DU DÉLIRE DANS SES RAPPORTS AVEC LES FIÈVRES INTERMITTENTES
confié à nos soins. L'isolement, et un traitement antipériodique convenable, dont le sulfate de quinine faisait la base, ramenèrent promptement la santé.
M. Nepple, dans son Traité des fièvres intermittentes, rapporte aussi l'observation d'un malade qui passa vingt jours dans un état d'idiotisme, et MM. Aubanel et Thore, dans leur statistique deBicêtre, citent pareillement un cas de folie après des fièvres intermittentes.
Il est on ne peut plus intéressant de suivre le mode d'invasion du délire dans les cas d'existence préliminaire de fièvres intermittentes. Voici ce que dit sur ce point étiologique important un observateur distingué, M. le docteur Griesinger :
« 1° Dans quelques circonstances, les moins communes à la vérité, voici comment se passent les choses. Chez les individus qui habitent un pays où la fièvre intermittente règne d'une manière endémique, on n'observe pas toujours, Ml est vrai, l'invasion de la névrose habituelle; celle-ci est remplacée par une douleur cérébrale intermittente qui se traduit par un accès de délire affectant le type tierce ou quarte. On peut admettre dans ces cas que c'est à la cause de la fièvre intermittente endémique qu'il faut attribuer l'aliénation lorsque le délire devient chronique.
» 2° D'autres fois, après une période plus ou moins prolongée d'accès fébriles intermittents, on ne remarque plus les retours périodiques de froid et de chaleur qui précèdent l'invasion de la lièvre, mais la névrose primitive semble se transformer. On remarque alors des paroxysmes intermittents d'une folie, compliqués parfois d'exaltation maniaque, de fureur, et dans quelques cas, de tendance au suicide. 11 n'est pas rare de voir ces accès périodiques revêtir le type rémittent et continu, et puis se transformer en une affection mentale chronique.
» 3" Enfin, et c'est le cas le plus fréquent, le délire se présente comme succédant à une fièvre intermittente, tantôt dans la période de convalescence, tantôt longtemps après que tout élément d'intermittence a disparu. Le plus ordinairement, c'est aux fièvres quartes si longues dans leur durée, si graves dans leur action, que l'on voit succéder l'ensemble de ces troubles, de ces phénomènes morbides dont la folie est la terminaison. On comprend que les forts ébranlements du système nerveux pendant la période d'invasion de ces lièvres puissent créer une prédisposition névropathique spéciale, et que les causes les plus légères en apparence soient suffisantes pour faire naître des maladies nouvelles. Rien de
cas un caractère ou au moins une terminaison spéciale. 1) y a, dit-il, une autre espèce de manie qui succède aux fièvres intermittentes de longue durée, et qui dégénère enfin en stupidité. »
130 ÉTIOLOGIE. — FIÈVRES. — HYPÉHÉMtE CÉRÉBRALE.
plus rationnel que les hypérémies cérébrales, actives pendant la période d'accès de la fièvre, déterminent une tendance à des hypérémies chroniques de même nature. Ne sait-on pas, en effet, que longtemps après la guérison d'une grave maladie, l'organisme éprouve, au moment de l'époque anniversaire de l'invasion du mal, quelques-uns des symptômes, qui rappellent l'affection primitive?
A En dernière analyse, les gonflements persistants de la rate et du foie, après la disparition de la fièvre intermittente, ne sont-ils pas l'indice de troubles évidents dans la circulation veineuse, qui non- seulement donnent lieu à des hypérémies chroniques, mais encore à des œdèmes de différentes parties? Or, tout en admettant que les lieux d'élection de ces œdèmes soient les extrémités inférieures, ne peut-on pas inférer de cette disposition générale que la même chose se passe dans la région cérébrale?
» Et, si l'on fait attention que les affections mentales qui surgissent dans des circonstances pareilles ont le plus ordinairement un- caractère de mélancolie avec stupeur, on est confirmé dans les réflexions pathologiques qui viennent d'être émises (1). »
C'est sous l'influence de ces idées que M. le docteur Marchand (de Toulouse) a signalé de frappantes analogies entre les symptômes prodronhques de la paralysie progressive, leur mode de manifestation, leur irrégularité, leur évolution et les symptômes si variés de la chlorose, et de certaines formes de fièvres intermittentes ; aussi ce médecin a-t-il retiré un grand avantage de l'emploi de la quinine dans des cas de délire avec complication de symptômes propres à la paralysie générale. Il n'hésite pas à considérer cet ensemble de phénomènes maladifs comme de véritables accès rémittents à type subintrant et pernicieux (2). Enfin, comme dernière preuve confirmative des rapports qui existent entre certains troubles cérébraux et la fièvre intermittente, nous citerons ce fait si important au point de vue des crises, à savoir : que dans quelques circonstances déterminées, l'invasion d'une fièvre intermittente a jugé des cas
(1) Griesinger, ouvr. cit., p. 139.
(2) Gérard Marchand, Considérations sur la paralysie générale progressive (lettre à M. le docteur Parchappe), 1855. On peut aussi consulter avec fruit, sur la folie dans ses rapports avec les fièvres intermittentes, les intéressants mémoires de M. le docteur Sébastien : ftemarqu.es sur la mélancolie cl la manie comme conséquences des fièvres intermitlen tes (Journal de Hufeland, 1S23, LVI). — Mongellaz, Monographie de l'irritation intermittente. — Liégey, Mémoire sur les névroses fébriles. Cet auteur, qui a fait d'excellentes monographies sur la constitution médicale de la contrée où il exerce la médecine (Vosges), a fait ressortir combien la constitution fébrile, dans certaines circonstances déterminées , pouvait compliquer la généralité des maladies régnantes dans un pays.