‹ Traité des maladies mentalesChapitre 110 sur 306 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

La symptomatologie des affections mentales existe au même titré que la symptomatologie des autres maladies, mais les différences que l’on observe entre les aliénés et les malades ordinaires, au point de vue de la manifestation de leurs souffrances, exigent de la part du médecin des connaissances spéciales qui feront le sujet de ce livre.

Dans sa pratique ordinaire, le médecin interroge les organes, étudie les anomalies de leurs fonctions, et se laisse ordinairement renseigner soit par Tentourage du malade, soit par le malade lui-même ; mais en présence d’un aliéné, les rapports sont intervertis. Son affection se trahit également par des symptômes, il est vrai, mais dans cés symptômes le médecin trouvera des signes différents. Chez l’aliéné, l’inspection de la langue, du pouls, n’a plus cette haute signification qu’elle présente dans d’autres maladies ; elle n’offre le plus souvent qu’une importance secondaire... « Les produits sécrétés cessent presque de fournir des données de quelque valeur. Il n’est plus question chez les aliénés d’urines critiques, nébuleuses, hypostatiques ; le diagnostic de ce liquide perd en quelque sorte toute son actualité (i). »

Ajoutons que les lois de la sensibilité générale sont troublées le plus ordinairement, et que si vous interrogez les symptômes fournis par les fonctions de relation, par les fonctions intérieures, assimilatrices où autres, vous n’obtenez que des réponses insuffisantes pour établir instantanément le diagnostic et le pronostic de l’affection.

D’un autre côté, dans son état mental, l’aliéné est en garde contre vos investigations. Il ne veut pas être considéré comme un malade. A d’entendre, il ne s’est jamais si bien porté ; sa langue est excellente, ses digestions se font bien ; depuis longtemps il n’a éprouvé bien-être aussi grand

(1) Guislain, Leçons orales, 1. 1, p. 12.

274 SYMPTOMATOLOGIE. — MANIÈRE d’OBSERVER LES ALIÉNÉS,

ni ressenti une aptitude aussi extraordinaire pour tous les exercices dé l’esprit et du corps.

L’exagération que l’on rernarque sous ce rapport chez les maniaques, chez les individus à paralysie générale commençante ou confirmée, fait un singulier contraste avec les plaintes des hypqchon.driaques.etlps appréciations erronées de ceux qui souffrent du délire des persécutions. Il faut de toute nécessité faire la part des soufirances imaginaires de ces malades et interpréter dans leur véritable sens' leurs paroles, leur langage et leurs actes. Ceci n’est pas toujours facile, alors que, dans certains cas, la dépression qui atteint les aliénés peut être portée jusqu’à la stupeur, et que, dans d’autres circonstapce^, l’exalfation dont ils sont les victimes se traduit par un délire général, par l’incohérence des idées et la violence des actes. . -

Toutefois les difficultés de ces états pathologiques n’égalent pas encore celles que l’on rencontre dans d’autres perturbations intellectuelles où Iç délire des aliénés est peu étendu et se manifeste par les actes plutôt que par les paroles, qui généralement sont raisonnables, et où ces malades peuvent faire preuve de toute la puissance de dissimulatiop dout ils sont doués.

« 11 faut, en effet, dit M. le docteur Falret, une grande habitude de ce genre de malades, pour pouvoir discerner leur délire à travers les apparences de raison .qu’ils montrent dans leurs paroles et fréquemment dans leur conduite. Le médecin lui-même habitué à l’étude des aliénés, et quoique profondément convaincu de l’existence dé leur folie, n’éprouve-t-il pas un grand embarras lorsqu’il est contraint de la démontrer et de la faire admettre à d’autres eh n’invoquant que des faits positifs (1) ? »

Heureusement, en présence de toutes ces difficultés, la science ne reste pas désarmée. « Si, comme le dit M. le docteur Quislain, nous ne connaissons que très imparfaitement l’état de l’organe malade 5 ainsi que les fonctions du cerveau ; si beauçQup de choses encore peuvent être dites sur le siège de l'intelligence, du moi , des impulsions, des passions , nom connaissons un moi , nous connaissons des passions.

» Dans les situations analogues , il ne faut pas se borner à examiner l’état des fonctions physiologiques, mais il faut faire l’analyse des fonctions de l’intelligence, bien connaître l’expression physiognomonique des passions, la valeur des idées, la portée des actes et de la parole, et prendre pour guide les faits et l’homme vivant (2). »

(1) Falret, Leçons cliniques de médecine mentale faites à l’hospice de la Salpêtrière. Paris, 1854.

(2) Guislain, lepows orafes, 1. 1, p. 13.

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