nantes une fièvre intermittente tierce qui s'était prolongée pendant trois mois; elle était convalescente depuis trois semaines, lorsqu'elle retourna à Paris. On crut d'abord que c'était une récidive de la fièvre. Le premier jour en effet il y eut une fièvre très forte qui se termina par une sueur très abondante. Cependant cette fièvre n'a plus reparu; mais depuis ce moment on a observé des signes non équivoques de folie.

Chez un jeune officier qui avait contracté la fièvre en Afrique, il y eut, à son retour en France, récidive dans les accès. C'est à leur suite que s'organisait un délire tout à fait spécial (1), et pour lequel ce malade fut

(1) 11 y eut, chez ces malades, des hallucinations qui déterminèrent des actes insensés, et puis après on observa une prostration très grande, mais qui n'alla pas jusqu'à la stupidité. Si j'insiste sur ce délire spécial, c'est qu'à mesure que le champ de l'observation va s'étendre , nous pourrons nous convaincre que le délire est le plus ordinairement en rapport avec la nature de la cause. « Sydenham, dit M. le docteur Baillarger, ne se borne pas à signaler la folie à la suite des lièvres intermittentes ; il leur assigne dans ce

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